Chroniques

Une histoire de Ben Simmons et du workout qui s’est finalement tenu

BenSimmons-LSU

Depuis le triomphe de Brett Brown lors de la loterie, le désir de Ben Simmons d’être sélectionné par les 76ers n’a cessé d’être questionné. Fondée par les clichés où il arbore un maillot des Lakers, la prétendue préférence de l’australien pour la franchise californienne a été alimentée par les velléités largement documentées de Rich Paul de maximiser le potentiel marketing de son client et la stratégie poursuivie par le prodige australien et ses représentants lors du processus pré-draft.

En déclinant l’invitation des 76ers à venir passer un workout au sein du PCOM, Ben Simmons donnait encore davantage de crédit à la thèse selon laquelle il cherchait à ce que Brandon Ingram soit le premier appelé à rejoindre Adam Silver sur la scène du Barclays Center.

Qu’importe s’il déclarait, sans ambages, qu’il rêvait d’être le premier choix, sur les ondes de l’émission radiophonique australienne, The Grill.

[pullquote align= »full » cite= »Ben Simmons » link= » » color= » » class= » » size= »17″]« Je souhaite seulement être le premier joueur à être sélectionné. C’est une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois. Ce serait génial d’être choisi en première position. J’ai travaillé si dur pour être ce joueur autour duquel on construit et rejoindre une équipe où j’aurai cette opportunité. Où que j’aille, je serais chanceux et heureux. »[/pullquote]

La rumeur a ceci d’exceptionnel, qu’elle n’a nul besoin d’être étayée pour prendre corps dans l’imaginaire collectif, mais seulement d’être relayée. La volonté supposée de Ben Simmons d’échapper à une sélection par les 76ers était destinée à rejoindre la prétendue déception de Jahlil Okafor de l’avoir été la saison passée, démontrée par ce geste, aussi célèbre que les pas de flamenco d’Andrew Bynum, le jet de son maillot sur une table.

Nourrissant les rumeurs, la stratégie de Rich Paul privait surtout les 76ers de l’accès au pedigree médical de l’australien et d’une opportunité de sonder sa personnalité lors d’un entretien individuel, alors que l’essentiel des griefs formulés à l’endroit du joueur réside principalement dans son comportement.

J’irai dîner chez vous

L’annonce de Marc Stein d’ESPN, qui fut le premier à révéler que les Philadelphia 76ers avaient pu rencontrer Ben Simmons, avant le match 6 des NBA Finals qui se disputait à Cleveland, là où l’australien a établi son camp de base depuis la fin de l’exercice universitaire, permettait de clore cet épisode.

Pour la première fois, les 76ers ont pu s’entretenir avec le prospect issu de LSU lors d’un dîner où étaient présents Bryan Colangelo, Brett Brown, mais aussi l’agent de Ben Simmons, le bien nommé Rich Paul.

Les 76ers ont alors pu constater, selon les sources Marc Stein, que le jeune homme de 19 ans, a ajouté 9 kilos de muscles depuis la fin de la saison universitaire, et obtenir son dossier médical.

De la communication de Bryan Colangelo

Au mutisme institutionnalisé de Sam Hinkie, Bryan Colangelo préfère la présence systématique aux micros des médias locaux et nationaux. Critiqué pour son manque de disponibilité à l’endroit des journalistes, notamment des insiders locaux habitués à relater des informations qu’on leur transmet plutôt qu’à proposer un contenu analytique, Sam Hinkie s’était aliéné les faiseurs d’opinion. Trois mois après son intronisation en lieu et place du stratège décrié, Bryan Colangelo jouit d’une incroyable cote de popularité auprès des Keith Pompey et autres Howard Eskin.

Bryan Colangelo - Man of Action

En se montrant systématiquement disponible, comme le sont également ses collaborateurs, Marc Eversley, Brandon Williams et Vince Rozman, Bryan Colangelo alimente les colonnes des médias spécialisés, quitte à adapter son discours à l’identité de son interlocuteur, voire en fonction des besoins de nouveauté de ces derniers. C’est ainsi qu’il a été amené à indiquer tantôt à Howard Eskin qu’il savait quel serait son choix, avant de lui concéder, sans ambages, une semaine plus tard, qu’il changeait d’avis tous les jours.

