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Sam Hinkie et les 76ers après la draft: le chemin le plus dur, le plus risqué et à la plus forte récompense

Stillballin poursuit son oeuvre d’analyse de la situation des Philadelphia 76ers après deux années de reconstruction hinkienne avec un panorama de la situation post-draft de la franchise.  

[Précédemment: « Sam Hinkie et les 76ers avant la draft: à en péter une durite« ]

Ainsi, Sam Hinkie a jeté son dévolu sur Jahlil Okafor. Si vous voulez mon avis, il l’a jeté en serrant les dents comme un contrôleur aérien envoie un avion dans les airs sans trop savoir si la carlingue pourra réellement arriver à destination. Les dés que le jeune GM a lancé sur le tapis vert rouleront encore longtemps avant de donner leur verdict mais ce qui est sûr, c’est qu’ils pourraient bien décider du sort de la franchise. En optant pour le pivot plutôt que pour Mario Hezonja, Kristaps Porzingis ou peut-être même Emmanuel Mudiay ou Justise Winslow, le cerveau philadelphian a fait prendre à la franchise une route à la potentielle très forte récompense mais diablement escarpée et incertaine. Les probabilités de voir les yeux âgés de dix ans supplémentaires regarder en arrière marquer ce choix de draft comme étant l’erreur qui a fait dérailler la reconstruction des Sixers sont vives et bruyantes. Mais autant que celles de les voir qualifier cette décision de coup de génie.

La chance d’Hinkie est que ces dés ne sont pas des furies insensées vrillant en trombe à travers le plateau si fort qu’ils seraient trop dangereux de les toucher pour en orienter le destin. Hinkie peut au contraire essayer de bousculer les petits cubes d’une pichenette, souffler dessus de toutes ses forces ou encore tordre la surface du plan de jeu pour influencer leur course. J’entends par là qu’il peut encore pousser les leviers à sa disposition -trades, développement des joueurs, innovations stratégiques- pour tenter de parvenir à atteindre son objectif final, faire émerger à Philadelphie une équipe taillée pour le titre.

Il a choisi de drafter le meilleur prospect disponible qu’importe son profil malheureux et les besoins de l’équipe en se disant, comme le cite la deuxième partie de la fameuse maxime, « qu’on se débrouillera après ». Et bien voilà, il est l’heure de se débrouiller désormais. Hinkie, tu as peut-être pensé que devoir choisir de prendre Okafor ou pas était difficile mais ce n’était qu’un saut dans une flaque d’eau comparé à ce que tu dois réussir maintenant.

Après deux années entières d’une reconstruction de l’extrême, l’effectif n’est encore qu’une feuille blanche à peine griffonnée par endroit si ce n’est un gros paragraphe joliment calligraphié mais mal balancé et a priori inutilisable, là où l’on situerait le secteur intérieur. Phila ne peut même pas encore se targuer d’avoir un fort potentiel comme Minnesota ou peut-être Orlando. Pour ça, il faut avoir des jeunes pleins de talent suffisamment complémentaires pour dessiner l’ébauche d’une structure prometteuse. Avec pour plus grands joyaux trois intérieurs peu compatibles dont un qui craint de voir sa carrière se réduire à jamais à un fantasme jamais assouvi, les Sixers sont encore loin de pouvoir commencer à montrer les signes avant-coureurs d’une équipe appelée à régner.

Il s’agirait pourtant de la troisième étape de l’ambitieuse stratégie de Sam Hinkie, après la mise à zéro du roster/conversion des éléments de valeur en ressources à long terme (Jrue Holiday et Thaddeus Young transformés en draft picks) et l’accumulation « d’assets » (besoin d’exemples? Vraiment?) : commencer à faire apparaître les fruits nés des efforts des deux premières étapes et par là, poser les bases de l’équipe susceptible de se mêler à la lutte pour le titre qui est l’objectif-même de tout le barda de la franchise bleue et rouge. Hinkie a plutôt bien mené les deux premières phases mais ce ne sont pas les plus dures. Il est encore trop tôt pour dire qu’il bute sur la troisième mais force est de reconnaître que l’entreprise n’est à l’heure actuelle pas encore engagée sur la voie menant aux étoiles. Pourtant, avec 5 lottery picks en trois ans dont plus de la moitié issus du top 6, on serait en droit de penser que la franchise ne devrait pas en être si loin.

