Draft 2017

Quelques réflexions sur la Draft 2017

Etat des lieux à prévoir à l’heure de la cérémonie

La ville, si ce n’est l’univers, a tranché : Joel Embiid sera son champion pour les prochaines années. Dès lors, la situation de la franchise aura opéré cet été un curieux retournement par rapport aux journées chaudes de 2015.

Alors démuni d’un « building block » crédible, d’une potentielle superstar vraisembable, le « Process » de Sam Hinkie patinait. Mis dos au mur par l’agent de Kristaps Porzingis et Nerlens Noel, le décisionnaire se voyait contraint de sélectionner, par défaut, Jahlil Okafor, c’est-à-dire le prospect le plus prometteur selon le consensus de cet instant t, faute d’avoir d’autres garanties quant à ses futurs joueurs majeurs.

Toute aussi atypique risque d’être l’intersaison 2017. Le pivot légendaire Joel Embiid fera ainsi office d’incontournable pièce maitresse à l’heure où il n’aura toujours pas bouclé une campagne complète dans la grande ligue, ni en termes de rencontres, ni de minutes.

Dans le même temps, le premier choix de la dernière Draft ne saurait être écarté de la définition du socle des 76ers. Qu’il foule le terrain ou non ne devrait en rien influencer la place de Ben Simmons dans le projet. De fait, les Colangelos ne semblent avoir d’autre option que de faire tapis. Ils disposent de deux talents révolutionnaires – Ben Simmons partant de la planète LeBron James/Lamar Odom, tandis que l’orbite plus longue de Joel Embiid prend sa naissance en Hakeem Olajuwon -, mais sans assurance que les corps tiennent et que la transition de l’Australien au monde professionnel porte les fruits les plus juteux.

Les têtes d’affiche choisies, il s’agit de les entourer de coéquipiers complémentaires pour ficeler une formation compétitive.

Dans cette perspective, la raquette ne donnera pleinement satisfaction qu’au prix de quelques aménagements.

Sur le papier, le Camerounais ne suscite pas de préoccupations spécifiques. L’espace dans la raquette nécessaire lui est promis par le profil de son compère alors que l’adresse longue distance est un impératif de la NBA contemporaine, Joel Embiid ou non.

En revanche, afin d’exprimer au mieux son inspiration créatrice, le premier choix de la Draft 2016 mènera le jeu sans être aligné au poste 1, défense éreintante oblige.

Dès lors, positionner l’Australien dans les meilleures conditions pour s’épanouir consiste à le pourvoir de deux profils qui lui seront complémentaires.

D’une part, les Sixers gagneraient à mettre la main sur un meneur susceptible de donner l’entière mesure de ses capacités sans trop toucher un cuir réservé à l’une des vedettes de l’équipe. Ceci posé, l’intéressé a vocation à défendre comme un damné pour empêcher le jeu adverse de se mettre en place et à rentrer des tirs de loin afin que la défense ne fasse bloc dans la raquette et se prémunisse ce faisant des pénétrations de Joel Embiid et consorts.

D’autre part, Philadelphie a intérêt à s’attacher les services d’un ailier shooteur au profil bien déterminé. Compte-tenu de la fatigue subie par Ben Simmons par l’exercice de la mène, et de ses difficultés à défendre, notamment sur pick-and-roll, un poste 3 mobile susceptible de prendre en charge les ailiers-forts d’un nouveau genre et de switcher sur les écrans serait plus qu’utile pour pallier les déficiences prévisibles de l’ancien Tiger de LSU. De plus, l’adresse longue distance si chérie dans la NBA actuelle devrait nécessairement être au rendez-vous pour ne pas phagocyter les phases offensives.

Enfin, les personnalités des candidats joueront une nouvelle fois un rôle-clé dans la sélection de ces supers role-players dans l’optique de constituer un groupe harmonieux et pérenne.

Par souci de clarté, je précise que Draymond Green est un super role-player, ayant obtenu une sélection ASG l’an passé comme troisième roue du carrosse derrière deux stars. Ce n’est pas une remarque péjorative pour un joueur de cette qualité, juste une précision sur la définition du super role-player.

Ces prolégomènes édictés, est-il possible d’en arriver tout de suite aux candidats? Pas tout à fait.

A moins d’obtenir un tirage composé du seul premier choix, le traditionnel débat entre plus gros potentiel et besoins de l’équipe pourrait refleurir. En effet, la prééminence de Markelle Fultz ne fait, semble-t-il, aucun doute et justifierait la sélection des Sixers, en dépit d’un besoin de mener le jeu évident. Toutefois, beaucoup d’interrogations demeureraient dans le cas contraire:

Doit-on choisir le joueur au plus fort potentiel de star plutôt que les besoins énoncés plus haut pour pallier une défaillance des deux larrons de la raquette?