S’il fournit du contenu aux différents médias, il parvient comme pouvait le faire Sam Hinkie par l’entremise d’une stratégie radicalement différente, à brouiller ses intentions. En se contredisant lui-même, il rend d’autant plus difficile la lecture de ses intentions. Sam ne parlait peu mais son plan était parfaitement limpide. Bryan lui, ne cesse de gloser, mais personne peut-être pas même lui ne sait ce qu’il escompte réellement entreprendre. Il n’en demeure pas point qu’en se dépeignant comme un « homme d’action », il se contraint à agir, à initier des mouvements.

S’il s’affaiblit à la table des négociations, Bryan Colangelo est quelque part devenu inaudible sur l’arène médiatique.

Il s’exprime tellement que plus personne ne retient ce qu’il déblatère. Peu furent ainsi ceux à relever qu’après avoir indiqué qu’il n’avait pas obtenu l’accord de Ben Simmons pour imiter pour passer un workout au PCOM, il avait affirmait que les 76ers espéraient pouvoir organiser une rencontre avec Ben Simmons à Cleveland, là où l‘australien s’entraîne.

On pourrait toutefois créditer à son actif, l’obtention de ce rendez-vous quelques jours après avoir organisé un workout individuel avec Brandon Ingram et déclaré que son choix n’était pas arrêté. En l’espèce, Bryan Colangelo est parvenu à inverser la position dominante dans les tractations avec Rich Paul, tout du moins l’a t-il contraint à lui laisser l’accès aux données médicales de l’australien, à moins que ce ne fut l’intention initiale de l’agent et ami de Lebron James.

Le processus pré-draft : un jeu de dupes entre les agents et les franchises

Quels qu’ils soient, les représentants de joueurs tentent de prendre le contrôle du processus pré-draft en restreignant les informations disponibles sur leurs joueurs ou en les mettant, au contraire, en exergue quand ils en ont besoin. Pour les joueurs d’élite comme Ben Simmons, l’enjeu ne réside pas dans la capacité à être sélectionné mais davantage à être sélectionné là où il souhaite l’être qu’il s’agisse de la position dans l’ordre de sélection ou de la situation sportive voire géographique de la franchise qui l’accueillera.

Ben Simmons n’a pas besoin de se battre pour être sélectionné. Il ne tombera pas au-delà du second choix. Concrètement, pour Ben Simmons, il y a plus à perdre qu’à gagner dans ce processus pré-draft.

L’an passé, Karl-Anthony Towns, qui avait déjà fait l’impasse sur le Draft Combine de Chicago n’avait passé qu’un seul workout, pour les Timberwolves, détenteurs du premier choix. C’était le 20 juin.

Kris Dunn n’a toujours pas passé le moindre workout, estimant qu’il ne pouvait rien montrer de mieux, seul dans un gymnase, qu’il n’a pu le faire lors de ses deux dernières saisons universitaires. A l’instar d’un Jaylen Brown qui s’est, quant à lui, livré à l’exercice de l’entraînement individuel devant les regards attentifs de différents bureaux exécutifs, le meneur de Providence, exhorte les franchises désirant le voir dans leur gymnase à organiser des workouts où il ferait face à ses concurrents, notamment Jamal Murray.
L’arrière-ailier issu de California s’est finalement décidé, face à la fluctuation de sa cote, à accéder aux requêtes des franchises tout en s’appliquant à défier, le moins régulièrement possible, des joueurs moins réputés que lui.

De la fonction des workouts pré-draft individuels

Là où les joueurs de moindres standings participent à des workouts collectifs, les principaux prospects refusent généralement ce type de pratique et n’accordent aux franchises que des workouts individuels. Seul face au panier, le candidat à un lottery pick, expose son répertoire durant des tests qui se résument à des séances de shoots, à différentes mesures physico-athlétiques et à différents exercices où l’opposition la plus féroce est proposée par des assistants coach.

