Chroniques

Vers une faillite du Hinkisme?

L’échéance est fixée de longue date : les Sixers doivent impérativement retrouver le chemin de la compétitivité d’ici à la livraison du nouveau centre d’entraînement ultra-moderne de la franchise, à l’horizon 2016-2017.

Pour autant, l’institution rendue célèbre par Julius Erving et sa bande vient de réaliser un record de nullité en effectuant la plus longue série de défaites de l’histoire des sports américains. Un malheur n’arrivant jamais seul, le pivot, dans tous les sens du terme, du projet de Philadelphie s’est récemment retrouvé mêlé à une algarade immortalisée par un historien des idées de la prestigieuse publication TMZ.

Issue inéluctable annoncée par la prescience de la masse prophétique – vous avez dit oxymore ? – des détracteurs de l’oncle Sam, le General Manager de l’organisation ?

Rien n’est moins sûr, malgré les apparences.

La mobilisation d’un argumentaire moral, sous l’effet d’une émotion d’indignation plus ou moins authentique, accouchait de déformations, coupables, de la réalité.

Cependant, derrière le cortège des simagrées, sont apparues des orientations susceptibles de susciter la polémique sur un autre mode que la dénonciation d’un Antéchrist formé à Stanford.

Une politique de 1er tour de Draft en débat

De l’indiscutable cas par cas…

Isolément, chacun des choix de Draft effectué par le stratège de Philadelphie dans la zone de la loterie se révèle plus que défendable.

En 2013, la sélection d’un Nerlens Noel, longtemps promis au tout premier strapontin, avec le 6e choix issu du transfert avec les Pelicans fait figure d’évidence. Au sein d’une cuvée sans véritable top prospect, les aptitudes défensives de l’ex-Wildcat prenaient largement le pas sur son indisponibilité d’une année en raison d’une blessure. En début de processus de reconstruction, la perspective d’ajouter au groupe une protecteur de la raquette sur le modèle de Tyson Chandler primait sur le risque de s’adjuger les services d’un joueur possiblement fragile.

L’été 2014 voit les Sixers s’attirer les faveurs de Joel Embiid, déchu à son tour pour souci médical. Les craintes sur le géant francophone étaient alors bien plus nourries que son prédécesseur, eu égard à la nature de l’opération requise. Toutefois, l’écart abyssal entre la potentielle superstar, dévastatrice des deux côtés du parquet à un poste clé, et les autres prétendants aux allures de lieutenants, ne laissait que peu de place à une autre voie, étant entendu que le projet sportif se fonde sur l’acquisition de basketteurs du plus haut calibre.

L’ajout des talents de Dario Saric, meilleur Européen de la cuvée, avec le choix n°12, fruit d’un transfert du choix n°10 et d’une autre future sélection, s’impose pour sa part comme un excellent coup. Après avoir annoncé qu’il ne rejoindrait pas la NBA immédiatement, le Croate avait vu sa cote chuter jusqu’à se rendre disponible pour les Sixers.

Enfin, après avoir semble-t-il été tenté par le géant Letton Kristaps Porzingis, le General Manager ne s’est pas risqué à bouleverser la hiérarchie communément admise de la Draft 2015 en choisissant la star de Duke Jahlil Okafor avec la troisième sélection.

A l’appui de ce bilan, la décision la plus contestable reste encore l’utilisation du choix n°11 de la Draft 2013.

Détentrice de ce dernier en raison de son bilan, Philadelphie avait porté son inclination vers le meneur Michael-Carter Williams. Le désormais très surcoté ancien Orangeman, du fait du titre de Rookie of The Year obtenu à la fin de sa première année, semblait un choix logique puisqu’il demeurait le meneur disponible le plus engageant selon un certain nombre de scouts.

Toutefois, son absence de shoot, l’opacité du niveau de sa défense dans le contexte de Syracuse et son QI basket sur courant alternatif ne contribuaient pas à valoriser la candidature d’un prospect qui rendait deux ans à plusieurs de ses camarades de promotion.

