L'interview d'en face

Et toi, t’en penses quoi des Sixers ?

Les Philadelphia 76ers ont connu une année civile 2016 chargée : entre les records de nullité, l’éviction de Sam Hinkie, la prise de contrôle des Colangelo, d’abord avec Jerry comme conseiller spécial des propriétaires, puis avec la nomination de son fils Bryan en lieu et place de l’initiateur de ce qu’on qualifie désormais communément de « The process », jusqu’à  l’obtention du premier choix de la draft 2016 et la sélection de Ben Simmons et les débuts exceptionnels de Joel Embiid après deux saisons blanches et autant d’opérations, la franchise de Pennsylvanie a alimenté l’actualité de la NBA nourri les discussions des passionnés.

Dès lors, a émergé l’idée de solliciter certaines voix parmi les plus expertes de la gonfle estampillée Spalding pour livrer leurs impressions sur la gestion passée et actuelle de la franchise. Pour cet exercice, trois des meilleures plumes de la presse basket ont accepté de répondre à nos questions :

Nous tenons à les remercier pour leur contribution et nous vous invitons à les suivre sur les réseaux sociaux et à vous abreuver de leurs écrits. 

Ndlr : Les auteurs nous ont apporté leurs réponses lors de la seconde semaine du mois de janvier. 

McLeod : Première question, comment jugez-vous la gestion du cas Nerlens Noel au sein de la franchise des 76ers ?

 

Antoine Pimmel La gestion du cas Nerlens Noel est, pour moi, assez incompréhensible. J’ai vraiment du mal à piger quel était le but dans sa « mise à l’écart » de la rotation. Je me suis d’abord dit que les Sixers voulaient transférer Jahlil Okafor et que, pour lui donner du temps de jeu, le staff l’a collé dans le cinq tout en laissant Noel scotché sur le banc. Sauf que Gajs, m’avait justement fait remarquer que faire jouer Okafor avec Joel Embiid était tout sauf un bon moyen de faire monter sa cote. Il fallait pas être expert pour comprendre ce n’était pas une bonne association. Du coup, je ne comprends pas, Philly voulait-il trader Noel ?

Parce que, si c’est le cas, le laisser au bout du banc n’est clairement pas non plus la bonne façon de faire monter son prix. Bref, ça ressemblait à du grand n’importe quoi. Au final, la franchise se retrouvait avec un joueur frustré. Bon, Noel a rejoué depuis et il est plutôt bon mais au-delà de vraiment juger si la gestion était bonne ou mauvaise, j’ai surtout l’impression que ce dossier n’avait pas de sens. 

 

Lucas : Calamiteuse est un terme qui me semble approprié. Parmi les différents joueurs testés par la franchise au cours de ces dernières années, Noel est à mon sens celui qui a apporté le plus de garanties, prouvant dès sa saison rookie qu’il pouvait être une force défensive de premier ordre en évoluant comme pivot dans la NBA actuelle. Néanmoins, dès sa saison sophomore, il n’a eu de cesse d’être trimballé entre les deux postes intérieurs, ce qui n’a eu pour seul résultat que de prouver que c’était au poste 5 qu’il pouvait donner tout son rayonnement défensif et que le faire évoluer au poste 4 limitait considérablement son apport, le faisant passer pour un joueur ordinaire qu’il n’est certainement pas. Dès lors, je conçois difficilement que la direction ait choisi de privilégier Jahlil Okafor, qui, s’il est indéniablement un bon joueur, ne semble pas convenir aux standards NBA actuels pour les joueurs évoluant à sa position, à la manière d’un Greg Monroe. Et quand bien même le choix aurait été fait en faveur de Okafor plutôt que de Noel, il apparaissait crucial de le transférer alors que sa valeur était au plus haut et non une fois que son temps de jeu avait fondu comme ses années de contrat restantes. On peut effectivement rappeler que transférer un joueur blessé n’est pas chose aisée, mais le temps joue contre les Sixers s’ils veulent maximiser la valeur marchande de leur joueur. À moins qu’ils ne fassent machines arrière et s’orientent plutôt vers un transfert d’Okafor… Quoi qu’il en soit, la gestion du cas Noel au cours des deux dernières années s’apparente à une succession d’erreurs qui aboutissent à la situation actuelle dont personne ne ressort gagnant, si ce n’est éventuellement l’équipe qui accueillera le jeune pivot moyennant une contrepartie revue à la baisse.