Admet-on lesdits besoins ou porte-t-on un autre regard sur l’environnement à prodiguer aux superstars en puissance?

Est-il bien évident de déterminer quels étudiants-athlètes répondent le plus efficacement aux attentes du projet sportif des Sixers sur le papier afin d’arrêter un ou deux noms?

 

Pour parachever l’invitation à la discussion de chacun souhaitant apporter des éléments de réponse à ces questions, un bref passage en revue des candidats, susceptible de provoquer l’ire du lecteur, paraît incontournable.

 

Considérations consternantes et révoltantes sur les jeunes espoirs

Au regard des critères de complémentarité, plusieurs talents ne donnent pas le sentiment de pouvoir rester dans la course… avant contradiction!

Les deux meneurs de pointe derrière l’incontournable Markelle Fultz font ainsi grise mine.

Sélectionner Lonzo Ball, meneur de UCLA, sans qu’il lui incombe la création du jeu collectif ne produit que peu de sens même s’il s’illustre dans d’autres domaines. De même, quoique à un degré moindre, Dennis Smith en poste à North Carolina State, ne fait pas figure de parangon de partenaire pour Ben Simmons. La hargne qui anime ses prestations serait un atout indéniable sur le plan défensif, malgré une taille et une envergure inférieures à ses concurrents. En revanche, l’envisager second meneur, soit troisième conducteur du tricycle de vedettes estampillées Philadelphie, consisterait à brider un garçon au caractère bien trempé. Sa personnalité pourrait se révéler un vrai plus dans le vestiaire mais le partage du ballon pourrait charrier des litiges. Pas d’interdit absolu certes du fait de ces handicaps mais l’entente harmonieuse entre le parti du joueur et le parti de l’équipe n’est pas la plus évidente de la promotion a priori.

 

Au rayon des ailiers serait rayé le nom du Dukie Jayson Tatum pour l’auteur de ces lignes. La subjectivité du jugement se hausse ici d’un cran. Le freshman ne me semble pas correspondre aux besoins de Philadelphie selon lesquelles les primo-arrivants se subordonneraient aux deux pépites de l’équipe. Tatum m’apparaît un scoreur naturel, très instinctif lorsqu’il s’agit de prendre ses opportunités de tirs mais moins inspiré pour évoluer au sein d’un schéma collectif. Je crains soit qu’il phagocyte le jeu, soit qu’il ne parvienne à s’épanouir dans le système Sixers. Plus contestable encore, parce que plus arbitraire, l’impression que me laisse son langage corporel m’emballe moins que celui de certains de ses petits camarades.

 

Après cette odieuse épuration, le ring compte cinq finalistes: Josh Jackson, Jonathan Isaac, Malik Monk, De’Aaron Fox et Frank Ntilikina.

Sur le papier, le duel opposant Josh Jackson et Jonathan Isaac s’impose comme une énième itération du célèbre acquis vs. potentiel.

Déjà comparé à Iguodala, le premier cité est un joueur accompli. Capable, et plus encore naturellement déterminé, à influer sur le jeu par les petits gestes qui comptent, Josh Jackson, adepte du trash-talking fait l’étalage d’une agressivité réjouissante et ô combien utile sur le parquet. Sa vision du jeu serait de surcroît tout indiquée pour huiler davantage le collectif. Enfin, c’est avant tout un défenseur acharné apte à switcher sur le pick-and-roll dans le contexte d’un cinq composé de deux ailiers très mobiles et interchangeables. Physiquement prêt, son tir, en progression, ne présente pas la mécanique la plus orthodoxe d’après les échantillons récoltés lors des rencontres de Kansas.

 

Le second est apparu tardivement sur les radars. Ses premiers atouts, imputables à sa génétique, crèvent les yeux au premier regard. Le jeune homme mesure pratiquement sept pieds, avantage couplé à une envergure démentielle. Pour autant, la rapidité de ce physique extrêmement longiligne ne souffre d’aucune entrave et rivalise avec celle des arrières. En un mot, le Greek Freak nouveau est arrivé… sur le plan physico-athlétique!

Beaucoup plus renversant furent encore ses premiers pas en NCAA. Le Seminole de Florida State y a démontré une conduite de balle d’une finesse notable pour un tel gabarit et un embryon de tir qui laisse espérer un beau bébé sur le long terme. Surtout, à l’image de son concurrent, Jonathan Isaac a l’air très facile à entraîner, ne transgressant que rarement son rôle pour forcer. En outre, il ne manque ni d’intensité, ni de sens du jeu, même si son adversaire le surclasse sur ce dernier point.

