Draft

Qui es-tu JP Tokoto?

Avant de jeter leur dévolu sur un Luka Mitrovic en partance pour la Californie avec la dernière sélection de la dernière édition de la Draft, Sam Hinkie s’était octroyé les services de l’arrière-ailier JP Tokoto avec le choix 58. Présenté avec les honneurs aux côtés de Richaun Holmes et Jahlil Okafor lors de la traditionnelle conférence de presse introduisant les nouveaux rookies, le jeune homme participe actuellement à la ligue d’été du Jazz dans l’optique de se ménager une place dans la collection Automne-Hiver proposée par l’équipe dirigeante de Philadelphie.

 

Un départ contesté

 

L’annonce de l’inscription à la Draft du transfuge de North Carolina n’a pas brillé par sa discrétion. Prenant de court la majorité des observateurs, la décision a surpris dans la mesure où beaucoup considéraient la dernière année du cursus indispensable à JP Tokoto avant d’affronter le monde professionnel.

Son entraineur lui a d’ailleurs notifié qu’il pensait que sa décision de partir de l’université n’était « pas la chose la plus intelligente », quand bien même il finit par lui apporter son soutien une fois la décision actée. Sans vouloir dénigrer le joueur, un tel scénario s’était produit à l’identique en 2013 lorsque l’arrière titulaire Reggie Bullock avait candidaté à une entrée en NBA malgré les déclarations d’un entraineur qui ne le croyait pas prêt. Certes deux profils très différents, le début de carrière compliqué du dernier cité conforte la position de Roy Williams.

Pis encore, le Tar Heel a dévoilé ses motivations à Yahoo Sports, faisant grincer quelques dents au passage :

 « J’ai le sentiment que je peux être un joueur bien plus complet, plus qu’un simple joueur défensif qui dunke de manière occasionnelle. Je sais que je peux faire bien plus (à terme), mais je ne suis pas sûr que l’on me pousse à devenir beaucoup plus que cela à l’université. »

Ces explications, pleines de bonne foi, auraient pu ternir la réputation d’une institution qui poursuit de ses assiduités le lycéen très prisé Brandon Ingram, comme un symbole de l’incompréhension qui a souvent régné entre le prospect et son coach.

JP Tokoto pose ses valises sur le campus de Chapel Hill à l’été 2012 tandis que son entraineur légendaire s’apprête à reconfigurer ses rotations. Avec le départ de ses meilleurs éléments lors de la Draft, Harrison Barnes, John Henson, Kendall Marshall et Tyler Zeller, ne subsistent parmi les cadres que Reggie Bullock et James McAdoo, soient probablement les deux joueurs les moins doués du cœur de l’équipe.

L’exode massif doit être compensé par une campagne de recrutement saluée par les recruteurs. L’absence de prospects classés cinq étoiles par les agences spécialisées se fait sentir mais le meneur Marcus Paige, ainsi que les intérieurs Brice Johnson et Joel Berry dans une moindre mesure, peuvent tous se targuer d’un statut d’espoir quatre étoiles. Considéré comme membre de la même catégorie, Tokoto n’est en revanche considéré comme étant le 70ème lycéen du pays par ESPN à la fin du processus de recrutement, derrière ses nouveaux coéquipiers, signe que les rênes de l’équipe reviendrairnt plutôt à Paige.

Cet été 2012 marque le début du déclin, pour ne pas dire de la déchéance, de l’université rendu notamment célèbre par Michael Jordan. Depuis lors, en plus de ne parvenir à accrocher de bons résultats, North Carolina s’est montré incompétente à fournir le moindre lottery pick à la NBA, pas plus qu’à attirer de nouveaux gros talents en provenance du lycée susceptibles de remonter la pente. Malgré les progrès d’un Kennedy Meeks en pivot, les faits d’armes de Justin Jackson et Theo Pinson Jr, lycéens cotés et concurrents directs du junior sur les postes 2 et 3, ont été des plus humbles.

C’est dans ce contexte de crise que JP Tokoto évolue lors des trois dernières saisons. Après une première campagne qui le vit se contenter de miettes (8 minutes de moyenne par match), l’arrière-ailier a enfilé un nouvel habit de titulaire au cours de sa saison de sophomore et qu’il n’a abandonné que le temps de quelques matchs lors de son année de junior achevée il y a trois mois. Sa dernière saison sur le campus à 8,3 points ; 5,6 rebonds et 4,2 passes décisives paraît assez terne au point d’inciter certains observateurs à affirmer qu’il y avait régressé.