Sauf qu’Hinkie est malin et qu’il a la carte blanche de ses dirigeants. Il n’est pas spécialement pressé de déclencher cette troisième étape tant qu’il n’est pas sûr d’avoir eu ce qu’il veut: le nouveau Tim Duncan, LeBron James ou Kevin Durant. C’est-à-dire le genre de superstar capable de tirer une équipe plus haut qu’aucune autre. Ce type de joueur est l’ingrédient de base d’une équipe qui vise le titre, le trouver équivaut à réussir les 65% de sa reconstruction ambitieuse (on ne parle pas de construire une bonne équipe mais un candidat au titre). Et ce genre de trucs se choppe le plus souvent à la draft. Les Sixers d’Hinkie ne sont pas pressés de gagner, ils sont pressés de récupérer ce franchise player cinq étoiles.

La sélection de Jahlil Okafor va clairement dans ce sens. Même si les autres fabuleux prospects encore disponibles à l’instant de ce troisième choix de draft 2015 qu’étaient Kristaps Porzingis et Mario Hezonja ne sont qu’à quelques encablures difficilement distinguables du scoreur intérieur et s’avéreront peut-être être au final des joueurs de plus grande valeur, Okafor restait celui qui avait le plus de chances de devenir une superstar à nos yeux incertains de scouts. Philly cherche ce méga joueur par tous les moyens, quitte à se retrouver pendant un temps avec un roster complètement difforme.

Avec le merveilleux pivot double face de Duke, les Sixers tiennent peut-être ce supra-joueur mais ils n’en sont pas sûr. Ils l’ont peut-être aussi avec Embiid mais ils n’en sont pas sûr non plus (et j’ai de la peine à le dire mais les augures ont une fichue odeur de faisandé). Et tant qu’ils n’en sont pas sûr et tant que le proprio sera capable d’encaisser défaites et image peu glorieuse, ils ont tout intérêt à rester dans la course des hauts choix de draft alors qu’ils en ont encore les chances. Le temps d’existence de ces chances est effectivement compté parce qu’à force d’accumuler les jolis talents, gagner quelques matchs deviendra vite inévitable.

Sam-Hinkie-Jahlil-Okafor

Il s’agissait d’avantage d’une heureuse chance du hasard plutôt que d’une astuce du GM mais craquer ses meilleurs picks sur deux joueurs en passe de vivre une saison blanche (Nerlens Noel et Joel Embiid) lui a permis de ne pas voir la franchise être tirée vers le haut trop vite et donc de lui laisser le temps d’assurer un maximum de possibilités de mettre la main sur cette perle rare via la draft. Cette subtilité n’était qu’un bonus à la sélection de Noel et d’Embiid (il n’y avait de toutes façons pas de meilleurs prospects qu’eux au moment du choix des 76ers) mais elle a peut-être un peu plus joué dans la sélection de Dario Saric qui, au-delà de son immense talent, avait clairement l’intention de venir en NBA qu’après s’être joyeusement fait les dents sur le Vieux continent.

Philadelphie tente de récupérer ce méga-joueur par tous les moyens à sa disposition et recruter ainsi de forts potentiels à l’arrivée à retardement en est un. Si ce génial franchise player n’est pas Noel, ce sera peut-être Embiid ; si ce n’est pas Embiid, ce sera peut-être Okafor et si ce n’est pas Okafor, ce sera peut-être le prochain joueur que la franchise arrivera à drafter haut si elle continue de réussir à perdre malgré les talents qui s’accumulent petit à petit.

