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Que faire du cap space ? De la prorogation des effets du contrat hinkien : renégocier et prolonger le contrat de Robert Covington

Lors de sa conférence de presse de fin de saison, le président des opérations basketball des 76ers, Bryan Colangelo a affirmé que la prolongation du contrat de Robert Covington serait « certainement quelque chose que (nous) devrions régler cet été ».

« Robert Covington est une pièce de valeur pour cette organisation. Il est devenu le type de joueur que nous souhaitons conserver sur le long terme. Il mérite beaucoup de crédit pour ce qu’il a été capable de réaliser. Il s’est dévoué à la tâche afin de progresser et il est devenu un joueur très solide, d’un acabit particulièrement apprécié, celui des ailiers estampillés du label 3 & D wing ».

Bryan Colangelo, fils de Jerry Colangelo mais par ailleurs GM remarquablement expérimenté et d'une élégance sans égale.

Non drafté à sa sortie de Tennessee State en 2013, Robert Covington est devenu un des meilleurs défenseurs extérieurs de la Ligue cette saison et tournait à 12.9 points, 6.5 rebonds, 1.9 interceptions et 1.5 passe par match cette saison tout en shootant à 39.9% dont 33.3% derrière la ligne à trois points.

Le numéro 33 des 76ers émarge au quatrième rang de toute la Ligue et à la première place pour son poste au « defensive real plus-minus » d’ESPN. Il se classe dans le top 10 des ailiers au « defensive win shares » et à la douzième position au « defensive box plus-minus ». Il domine la Ligue au nombre de « deflections » devant Draymond Green, John Wall, Ricky Rubio, Kyle Lowry, Jimmy Butler, Chris Paul et…T.J McConnell, tout en s’établissant au quatrième rang des meilleurs intercepteurs de la Ligue.

Cette saison, les Philadelphia 76ers concédaient 6.7 points de moins par 100 possessions lorsque Robert Covington était sur le parquet. Son vis-à-vis shootait à 41.9% de réussite, près de 4% de moins que ses moyennes en saison. Une statistique d’autant plus reluisante que Robert Covington a très largement été assigné sur le meilleur attaquant adverse qu’il s’agisse d’un ailier tel Jimmy Butler, d’un arrière comme James Harden ou d’un meneur de jeu de poche tel Isaiah Thomas.

Ces statistiques et les prestations de l’ailier des 76ers ont rencontré un écho retentissant au-delà des frontières de la Pennsylvanie. Kevin Pelton, l’analyste d’ESPN en fait un des deux meilleurs défenseurs à sa position.

S’il a démontré sa capacité à défendre dans le périmètre, mis en exergue sa lecture du jeu, ses réflexes, sa faculté à user de sa longueur et de sa vitesse de pieds et de mains, Robert Covington fut moins probant de l’autre côté du parquet où son apport fut fluctuant. La débauche d’énergie résultat de son assignation sur le meilleur attaquant adverse et quelques pépins physiques ont largement contribué à cette irrégularité. Il a shooté à 35.2% et à un tout aussi peu reluisant 28.7% derrière la ligne à trois points jusqu’en décembre, avant de se reprendre et de terminer la saison avec des moyennes de 15.1 points, 7.2 rebonds, 2.1 interceptions et 1.6 passe et des pourcentages de réussite plus conformes à son standing : 42.8% et 36.5% à trois points lors de ses 38 dernières apparitions.

Par ailleurs, Robert Covington a largement étoffé son arsenal offensif cette année, diversifiant sa panoplie au sein de la zone à deux points. S’il demeure limité quand il s’agit de conclure au cercle sur demi-terrain, l’ancien Viper ne se contente plus de dégainer à trois points sur catch and shoot ou après un dribble.