A un stade de la cérémonie – et du processus de reconstruction – où les paris apparaissent plus légitimes, le stratège aurait pu jeter un œil sur Shabazz Muhammad, ancien grand rival de Noel pour la distinction officieuse de meilleur prospect de la classe d’âge.

Surtout, la cuvée recelait de jeunes internationaux présentant plus ou moins de danger, de Dennis Schroeder à Giannis Antetokounmpo en passant par Rudy Gobert, quitte à consentir à un trade-down.

… à la problématique vue d’ensemble

Tandis que chaque mouvement entrepris obéit à une logique identifiable, le regard porté sur l’ensemble met en lumière un grand péril pour la bonne marche d’un processus de reconstruction.

En effet, le choix du plus grand potentiel disponible s’accompagne également souvent du peu de scrupules apparent attaché au groupe humain ainsi constitué.

Nerlens Noel avait ainsi frappé fort lors de l’annonce de sa faculté.

Au-delà du grotesque de la scène, le garçon ne présentait pas les meilleurs rapports de service du point de vue du comportement bien qu’il ne se soit pas pour autant affirmé comme un agitateur patenté. En dépit de quelques remous lors de sa saison rookie, il faut reconnaître que l’ancien protégé de coach Calipari n’a pas défrayé la chronique depuis son arrivée dans la ville de l’amour fraternel.

Les interrogations diverses et variées sur Michael-Carter Williams portaient quant à elles sur son éthique de travail et sur l’égo du meneur relativement à son niveau de jeu.

Faut-il y percevoir les obstacles l’empêchant d’acquérir un statut supérieur dans la ligue ?

L’amuseur Joel Embiid s’est pour sa part rapidement imposé comme figure incontournable du réseau social Twitter, notamment à travers ses Rih-âneries, avant d’être montré du doigt, à tort ou à raison, pour indolence. Un défaut qui aurait coûté cher à son rétablissement selon quelques bruits de couloir.

Le cas Dario Saric avait pu refroidir certains décideurs en raison de l’importance d’un entourage envahisseur, et relais de ses ambitions. Désormais établi comme nouvelle figure de proue du paysage basketballistique européen, comment le Croate digérera d’être relégué sur le banc le cas échéant, derrière des joueurs bien moins expérimentés et aux accomplissements moindres?

Enfin, Jahlil Okafor, pourtant scruté depuis son plus jeune âge, a toujours été loué pour son éducation irréprochable. Une seule ombre s’était portée au tableau lors du processus pré-Draft : la mention par un scout anonyme d’une éthique de travail défaillante relayé par un journaliste de Grantland, soit une occurrence à prendre en compte en dépit de toutes les nuances nécessaires quant au nombre limité de sources, et à la possibilité qu’un tel travers évolue au contact d’une compétition professionnelle qu’il ne domine plus de la tête et des épaules.

C’est pourtant précisément ce même Jahlil Okafor qui fit récemment la Une de la revue philosophique TMZ, comme le symbole d’un problème plus souterrain.

Querelle doctrinaire

Gregg Popovich déclarait il y a peu qu’il ne façonnait pas ses joueurs mais qu’ils arrivaient tels quels. Le technicien a manifestement forcé le trait puisque le milieu sportif de San Antonio, propre à l’épanouissement a, de fait, joué un rôle majeur dans l’exploitation maximale des capacités des différents Spurs à travers les années.

Alors qu’il a embauché Brett Brown, son premier assistant, et prête sans doute une oreille attentive aux propos de l’entraineur multi-titré, la philosophie de Sam Hinkie est toute autre. Elle se fonde sur l’optimisation de la valeur de ses assets, elle-même assise sur l’adage américain « Tout s’apprend, à l’exception du patrimoine génétique».

Bien entendu, en creusant les dires de part et d’autre, les deux positions ne s’excluent pas mais décrivent tout de même l’importance asymétrique accordée à tel ou tel facteur.

