Draft 2016

Le pick que Bryan Colangelo n’aurait jamais dû avoir

Colangelo-Fields

Au terme d’une saison conclue avec le plus mauvais bilan de la Ligue, une première depuis la saison 1972-1973, les Philadelphia 76ers s’apprêtent à percevoir les dividendes du processus d’accumulation d’assets entrepris par Sam Hinkie. A l’orée de la loterie, la franchise présente les plus fortes probabilités d’obtenir le premier choix et près d’une chance sur deux de devoir choisir entre Ben Simmons et Brandon Ingram, le 23 juin prochain. Mieux, les 76ers pourraient égaler les Cavaliers de 2011 et disposer de deux choix parmi les quatre premières positions de l’ordre de sélection.

Choix obtenusProbabilités d'occurence
421,7%
1 et 413,4%
113%
211,5%
4 et 510,7%
2 et 410,6%
39,6%
3 et 47,9%
3 et 50,6%
2 et 50,5%
1 et 50,5%

La loterie de mardi pourrait offrir à Bryan Colangelo l’usufruit du choix de draft obtenu par son prédécesseur dans le cadre du trade, tant décrié en dehors de ces colonnes, de Michael Carter-Williams lors de la trade deadline 2015. Une aubaine singulière puisque ce choix n’aurait jamais pu échoir à Sam Hinkie, si Bryan Colangelo n’avait pas essuyé un cuisant échec sur le marché des agents libres lors de l’été 2012.

Pour rappel, dans le cadre du deal en triangle entre les Bucks, les Suns et les Sixers, conclu le 19 février 2015, le rookie de l’année en titre atterrissait à Milwaukee en compagnie de Tyler Ennis et Miles Plumlee en provenance de l’Arizona quand les Suns accueillaient Brandon Knight et Kendall Marshall et cédaient, aux Sixers, le choix du premier tour 2015 des Los Angeles Lakers qu’ils détenaient depuis l’été 2012.

Ce tour de draft des Lakers, les Phoenix Suns l’ont récupéré dans le cadre du sign and trade de Steve Nash.

Agent libre, le meneur de jeu canadien, alors âgé de 38 ans, était largement courtisé. Parmi les franchises, les plus insistantes, les Raptors, dirigés par son ancien GM à Phoenix, Bryan Colangelo, ont longtemps été dépeints comme les favoris. Outre, les relations étroites qu’entretenaient et qu’entretiennent toujours les deux hommes, l’implantation géographique de la franchise, les potentialités marketing offertes par un retour de Steve Nash dans son pays natal et la marge de manœuvre financière de la franchise canadienne agissaient comme autant de facteurs particulièrement attractifs.

Stratège particulièrement habile, Bryan Colangelo avait par ailleurs entrepris d’annihiler la concurrence, notamment celle émanant des New York Knicks. Disposant d’une marge de manœuvre appréciable sous le salary cap, le nouveau président des opérations basketball des 76ers, fut pris de l’envie de jouer avec les subtilités du CBA et de contraindre les Knicks à se retirer de la bataille et/ou à prendre des décisions qui favoriseraient les Raptors.

Le plan de Bryan Colangelo ?

Surpayer un jeune joueur qui sortait d’une saison sophomore bien moins convaincante que son exercice rookie, mais bien meilleure que n’importe laquelle de ses saisons suivantes.

Soumis à la concurrence des New York Knicks dans la chasse à Steve Nash, Bryan Colangelo profite du statut de restricted free agent de Landry Fields pour lui soumettre une offre de 20 millions de dollars sur 3 ans, largement surévaluée par rapport à la cote du prospect sur le marché et aux qualités intrinsèques de ce dernier. Une aubaine pour l’arrière qui s’empressa de signer l’offer sheet.

Bénéficiant de la flexibilité salariale nécessaire, le décisionnaire, mettait ainsi la pression sur des Knicks qui ne disposaient, eux que de la Mid Level Exception de 3,09 millions de dollars à offrir au meneur canadien, un montant bien en-deçà des 36 millions de dollars sur trois ans que les Raptors étaient réputés être disposés à lui soumettre. Concrètement, en procédant de la sorte, Bryan Colangelo éliminait un concurrent à la signature de Steve Nash.

En effet, sans marge sous le cap, les Knicks ne pouvaient attirer Steve Nash que dans le cadre d’un sign and trade. A cet égard, les Phoenix Suns avaient manifesté leur intérêt pour l’arrière issu de Stanford. Cependant, un Landry Fields à 20 millions de dollars sur trois ans devient une cible bien moins attrayante et surtout, les dispositions du CBA interdisent aux franchises de matcher une offer sheet pour un restricted free agent puis de l’intégrer à un sign and trade.

