Esprits criminels

Faites entrer l’accusé : l’incontrôlable Jahlil Okafor

Brillant offensivement, défaillant de l’autre côté du parquet, Jahlil Okafor donne depuis le début de saison une adaptation libre de Dr Jekyll et M. Hyde.

Chacun de ses mouvements au poste-bas est accueilli avec une emphase qui n’a d’égal que la consternation collective face à l’absence de dits mouvements du côté opposé du terrain.
Peu à peu, et en dépit d’une accumulation de revers collectifs, le pivot rookie prenait ses marques en défense tout en tirant profit de chacune de ses sorties pour étayer son C.V d’attaquant complet.

Si son statut dans la Ligue restait à définir tant ses lacunes défensives sont susceptibles d’annihiler sa contribution à l’actualisation de la table de marque, les prestations de Jahlil Okafor étaient à classer au rayon des motifs de satisfaction d’un début d’exercice vierge de tout succès, à côté des rumeurs faisant état des velléités de Dario Saric de rejoindre la Pennsylvanie dès la saison prochaine ou celles arguant d’un net regain de sérieux de Joel Embiid.

L’approche de records historiques de nullité ne pouvait être de nature à tempérer l’enthousiasme quant à la projection à long terme du processus tant chaque défaite contribue à la consolidation d’un stock de billes que la médiocrité des Lakers et des Nets risque d’amoindrir.

Le retour de Covington conférant une compétitivité nouvelle aux hommes de Brett Brown, les fans des Sixers pouvaient s’atteler à déguster la traditionnelle dinde l’esprit léger.

C’était sans compter sur les décisions d’un jeune homme de 19 ans.

A la veille de Thanksgiving, Jahlil Okafor avait décidé de fêter à sa façon la 16ème défaite de rang des 76ers. Flanqué de Christian Wood, le pivot s’était rendu en boîte de nuit comme une large part des jeunes américains, une veille de jour chômé.

Une soirée d’une rare banalité se profilait pour les deux rookies.

Pour autant, le comportement de l’ancien Blue Devil pouvait interpeller. Comment un néo-professionnel destiné à incarner l’avenir des Philadelphia 76ers si ce n’est de la Ligue peut-il se permettre d’arpenter les boîtes de nuit de Boston, rival historique de la capitale de Pennsylvanie, qui plus est en compagnie d’un comparse, Christian Wood dont le professionnalisme n’est pas la qualité première ?

S’enivrer en boîte de nuit l’avant veille d’une rencontre à Houston n’était assurément pas l’attitude idoine ni le signal qu’on est en droit d’attendre en provenance d’un rookie dont la condition physique demeure une des principales failles de son arsenal.

Se quereller ostensiblement en pleine rue, puis corriger physiquement des impétrants venus le tancer à propos de la médiocrité de son équipe relève de la pure bêtise, que la jeunesse des deux coéquipiers ne pardonne pas.

Capturé par un badaud qui s’est empressé de céder les images à TMZ, l’incident jetait un nouveau trouble sur une des pierres angulaires de ces Sixers, après les rumeurs afférentes à la désinvolture de Joel Embiid et relancer le débat sur le dispositif d’encadrement des jeunes pousses au sein de l’effectif le plus jeune et le plus inexpérimenté de la Ligue.

L’événement servait aussi de prétexte aux pourfendeurs du processus de reconstruction entrepris par Sam Hinkie pour rajouter une pièce dans le juxbox et rejouait la même partition de la culture de la défaite qui s’insinue par tous les pores des membres de l’organisation.

Isolé, l’incident choqué moins que sa diffusion auprès du grand public via la vidéo de TMZ. Dans le même temps, les errances analogues d’un Gerald Green, contraint de passer à l’hôpital, consignées dans un rapport de police ne généraient pas les mêmes esclandres.

C’était alors sans compter que l’épisode du mercredi 25 novembre n’était pas le premier fait d’arme de Jahlil Okafor.

Ainsi, Keith Pompey du Philadelphia Inquirer en rajoutait une couche en dévoilant que l’altercation de mercredi soir n’était qu’une escarmouche dans l’entreprise de destruction de la crédibilité professionnelle du pivot des Sixers.