Au sortir du workout réalisé par Brandon Ingram, Bryan Colangelo livrait ses réflexions quant aux données nouvelles qu’il est possible d’obtenir lors de ce type de tests.

[pullquote align= »full » cite= »Bryan Colangelo » link= » » color= » » class= » » size= »17″]« Brandon est tout ce que nous pensions qu’il était. Evidemment avec un workout à un contre zéro vous n’apprenait rien de nouveau sur un joueur, c’est pour cela que nous l’avons scouté lors de nombreux matchs et que nous poursuivons l’analyse d’innombrables vidéos. C’est un ailier polyvalent qui peut manier le ballon, shooter, un joueur particulièrement fluide. »[/pullquote]

L’intérêt d’un tel workout ne réside finalement pas tant dans ce que peut montrer le joueur dans le gymnase que dans tout ce qu’il est susceptible de dévoiler de lui durant le temps passé à échanger avec le coaching staff et les représentants du Front Office.

L’entretien en tête-à-tête est la contribution majeure d’un workout et constitue la plus value par rapport à l’analyse du potentiel de basketteur qui peut être réalisée en épluchant les bandes vidéo de sa carrière universitaire et/ou internationale.

Que Jamal Murray soit capable de réaliser des prouesses à longue distance dans le gymnase désert des Celtics n’apporte, in fine, aucun éclairage quant à sa capacité à transposer en NBA son shoot à trois points, quant à sa capacité à se créer l’espace nécessaire face à des défenseurs NBA et à parvenir à maintenir son taux de réussite malgré un point de relâchement de la gonfle terriblement bas face aux défenseurs les plus athlétiques et véloces de la Ligue.

De la même manière, la prestation médiocre de Brandon Ingram à longue distance lors de son passage au PCOM ne saurait contribuer à le priver de cet avantage comparatif par rapport à un Ben Simmons.

L’intérêt des workouts ne réside définitivement pas dans l’opposition des prospects face à des chaises et autres plots, qu’il s’agisse réellement de chaises et de plots ou des assistants coachs amenés à jouer les sparring-partners.

Le constat de l’utilité relative des exercices sur le parquet dans l’évaluation d’un prospect est encore plus criant quand il s’agit de Ben Simmons. L’australien propose trois qualités d’élite : la combinaison de ses capacités physico-athlétiques à sa vitesse balle en main ; son playmaking redoutable en raison de son excellente vision du jeu, de sa qualité passe et de son QI basket qui lui permet de lire très rapidement les situations de jeu ; et sa vitesse de pied qui lui confère tous les outils afin de s’établir comme un défenseur redoutable sur pick and roll.
Si ce n’est sa vitesse balle en main face à des chaises, plots, assistants coachs, aucune de ses qualités ne peut être testée lors d’un workout individuel. Seule sa principale lacune technique, le jump shot pourra être évaluée.

Si tant est que sa contribution à la masse d’informations nécessaires à une telle prise de décisive, le workout est préférable à l’absence de workout. On rappellera que le décisionnaire le plus focalisé sur les gains marginaux induits par la collecte d’informations n’a pas hésité à sélectionner avec quatre des cinq lottery picks dont il a eu l’usage des prospects qui ne s’étaient pas déplacés en Pennsylvanie pour réciter leurs gammes : Nerlens Noel, Joel Embiid, Dario Saric et Jahlil Okafor. Seul Michael Carter-Williams avait passé des workouts avec la franchise, quelques jours avant la cérémonie.

Il demeurera probablement le seul, puisqu’alors que nous étions en train de rédiger ces lignes, Keith Pompey s’est exercé à la #PompeyBomb en annonçant que Ben Simmons venait de passer un workout pour les Philadelphia 76ers au sein de leurs installations.

A deux jours de la draft, la thèse selon laquelle l’australien souhaitait contraindre Philly à faire l’impasse sur lui est définitivement dissipée.

A deux jours de la draft, les Philadelphia 76ers pourront prendre leur décision en sachant si Ben Simmons est capable de prendre de vitesse une chaise, de dribbler un plot ou de dominer Lloyd Pierce au poste.

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