 

Rapha : La gestion du cas Noel me paraît déplorable, à plusieurs titres :

  • Du point de vue du joueur, qui a déjà encaissé trois saisons très compliquées, et qui voit ses chances d’obtenir un bon contrat en fin de saison s’amenuiser.
  • Du point de vue de la communication, puisque la situation donne des Sixers l’image d’une franchise qui ne sait pas assumer ses propres erreurs. Ce qui peut coûter cher lors d’une free agency, par exemple.
  • Du point de vue de la construction de l’effectif, où ce roster à trois pivots est une aberration depuis le début. Autant la politique de drafter le meilleur joueur disponible peut se défendre, autant elle n’est valable que si le GM n’hésite pas à faire des échanges vite. Ce qui n’est pas le cas de Colangelo. Les Sixers auraient dû faire cet échange dès cet été. Plus le temps passe, plus la contrepartie sera faible.

 

 

McLeod : Attendiez-vous les 76ers plus haut dans le classement cette saison ? 

 

Antoine Pimmel : Je n’attendais pas spécialement les Sixers plus haut. L’équipe est encore jeune. L’effectif a encore une fois beaucoup bougé d’une saison sur l’autre. On a tendance à négliger l’importance de l’alchimie dans les sports collectifs. Peut-être parce que c’est une notion assez abstraite, je ne sais pas. Mais même à l’échelle amateur, tu peux le sentir. Quand tu joues trois, quatre, cinq saisons avec les mêmes mecs, tu sens la progression collective. Je suppose que c’est le même principe au plus haut niveau. Les joueurs doivent apprendre à se connaître, prendre leurs marques, etc. Et sur ce point, les Sixers sont en retard par rapport à beaucoup d’équipes.

Les lignes ne sont pas encore complètement claires et Ben Simmons est absent. Du coup, les résultats actuels me semblent assez logiques. L’équipe a de l’avenir et elle est déjà plus forte que l’an passé mais je ne l’attendais pas plus haut. Pas dès cette saison en tout cas.

 

Lucas : Si oui, quelles sont les choses pour vous qui ont engendrés cette différence ? Pas vraiment, non. L’effectif ne s’est renforcé que via l’arrivée de joueurs inexpérimentés à ce niveau (Embiid, Saric) ou à l’apport anecdotique (Rodriguez, Ilyasova), donc il ne fallait pas s’attendre à un vrai changement qualitatif par rapport à l’année passée. En théorie, on devrait arriver à un point où les joueurs draftés il y a plusieurs années ont progressé et peuvent désormais permettre à l’équipe d’entamer sa montée au classement, mais en pratique, le développement des joueurs n’a pas été optimal si bien que quatre ans après sa draft, un joueur comme Nerlens Noel donne l’impression de régresser.

La remise en cause du projet Hinkie un an avant que celui-ci ne soit censé donner ses premiers fruits a été un absurde bond en arrière, et le travail accompli depuis trois ans n’a pas été suffisamment valorisé pour se traduire par une évolution des résultats.

 

Rapha : Je n’attendais pas vraiment mieux des Sixers, puisque je les voyais autour des 25 victoires, ce qui est toujours envisageable. Avec les blessures de Simmons, puis de Bayless, il aurait fallu un miracle pour avoir un meilleur bilan.

 

 

McLeod : Si vous deviez ne donner qu’un seul mot pour définir les 76ers cette saison, lequel serait-t-il et pourquoi ?

 

Antoine Pimmel : Pas un mot mais un nom (désolé) : Embiid. Le seul centre d’intérêt des Sixers pour l’instant.