La présence dans l’effectif actuel de Christian Wood et JaKarr Sampson, deux jeunes joueurs très athlétiques non draftés, procède de la logique de valorisation de potentiels inexploités, dont il s’agira de tirer plus-value, après travail, par l’échange ou le recours à leurs services sous la tunique des 76ers.

Or, un tel état de fait a une incidence aisément intelligible: la restriction du nombre de places dans ledit effectif, mets rares à toute organisation en reconstruction.

 Il en a résulté, par exemple, le limogeage de Gerald Wallace et la non-reconduction de Jason Richardson.

Les vétérans rompus aux joutes de la NBA depuis une décennie, donc qui n’avaient pas vocation à faire partie de la future formation compétitive, ont été ainsi sacrifiés sur l’autel de la recherche de l’exploitation maximale des places disponibles à des fins d’acquisition de plus-value.

Cette hiérarchie peut faire l’objet d’une critique de deux ordres.

De toute évidence, des prospects tels que Richaun Holmes, Christian Wood ou JaKarr Sampson n’alimentent pas les rêves de superstar de Sam Hinkie, tandis que la première étape de son plan réside dans l’obtention des talents d’un (ou plus) basketteur de ce calibre. Par conséquent, ils ne concourent pas à la validation de ladite étape. Pis encore, ils seraient tentés de ralentir son accomplissement. En effet, en l’espèce, ces membres de l’équipe n’ont pas les qualités qui permettent le meilleur développement des figures de proue, que ce soit par manque d’adresse au shoot, de QI basket, ou parce qu’ils pourraient empiéter sur les minutes de Jahlil Okafor ou Nerlens Noel. Il ne peut y avoir pour eux de valorisation sans démonstration de leurs qualités pendant de longues séquences. Par ailleurs, ces espoirs ne deviendront utiles, via valeur marchande ou sur le parquet de la Wells Fargo Arena, qu’après un investissement de moyens pour leur développement… risquant, là encore, de se faire au détriment des têtes d’affiche.

En outre, la possibilité même d’optimiser les capacités de certains prospects est remise en question par certains faits. Les noms de Robert Upshaw et Christian Wood ne furent point prononcés lors de la dernière Draft, malgré des prédispositions pour le basketball tout à fait alléchantes. L’un fut remisé en D-League par les Lakers, tandis que l’autre figure actuellement dans le roster des Sixers. Deux grandes raisons peuvent expliquer ce désamour des deux hommes, la nocivité de leurs personnalités et entourages respectifs, ou bien une compréhension fœtale du sport qu’il pratique depuis des années. Dans le premier cas, un tel élément risque d’exercer son influence délétère sur l’ensemble du groupe, à commencer par les superstars en germes. A noter que Christian Wood accompagnait Jahlil Okafor lors d’un évènement récent. Dans le second, il eût fallu un miracle pour que la lumière survînt. De plus, la franchise se rendrait alors tributaire des velléités d’une franchise tierce pour un échange afin de tirer gain de ce type de joueur et la permanence d’un Tony Wroten dans l’effectif incite à la réserve. En effet, en plus de ne pas peser lourd dans la balance d’un transfert pour l’obtention d’une superstar, ces espoirs ne sauraient que difficilement se muer en role players. La principale qualité de ces derniers relève de l’intelligence de jeu, comme les Golden State Warriors, et avant eux les San Antonio Spurs, le prouvent à chaque match. Dans cette optique, T.J McConnell s’impose comme un futur role player bien plus crédible, malgré toutes ses limites, que des JaKarr Sampson ou Christian Wood.