Le journaliste dépeint l’événement de la façon suivante et vient alimenter une nouvelle rubrique dans les colonnes de Sixers-France : « Esprits criminels ».

« Selon 5 sources concordantes qui ont témoigné sous couvert d’anonymat auprès du Philadelphia Inquirer, l’altercation intervenue dans la nuit de mercredi à jeudi à Boston n’était pas le premier incident de ce type où Jahlil Okafor fut impliqué.

Ainsi, les sources affirment, qu’en octobre, à la sortie d’une boîte de nuit de Philadelphie, Jahlil Okafor a échangé des noms d’oiseaux avec des individus venus le provoquer, en présence de coéquipiers. Lorsque le rookie et ses coéquipiers quittaient le club, le un individu aurait sorti un pistolet et pointé son arme sur la tête de Jahlil Okafor en dehors de l’établissement.

Une source a indiqué que l’incident s’est déroulé en présence de témoins, notamment d’agents fédéraux, mais il n’existe aucun rapport connu de cet incident. Okafor n’a pas souhaité s’exprimer sur cette situation ».

Quelques heures plus tard, John Gonzalez de CSN Philly apportait encore davantage de détails qui venaient corroborer partiellement le récit de Keith Pompey. Ainsi, la présence de coéquipiers de Jahlil Okafor sur les lieux n’est pas confirmée par le journaliste de CSN Philly qui s’appuie sur des sources judiciaires et policières et propose une version bien plus précise des évènements qui mettent en cause le n°8 des Sixers.

« Selon un témoin, le rookie de 19 ans des 76ers se trouvait à l’extérieur d’une boîte de nuit de la vieille ville peu après 2 heures du matin, le 4 octobre dernier, quand lui et une autre personne (ndlr : qui n’est pas présentée comme un coéquipier) ont commencé à se quereller avec deux autres personnes assises dans un véhicule en stationnement au croisement de la 2nde et de la Walnut streets. Le désaccord verbal s’est rapidement intensifié et un témoin affirme avoir vu Jahlil Okafor tenter de cogner le conducteur à travers la vitre. Pendant l’altercation, le conducteur et le passager sont sortis du véhicule et le passager a pointé une arme en direction de Jahlil Okafor et de son comparse.

Selon des rapports de police rédigés par les U.S Park Ranger et le Philadelphia Police Departement et glanés par CSN Philly, les U.S Park Rangers qui effectuaient une patrouille non loin de Independence Hall, sont arrivés sur les lieux pendant l’altercation.

L’homme qui était sorti du côté passager s’est, selon les témoins, enfuit à pieds et aurait jeté son arme. Le conducteur se serait enfuit à bord d’une Camaro noire flanquée de bandes rouges sur le capot. Le véhicule n’a pu être arrêté.

Selon le rapport de police, un U.S Park Ranger a poursuivi le passager mais l’homme est parvenu à s’échapper en se hissant dans un garage non loin du Sheraton Philadelphia Society Hill Hotel sur One Dock Street. Le rapport indique également que la Police a passé au crible le garage et les premiers étages de l’hôtel sans succès. La vidéosurveillance de l’hôtel a révélé que l’homme n’est jamais entré dans l’hôtel via le garage.

Enfin, un magazine d’armes à feu aurait été retrouvé sur les lieux et a été soumis à des analyses d’empreintes digitales. Selon une source judiciaire, les investigations sont en cours.

En revanche, il est difficile de savoir ce qu’il est advenu de Jahlil Okafor et de son comparse après l’incident ou de savoir s’ils ont été interrogés par les U.S Parker Rangers ou le PDD ».

La révélation de cet incident d’une gravité toute autre que celle de l’altercation de Boston invalide la thèse d’un dérapage consécutif à une frustration née de la récurrence des défaites des Philadelphia 76ers.

En revanche, elle place Jahlil Okafor dans le costume du récidiviste et interroge la fiabilité des expertises, des évaluations et des prises de décisions des strates décisionnelles quand il s’agit de cerner la personnalité des prospects et de son incidence sur la faculté de ces derniers à accomplir leur plein potentiel, tout autant que le disposition mis en place afin d’encadrer leurs premiers pas dans la Grande Ligue.