AnnéeCuts (% de possessions)FG% off cutsFG% après deux dribblesFG% à moins de 3m
2014-20154.1%77.4%37.5%46.4%
2015-20163.5%52%28.1%48.2%
2016-20177.4%58%50.0%51.6%

Le 24 juin, les Philadelphia 76ers devront activer la team option dont ils disposent sur la dernière année du contrat hinkien paraphé par Robert Covington en novembre 2013. Ils pourront ensuite, dès le 1er juillet discuter d’une prolongation de contrat du cinquième plus prolifique shooteur à trois points de l’histoire de la franchise.

JoueurSaisonsMatchsTitularisationsMinutesMinutes par match3 points tentés3 points réussisPourcentage à 3 points
Allen Iverson1272271729 87941,42 86488531%
Kyle Korver53371019 05726,91 61866141%
Andre Iguodala861561523 21637,71 70056333%
Hersey Hawkins540340314 53336,11 17247641%
Robert Covington32041655 97829,3134047435,4%
Lou Williams7455389 95521,91 10737334%
Hollis Thompson4256826 23324,391735738,9%
Dana Barros21631525 83735,877933243%
Jrue Holiday42982769 79032,977929937%
Aaron McKie853618213 72125,684229535%
Willie Green74222119 17921,881825932%
Nk Stauskas2153623 99726,168423834,8%

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La chronique, marronnier de Sixers-France : Que faire du cap space ? risque de connaître une palanquée de nouveaux épisodes cet été, tant la marge de manœuvre sous le salary cap demeure ample en dépit de l’avancement du processus de reconstruction. Avec Joel Embiid et Ben Simmons, les 76ers disposent des deux figures de proue susceptibles d’accroitre leur pouvoir de séduction auprès des principaux agents libres. Pour autant, une des manières d’utiliser le cap space disponible pourrait consister en l’accroissement des émoluments d’un joueur déjà sous contrat.

A ce stade du processus de reconstruction des 76ers, la gestion du salary cap va devenir cruciale. La date de la prolongation du contrat de Joel Embiid approche et s’il parvient à disputer plus de 31 matchs la saison prochaine, c’est un contrat maximum que paraphera le Camerounais à l’échéance de son contrat rookie. Celle de Ben Simmons adviendra deux ans plus tard.

Autrement dit, la fenêtre de tir des Philadelphia 76ers se réduit. D’ici deux ans, ils ne jouiront plus de l’exceptionnelle flexibilité salariale léguée par Sam Hinkie, afin d’accompagner au mieux, voire de suppléer, les deux figures nodales du processus de reconstruction. A cet égard, la capacité du bureau exécutif pennsylvanien à dénicher les lieutenants et role players complémentaires de leur duo de vedettes s’annonce déterminante pour leurs ambitions de titres.

Prototype du 3 & D, défenseur d’élite à sa position, capable de défendre 3 voire 4 positions, remarquablement complémentaire de Ben Simmons et de Joel Embiid, Robert Covington est le role player idoine aux côtés deux rookies.

Dénicher un talent de la trempe de Robert Covington et s’assurer ses services pour quatre années fut une des manœuvres à créditer au génie de Sam Hinkie. Les 76ers n’ont jamais pu bénéficier à plein des avantages de disposer d’un joueur au tel rapport qualité / prix tant ils évoluaient loin du seuil du salary cap et de l’accessibilité en post-season. Désormais, les 76ers vont devoir composer avec des émoluments à la hauteur de la contribution de Robert Covington à moins qu’ils ne se montrent créatifs et qu’ils parviennent à user de leur maitrise des arcanes du CBA et de leur singulière position vis-à-vis du cap space pour proposer à leur ailier un contrat dégressif.

Ainsi, s’ouvre une nouvelle fenêtre d’opportunité pour le décisionnaire de mobiliser dès à présent son cap space afin de servir ses intérêts à plus long terme. L’intérêt des contrats hinkiens était triple.

Structurés autour d’option d’équipe et d’émoluments non-garantis, ils assuraient à la franchise le contrôle sur les destinées des joueurs qui confirmaient leur potentiel, sans que ceux qui ne parvenaient pas à s’établir comme des joueurs NBA n’entravent la flexibilité salariale de l’organisation.