A ce titre, sa performance du 18 février dernier laisse un goût d’inachevé à sa carrière universitaire. Au cours du derby le plus célèbre de la NCAA, la piteuse équipe de North Carolina a failli réaliser un upset à domicile face au rival Duke, futur champion, pour un score final de 92 à 90.

La performance de Jean-Pierre? 18 points, 8 rebonds, 7 passes décisives, 3 interceptions et 2 contres.

Le joueur s’est en plus permis d’écraser deux dunks ravageurs pour la beauté du spectacle au cours de cette rencontre sous haute tension.

Engoncé dans un système de jeu trop rigide qui le cantonnait à un rôle de figuration aux côtés d’un shooteur prolifique en la personne du meneur Marcus Paige, le Tar Heel a peiné à faire preuve de constance tout au long de ces deux dernières années. Sans que les tensions n’apparaissent au grand jour, JP Tokoto a pu se calfeutrer par périodes, quitte à complètement déjouer quelques minutes sur le parquet en cherchant à échapper aux impératifs de l’architecture façonnée par Roy Williams.

Si ses déclarations abondent dans ce sens, elles ne doivent pas occulter la responsabilité propre de Tokoto.

Ainsi, un ancien élève de l’entraîneur renommé a déclaré, sous le sceau de l’anonymat, que, tandis que les constats de Tokoto sur la difficulté à transcender le rôle confié étaient fondés, il lui revenait également de mettre à profit ses étés pour améliorer son jeu et justifier un accroissement de ses responsabilités.

 

Un prospect inabouti

 

A 21 ans – il soufflera ses 22 bougies en fin d’année -, JP Tokoto reste un projet dont les fruits ne pourront être récoltés qu’après avoir mûris.

Au premier rang de ses atouts figurent ses prédispositions au métier de basketteur professionnel. Mesuré à près de deux mètres, l’arrière-ailier compte sur un solide premier pas et une détente impressionnante.

L’ancien élève de Roy Williams allie à l’explosivité une vitesse latérale plus qu’intéressante.

Pour parachever la parfaite panoplie du potentiel stoppeur défensif, Tokoto possède une excellente envergure grâce à de longs segments idéaux pour gêner l’opposant direct.

Le garçon ne se résume pourtant pas à un athlète sur le parquet. Son intelligence de jeu est susceptible d’illuminer le parquet par séquences. Ce QI basket se révèle précieux lorsqu’il s’agit de mettre en valeur ses partenaires à l’aide de passes souvent inspirées. La qualité de ces dernières tient également place parmi ses mérites saillants.

Enfin, il a démontré ses compétences au rebond, offensif comme défensif, capacités transposables au niveau supérieur.

Dans le même temps, l’ancien étudiant ne manque pas de lacunes.

En effet, pour s’imposer comme une rotation crédible en NBA sur la durée, le prospect a l’impératif de devenir l’excellent défenseur qu’il n’est pas à l’heure actuelle. Bien qu’il affiche des qualités non négligeables dans ce secteur du jeu, le Tar Heel tend parfois à se faire surprendre par des écrans ou à perdre de vue son adversaire direct.

Sauf à atteindre le niveau de Tony Allen dans ce qui sera sans doute son gagne-pain, le joueur devra également se doter d’un tir longue-distance correct pour assumer les tâches communes réservées aux basketteurs qui remplissent une fonction déterminée.

L’intéressé le sait mieux que quiconque, comme l’attestent ses déclarations à Yahoo Sports lors du processus pré-Draft :

« Je sais que mon tir doit être amélioré, j’y travaille actuellement, et poursuivrai dans cette voie. Mon tir est un élément qui fait de moi un second tour, mais je suis déterminé à en améliorer la forme et la portée. »

Les cas de Jerami Grant et de Kawhi Leonard font figure de précédents mais demeurent des exemples exceptionnels de progression fulgurante le temps d’un été. Les prébendes d’Hollis Thompson, Nik Stauskas et Robert Covington ne seront vraisemblablement pas menacées.

Néanmoins, ses performances lors du NBA Combine de Chicago signalent une bonne dynamique.

Plus généralement, Jean-Pierre ne s’est absolument pas établi comme un scoreur. Dépourvu de jump-shot, il souffre en prime d’un dribble mal assuré.