 

Lucas : Laboratoire, comme depuis plusieurs saisons. On en est encore à un stade d’expérimentation, de définir qui fait partie du projet et qui n’en fait pas partie. On teste des joueurs, on évalue ce qu’ils peuvent donner sur un terrain de basket. Et c’est regrettable, parce qu’à ce stade du projet, on devrait déjà disposer de certaines certitudes. La franchise n’a néanmoins pas été aidée par les tardives arrivées de Noel, Saric et Embiid sur les parquets NBA, mais le changement de politique de management a été, je pense, extrêmement préjudiciable dans la mesure où on se retrouve après plusieurs années de tâtonnement à des conclusions définitives bien trop peu nombreuses.

 

Rapha : Commencement. Parce qu’avec ce qu’on voit d’Embiid, le Process a enfin trouvé son visage, et les trois années écoulées ont enfin une raison d’être.

 

 

McLeod : Attendiez-vous Joel Embiid à un si haut niveau aussi rapidement ?

 

Antoine Pimmel : Oui et non. Je ne l’avais vu jouer qu’une fois à l’université, si je dis pas de bêtise c’était lors d’un match diffusé sur Ma Chaîne Sport en tout début de saison. Il était encore annoncé en fin de top 10 de la draft à l’époque. Et encore, les scouts n’étaient même pas sûrs qu’il allait se présenter. J’ai évidemment vu plusieurs vidéos, lu des analyses, etc. Je savais donc quel type de joueur il était, enfin à peu près. Mais c’est vrai qu’il est quand même déjà bien en avance sur ce qu’ils imaginaient la plupart des analystes.

Après, si on se base sur ce qu’on voyait en pré-saison, alors là, oui, je m’attendais à ce qu’il soit aussi fort. Il montait en puissance match après match et ça donnait l’impression que ça ne pouvait que continuer dans ce sens. On avait déjà fait de lui le favori pour le ROY à Basket Session – et on a été critiqué pour ça d’ailleurs. Mais ça se voyait qu’il avait vraiment un truc. Mais je l’imaginais plus à 13-14 points par match que 17-18.

 

Lucas : Oui et non. Il apparaissait clair dès sa saison à Kansas qu’il disposait d’un instinct au niveau de ses déplacements qui n’avait que peu d’égal chez les intérieurs. Avec un bagage basket limité, Embiid parvenait à dominer grâce à des appuis de boxeur et une faculté à se mouvoir absolument unique. Un joueur qui n’a que très peu joué au basket mais maîtrise déjà parfaitement son corps et sent le jeu n’a pas besoin de grand-chose de plus pour dominer. Pour moi, Embiid a toujours été appelé à devenir une superstar parce que les atouts dont il disposait sur la ligne de départs étaient nettement supérieurs à ceux de ses contemporains. En revanche, je dois dire que je suis bluffé par les progrès techniques qu’il a faits lors de ses deux saisons blanches. Si à Kansas il semblait déjà très dégourdi, bien loin des 7-footers patauds qui peinent encore à contrôler leur propre corps, il était en revanche très loin d’avoir une telle palette offensive. Je conçois qu’un travail technique intensif de deux ans puisse porter ses fruits, mais il est rare de voir, en particulier chez les intérieurs, de tels progrès sur le seul plan technique.

 

Rapha : Absolument pas. Pour tout dire, j’avais le sentiment qu’Embiid passerait la moitié de son temps à l’infirmerie pour le restant de sa carrière. J’ai complètement tort pour l’instant, et j’en suis ravi ! Même si j’en faisais mon favori pour la course au Rookie of the Year, je n’aurais jamais cru qu’il soit si productif offensivement ET défensivement. Je suis bluffé à chaque fois que je le vois jouer.

 

 

McLeod :  Pour vous, la passation de pouvoir entre Sam Hinkie et la famille Colangelo est-elle justifiée ?