Structurés sur quatre années, les contrats hinkiens laissaient entrevoir au GM la possibilité de disposer de joueurs des plus appréciables (Robert Covington, T.J McConnell, Richaun Holmes…) à un tarif défiant toute concurrence, la sous-rémunération de ces joueurs par rapport à leur contribution effective sur le parquet offrant la possibilité au GM d’allouer son cap space sur d’autres investissements. En disposant des contrats hinkiens de Roco, T.J, Richaun et de Jerami Grant au lieu de contrats du type de ceux paraphés par Jerryd Bayless, Gerald Henderson et Sergio Rodriguez, Sam Hinkie s’est dégagé la flexibilité salariale qui lui a permis de conclure des salary dump trades dont le cas le plus emblématique est celui qui vaut aujourd’hui aux 76ers de compter dans leurs rangs Nik Stauskas (8ème choix de la draft 2014, le 3ème choix de la draft 2017 et le choix non protégé des Kings pour le millésime 2019).

La distorsion entre l’impact d’un détenteur d’un contrat hinkien tel Robert Covington sur la masse salariale et celui sur l’efficience sportive de l’équipe aurait pu conduire à la réalisation de trades particulièrement à l’avantage des 76ers. Que seraient aujourd’hui les Los Angeles Clippers s’ils étaient parvenus à implémenter à leur effectif des role players de la trempe de Robert Covington ?

Sam Hinkie n’a pas eu le loisir de profiter à plein des bénéfices ces contrats. Quand les 76ers seront compétitifs, Robert Covington percevra des émoluments à la hauteur de son talent. L’intérêt ultime de ces contrats étaient de laisser le champ ouvert pour une situation où les 76ers, redevenus compétitifs, auraient pu sécuriser l’acquisition d’une ou deux superstars via la draft, la free agency ou le marché des transferts tout en disposant de role players à la contribution substantielle mais à l’impact marginal sur les finances et donc sur la capacité du GM à renforcer l’équipe. Avec Ben Simmons et Joel Embiid, la première proposition est en passe d’être validée. Elle l’est trop tardivement pour que la seconde le soit.

Néanmoins, il existe encore une possibilité pour mettre à profit la singularité de la situation salariale des Philadelphia 76ers.

En effet, le 15 novembre, les Philadelphia 76ers seront habilités à soumettre à leur numéro 33 une proposition de renégociation / prolongation qui pourrait servir tant les aspirations à la sécurité financière de l’ancien de Tennessee State et les velléités des 76ers de réduire l’impact du nouveau contrat de leur protégé à mesure que leurs ambitions sportives s’accroîtront.

Dans le nouveau CBA, la durée d’un contrat soumis dans le cadre d’une renégociation / prolongation a été porté de 4 à 5 années. Autrement dit, les 76ers peuvent proposer une renégociation de la dernière année du contrat hinkien de Robert Covington puis lui soumettre un nouveau contrat de 4 ans.

Avec plus de 50 millions de dollars disponibles, les 76ers disposent d’une telle marge de manœuvre sous le salary cap qu’il n’est pas garanti, à l’instar de l’été dernier, qu’ils parviennent à convaincre leurs cibles de prendre leur argent. Plutôt que de chercher à convaincre pléthore d’agents libres de second rang, les 76ers auraient tout intérêt à optimiser leur engagement contractuel à l’endroit de Robert Covington en usant des arcanes du nouveau CBA et de leur singulière flexibilité financière.

Après une saison étincelante en défense qui fait suite à une saison où il s’était établi comme un des shooteurs à trois points les plus prolifiques, Robert Covington ne sera pas éligible à un contrat maximum mais peut prétendre à des émoluments que certains observateurs avisés estiment à 15 millions de dollars annuels. Nous utiliserons par la suite une telle base pour mettre en exergue les arguments en faveur d’une renégociation / prolongation dès le 15 novembre. Une telle démonstration pourra être appliquée quel que soit le montant du contrat qui pourrait être proposé à RoCo. Les effets d’une renégociation / prolongation seront moins saillants mais demeureront de même nature.

