Chroniques

Sam Hinkie, Jerry Colangelo, les « basketball guys » et le méta-communicant

La victoire acquise au détriment des Phoenix Suns, aussitôt empêtrés dans une crise sportive qui se déplace sur le champ institutionnel, laissait augurer un net regain de forme. Pour la première des nouvelles recrues, Ish Smith et Mike D’Antoni, les Sixers remportaient leur seconde victoire de la saison et auraient pu en empocher une troisième sur le parquet du Jazz si l’ultime tentative du meneur de jeu n’avait pas rebondi du mauvais côté de l’arceau.

Loin de dissiper tous les problèmes, notamment celui de la cohabitation entre Nerlens Noel et Jahlil Okafor qui n’a pas encore été éprouvée sous la houlette du meneur de 27 ans, pas plus qu’au sein de schémas offensifs issus de l’esprit fécond de Mike D’Antoni, ces deux sorties fondent la perspective d’une seconde partie de saison plus clémente pour les fans des Sixers.

Pour autant, le match le plus intéressant risque de se disputer loin des parquets, dans les arcanes des strates décisionnelles de la franchise. En effet, le jeu de pouvoir qui se déroule en coulisses depuis le 7 décembre dernier se décline également dans l’arène médiatique. Toujours prompt à répondre aux sollicitations des journalistes, quitte à adapter son discours à l’identité de son interlocuteur, Jerry Colangelo entraîne dans son sillage un Sam Hinkie, qui se montre extraordinairement prolixe.

Sitôt, la conférence de presse d’intronisation de Jerry Colangelo close, le stratège s’épanchait sur son projet et sa méthodologie auprès d’ESPN. A Zach Lowe, il confiait sa déception quant à ce début de saison dont il assumait la pleine responsabilité en dépit d’une myriade de blessures qui ont érodé la compétitivité d’une équipe profondément remodelée à l’intersaison.

« Cela a été dur. Nous ne sommes pas fiers de ce début de saison. Nous désirions ardemment un meneur de jeu qui aurait pu nous aider à jouer sur un rythme élevé et mettre nos meilleurs joueurs en situation d’être efficaces. Nous voulons quelqu’un de compétent pour adresser des « post entry pass ». Nous pensions que Kendall était ce joueur ».

Convaincu que le meneur de jeu issu de North Carolina et signé pour un contrat hinkien de 4 saisons serait rapidement disponible, le décisionnaire reconnaissait une erreur d’évaluation qui a contribué à ce début de saison historique.

« Nous avons réalisé une mauvaise prédiction. C’est de ma faute. J’ai fait de très nombreuses erreurs et je suis certain que j’en commettrai de nouvelles ».

Les maux dont pâtissaient les Sixers étaient présentés comme conjoncturels et essentiellement circonscrits à l’absence d’un meneur de jeu compétent pour servir idéalement les intérieurs, leur offrir les meilleures opportunités de développement et ainsi, maximiser l’efficience de leur évaluation, tout pratiquant le basketball sur un rythme élevé que Brett Brown a instillé au Wells Fargo Center depuis sa prise de fonction.

Tels seront les fondements des deux mouvements réalisés depuis le 7 décembre, à savoir l’intégration de Mike D’Antoni au sein du staff de Brett Brown et le recrutement d’Ish Smith.

Annonçant à Zach Lowe des inflexions imminentes, le décisionnaire défendait ardemment son bilan et sa vision de la façon dont se construisent les équipes championnes tout en valorisant l’ajout de Jerry Colangelo à l’organigramme de la franchise.

De son côté, Jerry Colangelo adoptait une ligne de conduite bien différente. Sur le plateau de SportsCenter, deux semaines après son intronisation surprise dans les fonctions de conseiller spécial du propriétaire, Jerry Colangelo reprenait une vulgate bien connue, celle de l’antagonisme entre les « basketball guys » et les autres, férus de statistiques avancées, bardés de diplômes tous plus prestigieux les uns que les autres mais dépourvus d’une longue expérience dans l’univers de la gonfle estampillée Spalding.

« Si je ne devais retenir qu’une chose, lorsque j’ai procédé à l’inventaire des forces en présence à Philadelphie, j’ai ressenti un certain manque de personnel disposant de connaissances en matière de basketball, un manque de personne qui ont joué au basket, qui ont coaché.

Quand vous structurez une organisation, vous devez évaluer ce dont vous avez besoin et combler les manques. Le recrutement de Mike D’Antoni est, à cet égard, une remarquable addition ».