 

Antoine Pimmel : Je n’aime pas la façon dont ça s’est fait. Tout dépend finalement du point de vue choisi. Pour la ligue, j’arrive à piger que les propriétaires des autres franchises en aient eu leur claque. Je comprends qu’Adam Silver en ait eu marre qu’un dirigeant expose de plein fouet les failles de la draft – et la ligue parlait même de modifier la loterie à cette époque. On peut lire un peu partout que la NBA et les autres propriétaires ont mis la pression pour que Jerry Colangelo rejoigne les Sixers, soi-disant dans un rôle de consultant, avant qu’il finisse par nommer son fils Bryan GM, ce qui a inévitablement mené à la démission d’Hinkie.

Mais même si je comprends la NBA, je pense que c’était injustifié. Je pense qu’Hinkie avait lui aussi l’intention de passer la vitesse supérieure dans la reconstruction des Sixers. Je pense même qu’il l’aurait fait plus tôt s’il n’y avait pas eu les blessures de Nerlens Noel et de Joel Embiid. Il n’a pas non plus eu la chance de pouvoir choper le premier choix de la draft. Ce sont les Colangelo, enfin Bryan Colangelo, qui ont choisi Ben Simmons mais c’est grâce à la stratégie d’Hinkie que Philadelphie a enfin pu récupérer le premier choix de la dernière draft. Espérons juste que les dirigeants actuels ne détruisent pas complètement les trois années passées par Hinkie à accumuler les assets.

 

Lucas : Sportivement, il est clair que non. Quand on donne carte blanche à un dirigeant pour mener à bien son projet, il faut se tenir à sa feuille de route jusqu’au bout. Le projet de Sam Hinkie était extrême dans sa conception, il ne pouvait donc pas aboutir s’il était amendé ou tempéré. Si la franchise a choisi de faire confiance à Hinkie, il n’y a aucun sens à lui refuser la draft de Porzingis en lui disant « bon, maintenant ça suffit les conneries », il a donc eu raison de démissionner, car dans les conditions qui lui ont été imposées, il lui était impossible de mettre son plan à exécution. Je suis même surpris qu’un personnage aussi respecté que Jerry Colangelo ait accepté à la fois de saboter le travail d’un de ses pairs et de prendre le pari de relancer un projet dans un cadre aussi atypique. Dans le même temps, la réaction du propriétaire de la franchise ne me paraît pas aberrante non plus. Quand il injecte de l’argent dans une équipe de basket qui est son joujou de milliardaire, il n’espère pas en retour que celle-ci soit la risée de la NBA aux yeux du grand public, chose qu’elle était devenue pour les spectateurs hermétiques à la démarche de Sam Hinkie. Le propriétaire est devenu impatient, il n’aurait pas dû, mais je peux comprendre ce qui l’a poussé à le devenir. On est là plus dans le domaine de l’émotion que de la raison, et de ce fait, le terme « justifiée » n’a plus vraiment sa place.

 

Rapha : Je pense que le départ de Sam Hinkie peut se justifier. Bien que j’ai plutôt un avis positif sur The Process, Hinkie a fait des erreurs de diplomatie (vis-à-vis de la ligue, des autres équipes, des agents, des joueurs) qui pouvait faire risquer aux Sixers de subir un embargo de la part de certains : que ce soit en refusant des trades, en devenant un repoussoir pour les free agents ou, plus grave, en dissuadant certains prospects de faire des workouts pré-draft (comme cela a été semble-t-il le cas pour Porzingis). Quant à affirmer que l’arrivée des Colangelo soit une bonne chose pour la franchise, cela me paraît plus discutable. Au-delà de l’aspect légèrement mafieux de leur prise de pouvoir, leurs décisions – ou plutôt leur absence de décisions – me laisse perplexe. J’attends de voir comment se termine l’affaire Noel/Okafor et comment se déroule la draft et la free agency 2017. Ce seront les juges de paix de l’action des Colangelo.

 

 

McLeod : Aujourd’hui, avec le recul, comment voyez-vous et jugez-vous le bilan de Sam Hinkie en tant que Général Manager des 76ers ?