La première année de la prolongation de contrat (2018-2019) ne peut pas être inférieure de plus de 40% du montant de l’année renégociée (2017-2018). Il est ainsi impossible de soumettre une offre de contrat prévoyant 30 millions de dollars en 2017-2018 puis plus que 6 millions de dollars sur les quatre années suivantes.

En tablant sur une proposition de contrat de 15 millions de dollars annuels sur quatre années, voici ce que donnerait le contrat de Robert Covington en usant d’une renégociation / prolongation dégressive.

AnnéeRenégociation / Prolongation
(contrat dégressif)
Prolongation
2017-201820 millions $1.57 millions $
2018-201912 millions $15 millions $
2019-202011.1 millions $15 millions $
2020-202110.1 millions $15 millions $
2021-20229.2 millions $15 millions $
Total 62,4 millions $61,57 millions $

De telles propositions sont extrêmement rares. Et pour cause, quand une équipe dispose du cap space nécessaire pour une telle opération, elle priorise le recrutement de nouveaux éléments afin de se renforcer plutôt que l’augmentation immédiate des émoluments d’un joueur déjà présent dans l’effectif. Si les 76ers peuvent se permettre une telle innovation, c’est parce qu’une renégociation / prolongation du contrat de Robert Covington qui réduirait leur marge immédiate pour atténuer les effets de sa prolongation sur leur flexibilité salariale à moyen terme, n’aurait pas pour corolaire, la fin des ambitions de la franchise sur le marché des agents libres 2017, tout en augmentant leur capacité d’action pour les années suivantes. Les 76ers ont la possibilité de faire passer les émoluments 2017-2018 de Robert Covington des 1,57 millions de dollars de son contrat hinkien à 20 millions de dollars, tout en disposant encore de la marge suffisante pour offrir un contrat maximum.

Une telle proposition est une nouvelle fois un bon indicateur du niveau d’aversion au risque qu’on tolère.

Robert Covington peut légitiment écarter une telle proposition au motif qu’il pense être en situation d’obtenir un contrat plus replet la saison prochaine pour peu qu’il parvienne à associer sa saison défensive de 2016-2017 à sa contribution offensive de l’exercice précédent. L’ailier dont les émoluments en carrière ne dépassent pas les 5 millions de dollars devrait alors composer avec le risque de blessure, de réduction de son temps de jeu, etc…

Pour les 76ers, un tel accord, vise à faire peser le risque lié au montant du contrat de Covington au moment où les conséquences seront les moins brutales pour l’édifice d’ensemble. Quelle que soit sa progression, il peu invraisemblable que Robert Covington parvienne à justifier l’année prochaine des émoluments de 20 millions de dollars. En revanche, dépenser 11% du salary cap pour un des meilleurs représentants des 3 & D, complémentaire de Ben Simmons et de Joel Embiid ne semble pas dénué de sens.

Pour la franchise, il existe également une manière plus risquée mais potentiellement plus appréciable encore de composer avec la prolongation de Robert Covington. Eu égard à son contrat hinkien, les cap holds de l’ailier seront ridiculement bas en 2018: 190% de son précédent contrat, soit quelques 3 millions de dollars quand dans la proposition formulée ci-dessus, son contrat lesterait de 12 millions de dollars la masse salariale.

Une telle situation signifierait que les 76ers et Robert Covington n’ont pu s’entendre sur une renégociation / prolongation à compter du 15 novembre ni sur une simple prolongation. Dans de telles circonstances, le risque de voir Robert Covington offrir ses services à une tierce partie et de quitter la Pennsylvanie sans la moindre compensation ne serait plus à exclure.

Si une telle décision n’est pas exempte de risques, elle produit du sens pour les deux parties. Au surplus pour des Philadelphia 76ers qui, à l’instar de l’exercice précédent, ne sont pas certains d’être en mesure de dépenser l’argent dont ils disposent – à moins de considérer que Philadelphie est en situation d’attirer deux joueurs au contrat maximum – et qu’ils devront de toute manière dépenser pour atteindre le salary floor.

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