Force est de constater que ni Sam Hinkie ni Ben Falk pas plus Sachin Gupta ne présentent un pedigree de head coach au bilan négatif et une carrière de plus de 40 ans dans les bureaux exécutifs. Et pour cause, aucun des trois n’était né lorsque Jerry Colangelo accéda aux fonctions de GM des Phoenix Suns.

Pénible pour la franchise, dont il est désormais le conseiller, la déclaration de Jerry Colangelo sur une antenne nationale illustrait parfaitement la faculté d’adaptation de son discours en fonction de la composition de son auditoire.

Tout juste intégré à l’organigramme, il s’était assigné l’objectif d’adjoindre à l’effectif des vétérans susceptibles de combler les lacunes en matière de leadership qu’il semblait avoir identifiées et proposé de mettre son carnet d’adresse et sa réputation au service de l’institution.

Deux semaines plus tard, il exposait un problème bien plus vaste, et dénonçait, en creux, l’incompétence en matière de basketball des dirigeants en place.

Accusé, publiquement de manquer de connaissance du jeu, Sam Hinkie, s’est, au lendemain d’une entrevue avec un Jerry Colangelo resté à Phoenix, confié aux médias pennsylvaniens. Auprès de Keith Pompey, il répète avoir commis des erreurs depuis sa prise de fonction en mai 2013 et offre une leçon de communication à son nouveau collègue.

Sans dénier l’aide que lui apportera Jerry Colangelo, il renvoie ce dernier à une vulgaire fonction de communicant voire de méta-communicant, destiné à fluidifier les relations publiques de la franchise, que ce soit avec le public, avec les médias ou avec les joueurs et leurs représentants.

Pas une once de remise en cause de la nature du processus ou de la façon idoine de construire une équipe championne au basketball. Pas une once, non plus, de remise en cause de la façon dont cette équipe doit pratiquer le basketball.

Sam Hinkie s’est contenté de saluer l’expertise du « basketball guy » sur des sujets…annexes à la pratique du basketball. Répondant aux principaux griefs qui sont formulés à l’encontre de son bilan par son interlocuteur, le décisionnaire a indiqué avoir mieux appréhendé au contact de Jerry Colangelo la nature des erreurs qu’il a pu commettre sur trois plans : la gestion médiatique des incartades de Jahlil Okafor révélées par TMZ, la gestion de la sécurité des déplacements des joueurs quand ils ne sont pas avec l’équipe et les relations entretenues avec les agents.

« Je pense que notre bilan parle de lui-même, mais je pense qu’il y a d’autres choses qu’on aurait pu gérer différemment ».

On notera qu’en mobilisant le bilan comptable d’une équipe historiquement nulle et qui aspire à sécuriser des choix de draft bien placés, la concession apparaît comme marginale si ce n’est ironique.

 

Le cas Jahlil Okafor :des erreurs de communication dans la gestion de crise

 

En dépit des révélations de TMZ, Sam Hinkie n’était pas sorti de son mutisme, laissant Brett Brown, seul face aux questions de journalistes qui n’avaient jusqu’alors pas enquêté sur le comportement du jeune pivot.

Après la révélation de nouvelles incartades par la presse locale, puis la diffusion d’une seconde vidéo, plus accablante encore, par TMZ, Sam Hinkie s’était contenté d’adresser, le 2 décembre, un communiqué indiquant la suspension pour deux rencontres de Jahlil Okafor.

Fidèle à sa ligne de conduite, il avait alors laissé Brett Brown répondre aux sollicitations des journalistes. En l’espèce, il reconnaît qu’il aurait pu se montrer disponible quitte à dupliquer le message de son coach.

« Je pense que c’est normal dans un moment où il y a des interrogations sur un joueur aussi important que Jahlil, que les gens veuillent entendre une autre voix que Brett. Brett et moi communiquons à ce sujet et je le laisse souvent parler au nom de l’équipe, et il est souvent heureux de le faire, et ça ne le dérange pas, moi non plus. Mais quelques fois une voix différente peut aider ».

 

Les cas Jahlil Okafor : des erreurs quant à l’appréhension de la sécurité des joueurs

Point nodal du projet hinkien qu’il s’agisse de construire les ambitions de la franchise autour d’eux ou d’en maximiser l’appréciation sur le marché afin de capter davantage de valeur et de talents, le développement des jeunes joueurs est la valeur-étalon de l’efficience du processus de reconstruction entrepris depuis mai 2013. A cet égard, les incartades hors des parquets de Jahlil Okafor ont pu nourrir les inquiétudes.