 

Antoine Pimmel : Je trouve que son bilan est bon. Il est évident qu’on ne peut pas le juger sur les victoires et les défaites des Sixers. C’est paradoxal d’ailleurs, parce qu’on a tendance à d’abord juger le bilan comptable d’un point de vue succès/revers. Mais c’est différent avec Sam Hinkie.

Je retiens qu’il est celui qui a osé casser sa franchise pour la reconstruire d’A à Z dans le but de ne pas seulement viser le milieu de tableau. Franchement c’était quoi Philadelphie juste avant Hinkie ? Je veux dire les deux, trois saisons juste avant ? Je me souviens que quand il a commencé son opération « tanking », beaucoup de fans – des Sixers ou autres – râlaient. Mais Philly c’était quoi ? Andre Iguodala, Jrue Holiday, Thaddeus Young, Evan Turner, Spencer Hawes ? J’échange ces gars-là tous les jours de l’année contre un Joel Embiid. Tu sais très bien que dans le meilleur des cas, avec ces gars-là, tu fais un deuxième tour de playoffs au mieux. Finales de Conférence si t’as de la chance. Dans le meilleur des scénarios, tu deviens les Hawks. Et ils font quoi les Hawks aujourd’hui ? Ils reconstruisent. Et là, on parle du meilleur des scénarios. Je ne sais pas combien de fois j’ai entendu des « oh, ça doit être dur d’être fan des Sixers ». Même nous, à Basket Session, on surfait sur cette vague dans certains articles. Mais franchement, je préfère cent fois être un fan des Sixers qu’un fan des Nuggets. Si tu es vraiment un fan d’une équipe précise, tu sais que tu auras des années et des années pour la soutenir. C’est quoi trois ans au fond du trou si ça finit par t’assurer une chance de vraiment peser pendant sept ou huit saisons ? Là, au moins, on sent que Philadelphie a les atouts pour espérer un jour jouer plus haut. Alors que les Nuggets, sérieusement, OK, c’est beau à voir jouer – et ce n’est pas une fixette, j’aime bien leur équipe – mais est-ce quelqu’un arrive à imaginer à quel moment et comment ils vont pouvoir jouer autre chose que les playoffs à l’Ouest ?

Je me suis écarté mais voilà pourquoi je pense que le bilan de Sam Hinkie est bon. Il est bon parce que sa stratégie, même critiquable, a donné aux Sixers les atouts pour un jour jouer mieux que le milieu de tableau. Il a fait quelques coups de génies. Le transfert de Michael Carter-Williams est le parfait exemple. Beaucoup de fans, et pas seulement des fans d’ailleurs, se sont enflammés sur ses statistiques individuelles sans prendre en compte son profil, ses lacunes, etc. Du coup la cote de MCW était hyper haute malgré une incertitude sur sa capacité à driver une équipe. Et Hinkie fait quoi ? Il lâche son ROY en titre pour récupérer le pick des Lakers (protégé top 3 cette saison). Grâce à ça, Philly aura peut-être deux choix dans le top huit à la prochaine draft. Les Bucks ont envoyé Brandon Knight aux Suns qui ont eux mêmes cédé le pick en question. Carter-Williams a chauffé le banc de Milwaukee et c’est seulement la mise à l’écart de Rondo qui lui a permis de retrouver une place de titulaire aux Bulls. Knight n’est pas non plus starter à Phoenix. Bref, c’était un trade impeccable qui illustre bien sa philosophie.

Je pense qu’il n’a pas eu de chance. Sans toutes les blessures, les Sixers auraient peut-être progressé plus vite. Après, il a sans doute fait quelques erreurs mais il a donné des bases avec les assets accumulés. Il a exposé les failles d’un système avec le tanking. Il les a maximisés, même si au final les Sixers ont tardé à récupérer un premier choix de draft. En tout cas, il ne faudra pas oublier Hinkie au moment des remerciements si Philadelphie devient l’une des quatre meilleures équipes NBA dans cinq ans.