Dans cette idée de se retenir d’être un peu bon tant que la franchise n’a pas la quasi-certitude d’avoir dans les mains cette future superstar, la nouvelle saison blanche du pivot camerounais et l’absence criante de complémentarité entre Noel et Okafor n’est donc pas tout à fait un problème, au contraire même me permettrais-je de dire. L’absence de meneurs d’un niveau décent pour un titulaire ou d’extérieurs ayant prouvé leur valeur dans la grande ligue ne l’est donc pas non plus. Mais il serait peu pertinent de faire ce constat et d’afficher tout de suite après un sourire enorgueilli de sa propre intelligence en imaginant ce subtil plan poursuivre son œuvre sous les yeux aveugles et moqueurs des imbéciles, et de poser son derche sur une chaise longue au soleil en attendant paresseusement que les fruits dorés nous tombent dans les mains.

Parce qu’Okafor ou Embiid ont peut-être l’étoffe de ce joueur messianique et qu’il ne faudrait pas leur couper l’herbe sous les pieds avant qu’ils aient pu le devenir.

Le nouveau long séjour à l’infirmerie de Joel Embiid règle malheureusement une partie de la question mais mettre Nerlens Noel dans les pattes d’Okafor ne risquerait-il pas d’être préjudiciable pour ce dernier et de freiner son essor? Comme dit dans l’article précédent, Okafor ne sera jamais aussi fort qu’entouré de shooteurs et plus encore à l’endroit du power forward qui l’accompagnera sur le parquet. Or, pour savoir à quel point l’ancien Blue Devil peut devenir prochainement cette énorme star espérée mieux vaut le voir évoluer dans les meilleures conditions possibles. Sinon comment estimer proprement jusqu’où un tel joueur pourrait-il aller?

Un élément talentueux entravé par des conditions de jeu peu favorables, telles que flanqué d’un coéquipier faiblement compatible, est difficile à évaluer précisément. Ces conditions gênantes biaisent forcément les performances de l’individu et oblige donc l’observateur à teinter son évaluation d’approximations notamment parce qu’on ne peut qu’imaginer son niveau de jeu réel, indépendamment de tout contexte. On sait ce que le joueur peut faire dans des conditions de jeu compliquées mais ferait-il vraiment beaucoup mieux dans une meilleure situation? C’est possible mais le problème est qu’on n’en sera jamais sûr avant d’essayer sérieusement.

Deuxièmement, Okafor arrive dans une ligue qui le regarde comme un objet du passé né vingt ans trop tard et se demande avec scepticisme jusqu’où un tel joueur peut amener son équipe (sans se prier de faire le parallèle avec Al Jefferson). Sous ces yeux un brin dédaigneux mais pas forcément dénués de pertinence, le pivot va devoir vivre dans un environnement hostile qui n’est pas fait pour lui comme un lion de la savane abandonné dans une jungle luxuriante et marécageuse. Non seulement il doit y survivre mais en plus montrer qu’il est suffisamment fort pour grimper dans les sommets de la chaîne alimentaire malgré ce contexte désavantageux.

Ainsi, en plus d’être attendu en défense, Okafor est également attendu en attaque, ce qui est pourtant sa carte maîtresse. Est-il suffisamment fort en attaque pour porter haut sa formation en dépit de ses bien problématiques lacunes défensives? S’il ne démontre pas des signes très prometteurs en réponse à cette question, il risquera d’être sans ménagement étiqueté de déception, voire d’échec dans le cas de Philadelphie qui a parié sur son talent alors que ses besoins hurlaient de prendre un autre joueur, et qui sacrifie années et réputation pour obtenir un franchise player. Or, cette brume permanente d’avis négatifs et sceptiques est très difficile à vivre et bouffeur de confiance en soi (indispensable pour un scoreur d’élite) au point potentiellement de tuer dans l’œuf le superbe joueur que ses qualités laissent espérer voir éclore à l’avenir. Quelques doutes existent quant à sa passion pour ce sport et je n’imagine rien de mieux pour l’en dégoûter définitivement ou au minimum le démotiver. Avoir seulement 19 ou 20 ans à ce moment-là n’aide pas non plus.