Ce dernier le condamne à une double peine : d’une part, toute pénétration pour finir au cercle avec explosivité sera rendue exceptionnellement ardue par cette carence, de l’autre, ses ambitions de second créateur du jeu en relais du meneur, légitimes au regard de sa qualité de passe et de sa vision du jeu, s’en trouvent contrariées.

Enfin, le prospect s’est rendu coupable d’une moyenne de 5 pertes de balle par match au cours de la saison passée. Toutefois, en sus des défauts déjà évoqués, il jouit, selon nous, du bénéfice du doute sur ce point eu égard à sa situation à Chapel Hill précédemment dépeinte. Son inconstance et sa sélection de tirs discutable à quelques occasions précises de la saison répondent à la même analyse.

Quel avenir pour JP Tokoto aux Sixers ?

 

Compte-tenu de la situation floue dans laquelle se situe la franchise vis-à-vis de son échéancier – Philadelphie tient-elle ou non sa superstar ? –, la patience demeure la première vertu de l’organisation de Pennsylvanie.

En outre, le parcours du jeune homme laisse à penser que son état d’esprit se marrie parfaitement avec le programme d’optimisation des talents mis en place par Philly.

Cependant, les places paraissent particulièrement chères à ce stade du processus pour un choix n°58 de Draft. Outre la concurrence aux postes 2 et 3 des jeunes JaKarr Sampson, Hollis Thompson, Jerami Grant, Nik Stauskas, voire Robert Covington, et des vétérans Richard Mbah A Moute et Jason Richardson, il n’est pas inenvisageable de voir Philadelphie opter pour un effectif « déséquilibré », c’est-à-dire un groupe qui ne présenterait pas trois joueurs à chaque poste. En effet, Pierre Jackson, TJ McConnell, Ish Smith et Tony Wroten candidatent tous à la fonction de meneur, tandis que la renommée du secteur intérieur de la formation dépasse la frontière, constat plus évident encore en cas de maintien des vétérans fraichement arrivés Jason Thompson et Carl Landry.

Dans ces conditions, Tokoto peut-il rivaliser aujourd’hui avec des gâchettes établies ou des phénomènes athlétiques plus jeunes que lui ?

Il est permis d’en douter.

De plus, le signer cet été et devoir le couper lors de la prochaine intersaison suite à la Draft 2016 ne serait pas nécessairement pertinent puisqu’un tel scénario conduirait l’organisation à perdre les droits sur l’ex-étudiant, et ce tandis que sa maturation risque de s’échelonner sur plus d’une saison.

S’il n’est pas retenu parmi les hommes de Brett Brown l’an prochain, la D-League reste une option.

Toutefois, en dépit de l’investissement fourni par l’organisation dans le développement de ses jeunes espoirs, un plan de carrière sur le Vieux Continent s’avèrerait probablement plus sensé.

Les formations européennes n’ont pas vocation à former les futurs bataillons de la ligue états-unienne donc un contrat sur plusieurs saisons inciterait l’équipe sollicitée à plancher sur l’amélioration des talents du joueur dès la première année pour en tirer profit lors des campagnes suivantes.

JP Tokoto suivrait alors l’itinéraire de l’ex Ohio State Buckeye, ailier au profil tout à fait différent, passé par Nanterre avant de rejoindre Barcelone sur les recommandations des Spurs qui l’ont sélectionné en 2013… au pick 58 !

Rigueur défensive et adresse longue distance semblent de surcroît des aires de progression familières aux différentes écoles qui sévissent outre-Atlantique.

Outre ces deux pré-requis à une carrière pérenne en NBA pour le néo-professionnel, l’occasion lui serait donné de hausser sa maitrise du dribble de plusieurs degrés. Secteur du jeu dont l’expertise n’est pas nécessairement la plus aisée à pousser au firmament, un contrôle du ballon de niveau supérieur positionnerait le prospect en alternative viable comme second créateur. La qualité de ses services auprès d’une équipe NBA atteindrait par ce biais une toute autre dimension.

Armé de plusieurs exercices en Europe, l’arrière-ailier pourrait frapper à la porte de Sixers dont l’effectif se serait stabilisé, ou leur profiter au moyen d’un échange d’une valeur marchande désormais maximisée.

Pour qu’un tel scénario se réalise, il faudrait cependant que le partenaire soit choisi avec minutie pour que ne se répète l’expérience de North Carolina. L’entrave d’un nouveau coach peu attentif enrayerait la progression de JP Tokoto, réduisant à néant les gains à tirer du modeste choix n°58 de la Draft 2015.

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