Sans Landry Fields à offrir aux Suns, les Knicks ne disposaient que du seul Iman Shumpert à proposer, ce qui n’était pas nécessairement leur intention.

Les Knicks décidèrent finalement de ne pas égaler l’offre des Raptors. Landry Fields poursuivit sa carrière à Toronto, où Terence Ross venait d’être drafté avec le huitième choix, alors que le poste de titulaire à l’arrière était dévolu à DeMar DeRozan. Utilisé à l’aile, Landry Fields n’a cessé de régresser. Au terme de son contrat, son CV s’est étoffé de la participation à 107 matchs avec les Raptors pour des moyennes de 3,3 points à 45% dont un piteux 14,3% à longue distance et 2,7 rebonds. Opéré de la hanche, l’été dernier, alors qu’il était agent libre, Landry Fields n’est pas encore parvenu à sécuriser un nouveau contrat dans la Grande Ligue.

En le surpayant, Bryan Colangelo réussit à subtiliser Landry Fields aux Knicks, les privant ainsi des pièces suffisantes pour conclure un sign and trade avec les Suns. Dès lors, les Raptors devenaient les favoris pour accueillir un Steve Nash destiné à prendre la place jusqu’alors occupée par Jose Calderon. Ce qui, à l’époque était communément perçu comme une amélioration notable mais bien trop limitée pour faire des Raptors autre chose que des candidats à la médiocrité. Dépenser 56 millions de dollars sur trois ans (36 pour le meneur canadien, 20 pour Landry Fields) pour sécuriser l’acquisition d’un meneur de 38 ans relevait-il du coup de génie ? Il était permis d’en douter.

Quoi qu’il en soit, Steve Nash ne céda pas aux avances des Raptors et opta pour les Los Angeles Lakers de Kobe Bryant et bientôt Dwight Howard. Dépourvus de la marge de manœuvre sous le cap mais jouissant de la trade exception de 27 millions de dollars créée lors du départ de Lamar Odom à Dallas, les Lakers offrirent aux Suns un sign and trade qui assurait à Steve Nash des émoluments de…27 millions de dollars sur trois ans et une cohorte d’assets pour les Suns. En effet, afin d’acquérir le meneur de jeu canadien, les Lakers cédèrent pas moins de quatre choix de draft aux Suns : leur choix du premier tour 2013 (Nemanja Nedovic) ainsi que les choix du second tour 2013 (Alex Oriakhi) et 2014 (Johnny O’Bryant III) et leur choix du premier tour 2015, protégé top 5, puis top 3 en 2016 et 2017 et non protégé en 2018.

Mardi, les 76ers disposeront de 44,2% de chances de récupérer le choix des Los Angeles Lakers. Si leur nouveau président des opérations basketball était parvenu à ses fins lors de l’été 2012, l’acquisition de cette sélection en échange de celui qui a désormais perdu sa place de meneur titulaire à Milwaukee, n’aurait pas été possible. La situation est d’autant plus singulière qu’au cours de cet été 2012, Bryan Colangelo a, en l’espace de dix jours, exposé un concentré de ses prétendues qualités dont Sam Hinkie était supposément dépourvu.

Grâce à son réseau et les solides relations qu’il a établies avec bon nombre de joueurs et d’agents dans la Ligue, Bryan Colangelo a fait des Toronto Raptors, une destination possible pour un meneur de 38 ans, qu’il avait lui-même drafté à Phoenix 16 ans auparavant, qui plus est natif du Canada, et ce au prix de la meilleure proposition financière. Pour autant, cela n’a pas suffi. Steve Nash a préféré rejoindre ce qui était perçu comme un candidat au titre et deux susperstars.

Bryan Colangelo a tenté de jouer avec les dispositions du CBA afin de contrarier les plans d’un de ses homologues, il s’est retrouvé avec un des pires contrats possibles, celui d’un Landry Fields inutile.

A l’instar de la succession de décisions qui lui ont permis de remettre la main sur…Steve Nash en 2004, après avoir transféré Jason Kidd contre Stephon Marbury, l’incapacité de Bryan Colangelo à concrétiser ses plans initiaux s’est soldée par des résultats finalement aussi positifs, si ce n’est davantage, que ceux escomptés de la satisfaction des objectifs prioritaires. Après avoir échoué à convaincre Steve Nash, le stratège fit l’acquisition de Kyle Lowry contre son choix du premier tour 2013 protégé top 3 (Stevens Adams) et Gary Forbes.

Dix ans après l’arrivée de Bryan Colangelo aux commandes des Toronto Raptors, Kyle Lowry vient de conduire la franchise canadienne à sa première finale de conférence de son histoire. Peut-être qu’en 2026, les Sixers en feront de même grâce au joueur acquis via la sélection des Lakers.

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