Interrogé vendredi sur la publication de la vidéo de TMZ, Jahlil Okafor s’est contenté d’évacuer le sujet en assumant ses responsabilités.

« C’était assurément stupide de ma part. J’ai honte de ce que j’ai fait. J’aurais dû m’en aller ».

En revanche, le rookie a refusé de répondre aux questions relatives à l’incident du mois d’octobre, affirmant qu’il n’était pas autorisé à s’exprimer sur le sujet.

« Je ne suis pas autorisé à m’exprimer sur cet incident. Il y a une procédure en cours et je ne suis pas autorisé à m’exprimer à cet égard, j’en suis désolé ».

Or la lecture de l’événement de mercredi soir ne peut être déconnectée de celui du début du mois d’octobre.

Sondés sur le sujet, les Sixers se sont contentés de confirmer leur connaissance des incidents et de la procédure en cours.

« Nous sommes au courant qu’une procédure est en cours concernant l’incident (que vous évoquez) et nous n’apporterons pas davantage d’informations ».

Comme à l’accoutumée, face au mutisme de Sam Hinkie, c’est Brett Brown qui a dû se résoudre à éteindre l’incendie. Mis en accusation sur la liberté accordée à ses joueurs en plein road trip, le coach a, en sus du soutien apporté à son joueur, esquissé un mode de régulation des aléas de la vie des néo-professionnels lacunaire.

Après leur défaite au T.D Garden, les Sixers n’avaient pas d’entraînement programmé avant leur vol pour Houston. Ils avaient donc une soirée libre en ce mercredi 25 novembre que Jahlil Okafor a décidé de passer avec Christian Wood.

« Nous n’avons pas de couvre-feu. Je n’ai pas connaissance d’une équipe dans cette Ligue qui impose une telle contrainte à ses professionnels, en tout cas, aucune de celles que j’ai fréquentées. Nous leur demandons de prendre des décisions responsables. Vous ne pouvez pas cadenasser leur vie. Jahlil va devoir apprendre à appréhender sa vie de joueur NBA et les responsabilités que cela induit ».

Loin des ergotages des prédicateurs de bonne vertu subséquents à la large diffusion médiatique de l’incident de Boston, Jahlil Okafor aurait pu, à 19 ans, payer de sa vie ses incartades et une appétence prononcée pour la bagarre en sortie de boîte de nuit, ce soir du 4 octobre.

A 19 ans, les incartades de Jahlil Okafor sont difficilement excusables au regard des exigences qui incombent à un joueur de son statut. Elles rappellent combien les boîtes de nuit ne sont pas des lieux sûrs pour des jeunes athlètes, soudainement devenus millionnaires.

De Chris Copeland à Thabo Sefolosha, la saison passée a offert de vives piqures de rappel sur les risques afférents à la vie nocturne des basketteurs professionnels. 15 ans après une triste soirée du 25 septembre 2000 au cours de laquelle, Paul Pierce, alors âgé de 22 ans, s’était fait poignarder, en présence d’un coéquipier (Tony Battie) suite à une altercation dans un établissement de Boston, la carrière de Jahlil Okafor aurait pu se jouer sur un parking en octobre, dans la rue, en novembre.

Suite à l’altercation de mercredi, une plainte a été déposée contre le joueur des Sixers par un jeune homme qui a dû se faire poser des points de suture à l’oeil. Ce dernier tient une version différente de celle évoquée par TMZ suggérant que l’altercation a débuté après que des jeunes femmes ont refusé les avances de Jahlil Okafor et son comparse.

Assurément, les errances défensives du prospect sont désormais un motif secondaire d’inquiétudes. Les Sixers se doivent désormais de permettre à leur rookie d’adopter un comportement plus conforme aux ambitions qu’ils nourrissent pour lui avant que la longue et prometteuse carrière qui s’offre à lui ne s’évanouisse de funeste manière.

La question du dispositif à mettre en œuvre sera allègrement débattue dans ces colonnes.

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