Performer brillamment en attaque est donc presque une obligation pour le jeune orfèvre s’il veut éviter ce piège. Ainsi, si les 76ers veulent maximiser les chances de le voir émerger comme une superstar, ils ont tout intérêt à lui filer autant de coups de main possibles et donc mettre les joueurs adéquats à ses côtés, tel qu’un ailier fort qui s’écarte. Ce que n’est absolument pas Noel.

Dans le même ordre d’idées, les philadelphians seraient peut-être bien avisés de mettre à la disposition du n°3 de draft 2015 un meneur de jeu suffisamment doué pour le servir dans les meilleures positions possibles. Pour qu’Okafor fasse parler sa magie, il suffit de lui donner la gonfle quand il est le plus près possible du cercle, qu’importe qu’il y ait un défenseur collé dans son dos ou pas. Mais encore faut-il qu’il reçoive la balle. Et qu’il la reçoive à ce moment-là et non avant qu’il ait pu se creuser sa position ou après que la défense adverse ait trouvé des astuces pour court-circuiter le projet peu discret.

Plus le meneur sera compétent, plus il pourra mettre le pivot en valeur en trouvant, voire même en créant des situations que celui-ci pourra efficacement exploiter (mis-match, etc). Meilleures seront les conditions de jeu d’Okafor, plus précise sera l’évaluation de sa capacité à devenir le gros franchise player attendu et plus simple sera son développement. Ces petites béquilles ne sont pas négligeables. Même avec tout le talent du monde, passer de joueur boursouflé de potentiel à mégastar est une énorme marche à escalader. Joe Johnson a plafonné toute sa carrière un ou deux petits crans en dessous de ce niveau, John Wall est un franchise player mais il n’en est pas encore un de la trempe de James Harden, Chris Paul ou Derrick Rose avant blessures, alors qu’il en avait (et en a toujours à mon avis) le potentiel quand il s’est fait drafter.

Il serait donc à mon sens bienvenu que Philadelphie recrute ce point guard compétent. Ty Lawson était une idée intrigante avant qu’il trouve un foyer chaleureux dans le Texas. Il y a peut-être la possibilité de s’adjoindre les services de Brandon Jennings sans trop rien lâcher en retour après sa blessure au talon d’achille (laquelle laisse quelques incertitudes quant à un retour au niveau athlétique initial, dit-on) et le gros contrat que Detroit a stupidement offert à Reggie Jackson. Jennings a un joli paquet de défauts qu’il n’a jamais su gommer mais c’est un magnifique playmaker qui n’était pas pour rien dans la meilleure saison offensive en carrière d’Andrew Bogut en 2010 (le jeune Bogut drafté en 2005 n’était d’ailleurs pas sans rappeler le présent Okafor). Un Jennings rendu plus humble et consciencieux par sa blessure et le triste épisode michiganais pourrait être un tremplin de qualité pour Okafor.

Le problème est que recruter un meneur de qualité va à l’encontre du projet de continuer à perdre suffisamment pour maintenir ses chances d’avoir un meilleur choix de draft possible à l’avenir et donc celles de pêcher la superstar attendue dans l’hypothèse où ni Okafor, ni Embiid (ou autres) ne se révélerait être ce joueur fondamental. Avoir le beurre et l’argent du beurre a toujours été une danse des plus compliquées.

Les Sixers ne peuvent pas non plus prendre le premier point guard venu. Ish Smith qui avait offert de bonnes solutions à Nerlens Noel, n’est par contre peut-être pas assez qualifié pour aider autant le rookie 2015. Driver et glisser la gonfle au vif Noel n’est pas la même chose que donner correctement la balle au poste à Okafor. Smith maîtrise le premier, a priori moins le second. Andre Miller en a-t-il encore assez sous la semelle? Peut-être suffisamment pour nourrir proprement le pivot mais moins pour impacter positivement le jeu de l’équipe, ce qui au final pourrait aider Philadelphie dans sa partie de limbo entre tanker et développer Okafor et Noel. Mais il a signé à Minnesota désormais. Kendall Marshall serait une autre option dans ce genre.