Le pendant de la première critique fait déjà l’objet d’alertes depuis plusieurs mois: l’absence de vétérans pour encadrer le vestiaire. Le corolaire de cette lacune se décline sous plusieurs constats. Aucun basketteur en tenue ne sait véritablement comment jouer, les spécificités du sport, après avoir usé ses sneakers sur les parquets de la ligue pendant une décennie. Il y a un monde pour un joueur entre l’explication de la bonne marche à suivre au cours d’une rencontre par l’entraineur, et son remplacement par un vétéran qui exécute sous ses yeux les mouvements et adoptent les comportements qui assurent la gagne. De même, ces vieux routiers occupent une fonction absolument indispensable sur le plan humain, à l’image d’un Kevin Garnett ayant annoncé à ses jeunes loups que ce qui pouvait ficher le bazar dans un groupe s’écrit en trois lettres: égo. Cette sagesse est née des pots cassés de l’association avec Starbury, et de la réussite du Big Three des Celtics. En plus de le rappeler dans les mots, et dans la vie du groupe, les anciens ont l’occasion, sous le patronage de l’entraineur, de pourvoir de leçons d’humilité leurs élèves.

Ainsi en allait-il de Chuck Daly, chargé de coacher une équipe de superstars NBA à l’égo boursouflé en 1992 pour les Jeux Olympiques de Barcelone. Le patron des Bad Boys avait astucieusement fomenté une défaite de ses hommes en début de campagne face à des minets appelés par Team USA, laissant Michael Jordan sur la touche à des instants clés pour garantir le revers.

Désormais conscients du péril qui les guettait, les membres de la Dream Team s’étaient rassemblés sous la férule de Chuck Daly.

La domination de vétérans sur les jeunes pousses en situation de match à l’entrainement, grâce à leur métier et malgré leurs articulations douloureuses, vaut mille discours.

Plus encore, ces anciens apportent leur écot en conseillant les jeunes néo-millionaires sur leur vie en dehors des parquets, du régime alimentaire à suivre pour assurer la pérennité de leur carrière à la gestion de leur argent en passant par les sollicitations et tentations multiples qui assaillent ces nouvelles proies pour les profiteurs et arnaqueurs de tous poils.

Un entraineur, tout méritant qu’il soit, n’a pas une parole aussi écoutée d’un joueur inexpérimenté qu’un coéquipier qui revêt quotidiennement les mêmes habits, suit les mêmes entraînements et entre en jeu dans les mêmes rencontres.

Surtout, les vétérans se font les vecteurs de la sacro-sainte culture de la gagne tant recherchée par toute franchise. Pour maintenir la continuité inhérente à toute culture, la place de ces cadres doit être garantie sur la durée. Ce n’est pas le cas de Carl Landry, seul vétéran encore en piste par ailleurs, fraichement débarqué cet été, et dont la carrière demeure moins glorieuse que celle de Gerald Wallace ou Jason Richardson, non conservés.

Dans ces conditions, l’optimisation des capacités des espoirs les plus notoires de la franchise n’est pas garantie, ce qui aurait pour conséquence de compromettre potentiellement l’éclosion d’une superstar à partir d’une pousse talentueuse.

Conclusion

Sam Hinkie n’a, fort justement, pas tenu compte des critiques pour mener à bien un plan devant lequel il n’est responsable que face à son employeur à qui il l’a longuement exposé avant embauche. A l’émotion, le stratège a toujours privilégie la raison. Cependant, il est permis de penser que le General Manager des Sixers a, dans une certaine mesure, dérogé à la raison pour l’hybris, en accumulant le plus grand nombre d’assets sans avoir les moyens de tous les exploiter, favorisant parfois l’accessoire aux dépends de l’essentiel. Compte-tenu de l’historique, il y a lieu de présager qu’il fera de nouveau fi de ses détracteurs.

Toutefois, ces éléments de critique énoncés, il ne faut pas oublier que la discussion n’aurait vraisemblablement pas lieu sans une rechute de Joel Embiid. De surcroit, tout peut rapidement basculer en NBA, à la faveur d’un trade ou d’un tirage opportun à la loterie qui a manqué jusqu’ici.

Rendez-vous est pris en 2016-2017!

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