Il a longuement été discuté de la thèse, fort contestable, selon laquelle les déboires de Jahlil Okafor auraient pu être prévenus grâce à un meilleur encadrement du joueur au sein d’un groupe largement inexpérimenté et soumis à la pression afférente à un début de saison historique.

En l’espèce, Sam Hinkie se contente de souligner l’apport de Jerry Colangelo dans son appréhension de la sécurité des joueurs.

 

« Jerry est de bon conseil sur la sécurité de l’équipe et sur la manière de la gérer différemment, un domaine dans lequel nous avions déjà fait de grands progrès ».

 

De la maximisation de la flexibilité salariale à la détérioration des relations avec les agents.

 

Enfin, conséquence la plus funeste pour les ambitions à venir des Philadelphia 76ers, la gestion hinkienne aurait courroucé bon nombre d’agents parmi les plus influents de la Ligue. En cause, la stratégie de maximisation de la marge de manœuvre sous le salary cap et une appétence mesurée pour les discussions téléphoniques de pure amabilité.

Dès lors, germe dans les colonnes spécialisées l’idée selon laquelle les agents ne souhaiteraient plus que leurs joueurs aux pedigrees les plus reluisants signent à Philadelphie parce que Sam Hinkie ne s’est jusqu’alors pas montré enclin à engager leurs joueurs médiocres et n’offre de fait aucune commission à leurs représentants en plus de les priver d’un débouché possible.

Les joueurs que Philadelphie n’escompte pas signer maintenant, ne souhaiteraient donc pas, sur les conseils de leur agent, signer à Philadelphie…Diantre.

Si Kahwi Leonard et Jimmy Butler n’ont pas rejoint les Sixers cet été, ce n’est pas parce que les relations avec les agents ont été détériorées par la gestion hinkienne mais parce que cette dernière a jusqu’à présent conduit à l’affaiblissement de la compétitivité immédiate de l’équipe.

Les agents libres de renom ne s’attirent pas avec des dollars où grâce à la présence de personne respectée au sein de l’organigramme mais avec la perspective d’évoluer avec une autre superstar.

Sam Hinkie s’étant attaché à sécuriser le recrutement d’un tel joueur via la draft ou par l’entremise d’un échange si une opportunité à la James Harden venait à se présenter, peu importe que les agents n’aspirent pas à voir leur joueur évoluer sous une tunique des Sixers à l’heure actuelle.

Quand les Sixers se décideront à signer une superstar ou des joueurs de complément réputés sur le marché des agents libres, alors ils ne seront plus en situation de « tanker » et de fait seront enclins à dépenser leur marge de manœuvre financière afin d’accroître la compétitivité immédiate de l’effectif.

De fait, les agents et leurs joueurs n’auront plus de raisons de ne pas vouloir s’établir en Pennsylvanie, autres que celles qui prévalent depuis l’installation de la franchise sur les rives du fleuve Delaware.

Face à un problème qui n’est qu’un problème de papier, Jerry Colangelo se montre, de l’aveu de Sam Hinkie, remarquablement important.

« Il m’aide aussi dans ce domaine. Il a beaucoup de bons conseils, et j’ai beaucoup de questions sur la manière d’améliorer les choses. Il m’aide déjà. »

Si Sam Hinkie échoue à sécuriser l’acquisition d’une superstar alors la prétendue détérioration des relations avec les agents deviendra un problème marginal puisque c’est l’essence même du processus de reconstruction entrepris depuis mai 2013 qui sera menacée.

Auprès de Zach Lowe, comme au micro de Keith Pompey, Sam Hinkie, en reconnaissant qu’en deux ans et demi de gestion, des erreurs ont été commises et que d’autres le seront inévitablement, donne dans la tautologie. Ce qui suffit à ses interlocuteurs qui en oublient qu’il ne renie rien sur la philosophie du projet de reconstruction qu’il tente d’implémenter en Pennsylvanie.

Prompt à concéder qu’il n’a pas excellé en matière de relations publiques et à reconnaître l’expertise de Jerry Colangelo en la matière, Sam Hinkie ne concède que peu de regrets lorsqu’il s’agit d’évoquer les mouvements qui ont, jusqu’à présent, structuré l’effectif.

« Nous n’avons rien fait d’envergure que je regrette ».

Dans une franchise prétendument en manque de « basketball guys », Jerry Colangelo n’est certainement pas le meilleur communicant.

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