Sevens guard Kendall Marshall squeezes a pass through. The Delaware 87ers host the Canton Charge in their inaugural home game Sunday night at the Bob Carpenter Center in Newark Sunday December 8, 2013.

Autre chose, si Nerlens Noel est un bâton dans les roues d’Okafor, Okafor en est également un dans les roues de Noel. Le filiforme intérieur a donné un aperçu très prometteur de l’extrêmement précieux joueur qui se dessine dans un futur proche. Pratiquement à lui tout seul et avec seulement quelques mois de NBA dans les jambes, il a fait passer la défense de Philadelphie de mauvaise à solide. Or, la défense est l’un des fondamentaux à toutes quêtes de titre. Noel ne sera vraisemblablement jamais un franchise player mais c’est le pivot que je veux dans mon équipe si je n’en ai pas un qui porte fermement cette étiquette.

Or, le mettre en power forward à cause d’Okafor risque de réduire son fabuleux impact défensif, en ce sens qu’il ne pourra plus autant contrôler la raquette sur terre et dans les airs que naguère. Il sera trop occupé à chasser les power forwards fuyants et certainement trop gêné par la présence mollassonne et maladroite d’Okafor dans la peinture pour ça. En attaque, ses limites seront cruellement exposées: son incapacité à s’écarter sera pointée du doigt quand le manque de spacing se fera sentir et que les effets négatifs qui en découleront se vérifieront éventuellement sur le rendement d’Okafor. La présence du talentueux rookie dans la zone proche du cercle couperont ses pourtant déjà maigres possibilités de scorer en effaçant les brèches dans lesquelles son physique élastique pouvait s’engouffrer impétueusement (cuts, pick and roll, etc…).

Ne pas positionner Noel en pivot, c’est l’empêcher d’évoluer au seul poste dans lequel son potentiel fait véritablement feu de tout bois et c’est l’empêcher d’y poursuivre son développement. Son expérience d’ailier fort lui apportera certes des petites choses supplémentaires et peut-être bénéfiques mais à mon avis pas autant que l’accumulation de pure expérience sur le poste de pivot. Andrew Bogut (dont l’intelligence a toujours été louée) a attendu d’avoir 28 ans avant d’être un aussi fort défenseur intérieur et cela a également pris quelques années dans la ligue à Tyson Chandler. DeAndre Jordan s’est amélioré mais il n’a pas encore atteint le niveau espéré.

Maîtriser la science du contrôle de la peinture puis après ça de l’ensemble de la défense collective, demande du temps et de l’expérience. Du temps, Noel en a pourrait-on dire mais plus tôt un joueur (et ses partenaires) atteint son meilleur niveau, plus son équipe aura de possibilités dans le temps de viser le titre. Et remporter le trophée ultime est bien trop difficile pour se permettre de gaspiller des chances d’être en position pour. De plus, l’avenir d’une franchise et d’un joueur est incertain. Noel sera-t-il toujours un Sixer quand il aura atteint la plénitude de ses moyens? Ce n’est pas dit. L’équipe qui avait drafté Tyson Chandler n’a jamais profité du pivot à son meilleur niveau et c’est à Golden State et non à Milwaukee que la force défensive de Bogut a été étalée au grand jour.

Et alors? se diront peut-être certains. Après tout, si Okafor ou bien Embiid devient le monstre décrit par son potentiel, Noel devra de toute façon poursuivre sa carrière sur le fauteuil d’ailier fort ou être transféré. C’est vrai. Mais d’une part, Okafor ou Embiid se planteront peut-être au point que Noel apparaisse être au final le meilleur pivot des trois (d’autant plus que celui-ci a déjà prouver des choses, contrairement aux deux autres). D’autre part, si Philly devait en arriver à échanger l’ancien élève de Kentucky, elle aurait tout intérêt à ce qu’il atteigne la plus haute valeur possible pour avoir les plus meilleures choses envisageables en retour. Et pour cela, le secret est de lui permettre d’exploiter au mieux son talent. La valeur d’un fort pivot défensif peut monter très haut, il serait bien dommage de ne pas en profiter au maximum.