 

Verdict: L’incertitude de la situation gagnerait certainement à être compensée par une valeur-sûre, ou qui le paraît puisque les apparences sont parfois trompeuses, que serait Josh Jackson, a fortiori si l’on considère que l’année d’apprentissage 2017-2018 doit impérativement se conclure par des playoffs. En élève du Process, j’admets néanmoins avoir du mal à ne pas porter mes faveurs sur Jonathan Isaac, parfait pour occuper un rôle d’appoint dans le cinq avant de mûrir et de gagner en importance dans le dispositif.

Une telle décision se fonde sur une certaine perception du calendrier. Découverte de la NBA pour deux pièces majeures arrivées par la Draft et premier exercice complet des deux stars, la saison prochaine se caractériserait certes par une course aux playoffs, mais sur l’autel de laquelle ne devrait pas être sacrifié le temps de jeu des deux compléments au duo de choc pour développer les automatismes du noyau quadricéphale. Néanmoins, le tempérament plus affirmé de Jackson au sein du vestiaire serait une plus-value et susceptible de combler un manque de ce type de profil psychologique.

 

La question des meneurs est aussi difficile à trancher que la précédente… sauf pour les supporters de Josh Jackson, en droit de penser qu’il n’y avait pas débat précédemment.

Pour en revenir à nos moutons, aucun des trois « meneurs » – Malik Monk est plus un arrière naturel mais la frontière des deux postes est plus floue dès lors que l’on attribue la mène principale du jeu à Ben Simmons – n’a jusqu’ici démontré de défaillances patentes sur le plan défensif, cochant ainsi une case essentielle des demandes de Philadelphie. Chaque prospect a ses arguments. De’Aaron Fox témoigne de l’envie la plus démonstrative de tenir son vis-à-vis sur le terrain. Meneur d’hommes crédible, il est particulièrement véloce et sa conduite de balle domine celles de ses homologues. Son coéquipier, Malik Monk apporte la plus-value d’une adresse à trois points foudroyante. Son profil de shooteur naturel capable de coups de folie se démarque de celui de Tatum par sa portée mais également par des dispositions au catch-and-shoot certaines et utiles à une formation comme Philadelphie. En d’autres termes, il est issu d’un moule de role-player plus malléable et adapté à l’équipe de la ville. Enfin, Frank Ntilikina suit une formation alsacienne qui l’a préparé à évoluer comme second meneur au niveau professionnel. Facile à entraîner, semble-t-il discret, il peut se targuer de mensurations plus favorables que ses camarades de promotion qui sont autant d’atouts pour gêner le créateur adverse.

 

 

Verdict: Poser un nom se révèle une nouvelle fois difficile. La sentence dépendrait, à cette heure, du nombre de sélections à disposition puisqu’il influe sur la composition du noyau formé avec le duo Embiid-Simmons.

En cas de choix unique, ma préférence irait à Malik Monk. Outre les impératifs énoncés en introduction, les (autres) membres du cinq doivent assumer une partie des responsabilités au scoring. Dans la perspective d’un seul ajout, la nécessité d’une gâchette extérieure apte à prendre en charge un large volume de tirs me semble en effet patente. Le cinq serait alors axé sur ce trident complémentaire, sauf à signer un agent libre tonitruant. L’objectif de playoffs en 2018 deviendrait dans le même temps proclamé avec une ferveur décuplée.

En revanche, si les Sixers jouissent de deux picks à la prochaine Draft, donc optent par ailleurs pour Jonathan Isaac, alors mes faveurs se porteraient sur le meneur strasbourgeois Frank Ntilikina. Un scoring plus équilibré entre les membres du cinq serait alors privilégié, là où la gourmandise de Monk pourrait se muer en tort pour conserver l’ensemble du noyau sur le long. Le profil basketballistique du protégé de Vincent Collet correspond mieux, à mon sens, à Philadelphie que celui de De’Aaron Fox tandis que son introversion ferait pendant au caractère de son coéquipier camerounais pour une bonne complémentarité de l’axe 1-5 de la formation. De plus, en cas de transition malaisée entre Pro A et NBA, le calendrier évoqué lui laisserait une année d’apprentissage avec une pression moindre. Les renforts advenus, les Sixers se positionneraient en rivaux des Bucks dans la catégorie « envergure » et « cauchemar défensif en perspective ».

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