 

Lucas : Je trouve encore aujourd’hui la démarche extrêmement défendable : à quoi bon construire une équipe si celle-ci n’a aucune chance de remporter le titre ? Ce n’est pas un point de vue que je partage, mais partant de ce postulat, Sam Hinkie s’est clairement donné les armes pour réussir. Une équipe NBA ne peut viser le titre qu’à la condition d’avoir une superstar, chose que le manager a cherché à obtenir en priorité, et qu’il a sans doute trouvée en la personne de Joel Embiid. Si tous ses choix de draft avaient révélés de bons joueurs, il aurait considéré que son travail avait échoué, car un bon joueur n’est pas une superstar. Le côté laboratoire que j’évoquais précédemment a aussi son importance, il a maximisé ses chances de trouver de bons role players en testant directement ses joueurs en NBA et non en D-League. Le fait que son projet ait été avorté au moment où la phase 2 devait s’enclencher est plus que regrettable, car on aurait en temps normal dû assister à la première saison de montée en puissance des Sixers version Sam Hinkie. On ne pourra donc malheureusement jamais correctement juger son travail faute d’avoir vu le plan de route remplacée par un autre itinéraire à mi-chemin. En revanche, on pourra lui reprocher le côté froid de sa politique, qui, s’il est d’une certaine façon nécessaire dans son projet, a créé un groupe difficile à gérer pour Brett Brown du fait de la précarité de la situation des joueurs, mais surtout conditionné l’équipe à l’acceptation de la défaite, ce qui n’est jamais une bonne chose. À partir du moment où une équipe est habituée à perdre, il est difficile d’en faire une équipe qui gagne, et ce même avec de bons joueurs. Je pense que cet élément est la vraie limite du projet Hinkie, mais au-delà de ça, la démarche m’a toujours semblé cohérente, tout comme la mobilisation de moyens pour la mener à bien.

 

Rapha : J’ai dit quelques mots des défauts que je vois à la stratégie de Hinkie dans la réponse précédente. Dans l’ensemble, je trouve que sa stratégie se défend tout à fait, mais que Hinkie a été meilleur pour la conceptualiser et en mettre en œuvre son installation que pour en corriger ses failles. Je m’explique : du point de vue des trades et de l’accumulation d’assets, le bilan de Hinkie est exceptionnel. Il n’a pour ainsi dire jamais perdu dans les échanges, a obtenu des picks remarquablement bien placés et offert une souplesse salariale incomparable à la franchise. Je suis plus réservé sur la mise en œuvre pratique de cette tactique, c’est-à-dire le moment où il a fallu transformer ces picks en joueurs et construire une équipe. La politique du meilleur joueur disponible à la draft me semble ainsi rencontrer de grosses limites si elle n’est pas accompagnée d’échanges : de ce point de vue, la draft d’Okafor en 2015 reste sûrement la plus grosse erreur du Process, qui va aboutir au gaspillage d’un lottery pick – si ce n’est deux, si Noel part aussi. Par ailleurs, il me semble qu’Hinkie a sous-évalué le besoin absolu qu’ont de jeunes joueurs d’être encadrés par des vétérans pour progresser. Un lottery pick n’est pas comme un actif qu’on peut laisser dormir pendant un certain nombre d’années sans y toucher, il faut le développer et l’accompagner dans sa progression. C’est là, à mon sens, le signe d’un excès de théorisation de la part de Hinkie, à qui il aurait fallu peut-être adjoindre quelqu’un capable de repérer et éviter tous les problèmes concrets posés par The Process. Cela étant, si Ben Simmons se développe dans un rôle à la Antetokounmpo, qu’Embiid ne rechute pas et que les Sixers ont deux lottery picks en juin, le futur sera brillant. Et ce sera à mettre à l’actif de Sam Hinkie, pas des Colangelo.

 

Un grand merci à Antoine Pimmel, Lucas et Rapha pour leur participation et leurs réponses !

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