Mon esprit fatigué par ces dilemmes ricaneurs m’amène à envisager des solutions un peu plus créatives dont je n’ai plus la lucidité de juger la pertinence. Se ballade ainsi dans ma tête l’idée de faire jouer 35 minutes sur le poste de pivot Noel ou Okafor un soir, puis l’autre la fois suivante et ainsi de suite. Les deux joueurs verraient leurs chiffres individuels en payer le prix mais les stats avancées balayent désormais les biais engendrés de la sorte. Cette alternance serait également bénéfique pour permettre à Okafor de ne pas subir trop fort la soudaine hausse de nombre et de fréquence des matchs, et de manière générale de préserver un peu le physique des deux jeunes hommes tant que gagner n’est pas à l’ordre du jour.

Les inconvénients mollement avancés par mes neurones avachis dans leur liquide seraient éventuellement le manque de rythme (cela est-il réellement un problème?), les perturbations sur l’alchimie de l’équipe/difficultés à créer des automatismes (un point négatif vis-à-vis de l’idée de mettre Okafor dans les meilleures conditions possibles et positif dans l’optique du tanking) et peut-être de manquer l’opportunité de tester malgré tout sérieusement l’association Noelokafor au cas où elle serait étonnement intéressante.

L’expérience ne serait également vraiment intéressante qu’en installant un poste 4 très extérieur aux côtés de l’un et de l’autre. Comme pour Okafor, je pense que Noel bénéficierait énormément d’un tel coéquipier en attaque (il lui ouvrirait des espaces pour développer un superbe rôle de catch and finish en sortie de pick-and-roll ou sur simple placement intelligent). Je pense d’autant plus cela que la présence défensive du Flat Top Marsuplilami permettrait potentiellement de combler la faiblesse de ce côté du terrain qui colle souvent à la peau des power forwards jouant au large.

Cet ailier fort suffisamment menaçant from down town n’existe pas dans l’équipe actuellement (in Dario Saric we trust mais pour l’instant, la Pennsylvanie doit faire sans lui). Le fraîchement drafté au second tour et méconnu Richaun Holmes a un profil s’en approchant seulement, les regards dédaigneux que lui lanceront les défenses tant qu’il ne se sera pas fait un nom dans cette ligue dégonflera vite toute velléité d’offrir de l’espace à nos deux supers pivots en alternance.

Trouver de quoi mettre en place rapidement cette configuration Okafor/Noel associé à un ailier fort fuyant ne sera pas aisé si on veut remplir toutes les coches habituelles des Sixers: il faut que ce poste 4 soit suffisamment menaçant à trois points pour engendrer l’effet escompté mais également suffisamment jeune et prometteur pour s’inscrire dans le projet des Sixers qui est d’utiliser chaque minute de temps de jeu de ces saisons sans victoire pour faire émerger des bonnes surprises (peu onéreuses de préférence).

L’extrêmement unidimensionnel power shooteur, Steve Novak, aurait écarté les défenses comme il faut mais il est dommage de craquer du temps de jeu sur un joueur de 32 ans plutôt que sur un jeune à potentiel qui pourrait peut-être se révéler être le nouveau Draymond Green ou autre Chandler Parsons. Tester des prospects de seconde zone en espérant en voir un ou deux dépasser sa condition est une façon très intelligente d’utiliser ces années et minutes sur le parquet sans but compétitif. C’est un investissement pratiquement sans coût qui peut rapporter gros, il serait donc dommage de gâcher de telles opportunités sur l’autel du spacing pour Okafor et Noel.

Quelques résultats pas inintéressants sont d’ailleurs déjà sortis de la roulette sur le poste 3 avec Robert Covington et Jerami Grant. Reste à tenter la même chose avec des ailiers forts shooteurs. Justement, ceux-là peuvent, dans mon esprit, être des small forwards de formation. C’est même peut-être mieux, tant le gain en shoot, en jeu sans ballon et en vitesse (et donc -tout ça combiné- en spacing) pourrait être supérieur à la perte de centimètres et de force physique. Du moins, cette théorie mérite d’être mise à l’épreuve.


Les highlights de la saison rookie de Jerami… par sixersfrance

Cette nouvelle saison sans volonté de gagner, cette stratégie d’alternance sur le poste de pivot entre Okafor et Noel et ce désir de les associer chacun à un intérieur jouant à l’extérieur, forment une excellente occasion de tester tant une pléthore de jeunes dans ce rôle, que la viabilité de mettre un véritable poste 3 (mais un peu surdimensionné) en 4 aux côtés de nos deux intérieurs prometteurs.

Avec la taille et le shoot pour le premier ; la taille, les qualités athlétiques, une certaine capacité à faire des contres et un potentiel de shooteur pour le second, essayer sérieusement Covington et Grant sur ce poste 4 pourrait accoucher d’une agréable surprise et permettrait potentiellement de concilier l’impératif immédiat de spacing et celui de tester/développer des jeunes d’avenir. Si l’expérience de fonctionne pas ou si Holmes ne saisit pas sa chance, cet ailier fort adroit de loin est peut-être quelque part, oublié sur un banc, caché dans un autre championnat ou en train d’attendre nerveusement le coup de fil de son agent. Et il ne demande qu’à avoir sérieusement l’opportunité de la montrer.

Évidemment, je tenterai également de coller à Okafor un charismatique mentor passionné par la défense intérieure, de faire naître en lui la rage de vaincre qu’il n’a jamais eu besoin d’avoir jusqu’à présent, de retourner chaque latte de parquet de la planète pour trouver le rare ailier fort susceptible de couvrir le Dukie en défense et de le compléter en attaque ou encore de découvrir le moyen de renverser le paradigme de jeu actuel selon lequel il est difficile de gagner en s’appuyant sur un pivot de son profil. Tout aussi évidemment, j’enfermerai Noel dans une salle avec un coach spécialiste du shoot (même si les chances de le rendre fiable dans cet exercice sont faibles) et appuierai mes efforts pour développer sa science du placement, des déplacements et de la gestion de l’espace.

Mais même la combinaison de ces tentatives et de tous les autres coups de main décrits tout au long de cet article, ne permet en aucun cas de s’assurer qu’Okafor deviendra le super franchise player tant attendu ou qu’on verra émerger un duo intérieur propre à porter au sommet une équipe. Je ne peux même pas savoir si ces efforts augmenteraient drastiquement les probabilités que cela arrive. Perdre les matchs de saison régulière est donc malheureusement toujours la meilleure option à poursuivre cette année encore.

Une année encore à mettre dans la colonne « sacrifices » de la stratégie des Sixers, dette tous les jours plus alourdie que devra rattraper cette future superbe équipe, si elle se manifeste un jour. Une année encore à promettre un avenir dorée à des visages de plus en plus impatients et sceptiques. Une année encore à essayer de développer des joueurs d’une main et de faire en sorte de perdre des matchs de l’autre. Une année encore à demander à coach Brett Brown de maintenir à bout de bras la motivation des jeunes joueurs malgré l’empilement de défaites et les sourires caustiques des adversaires soirs après soirs. Une année encore à lui demander de construire les fondamentaux d’un jeu pour une équipe dont la forme n’est que temporaire et appelée à subir de nombreux changements successifs. Une année encore à mettre sur le terrain des éléments au niveau de jeu aléatoire pour voir si parmi eux ne se cache pas une bonne surprise peu coûteuse. Une année de plus à se labourer les yeux et le crane pour essayer de deviner quelle sera la superstar de demain parmi les futurs candidats à la draft.

Une année de plus à craindre de perdre l’immense pari fait avec cette stratégie de reconstruction de l’extrême.

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