Chroniques

A quoi joue KJ McDaniels?

A l’ouverture du training camp, seuls 18 joueurs étaient présents au Stockton College dans le New Jersey. L’expérimenté Keith Bogans, tout juste acquis dans l’échange avec les Cleveland Cavaliers, ne se déplace pas avec la même célérité que son contrat et n’a toujours pas fait connaissance avec ses (éphémères?) coéquipiers. L’identité de l’autre absent était plus surprenante. Le motif, plus original. KJ McDaniels ne pouvait prendre part aux exercices, faute d’avoir apposé sa signature en bas d’un contrat.

Au contraire de Jerami Grant, drafté 7 positions après lui, l’extérieur et son agent Mark Bartelstein ont refusé l’offre initiale des Sixers structurée autour d’un contrat de deux années garanties suivies de deux années en team option. Une offre, jugée inadaptée au potentiel du prospect comme l’explique Bartelstein à Adrian Wojnarowski.

« Les 76ers agissent selon une philosophie à laquelle ils adhérent. Nous le respectons totalement mais elle ne correspondait pas à ce que nous voulions pour KJ. J’étais opposé à l’idée de signer un contrat dont la structure comporte deux années non garanties. Nous pensons que KJ va devenir un bon joueur. Nous avons donc décidé de signer un contrat d’une seule année et de laisser le marché déterminer sa valeur. Il n’y a aucune rancœur à l’égard des 76ers. Ils ont simplement une philosophie qui fonctionne pour eux mais qui ne fonctionnait pas pour nous ».

Attendu en fin de premier tour, KJ McDaniels, qui produisait 17 points (à 52,8% dont 31,4% derrière la ligne à trois points), 7,1 rebonds et 2,7 contres lors de son année junior à Clemson, était finalement tombé jusqu’au premier des 5 choix des Sixers dans le second, perdant ainsi le bénéfice d’un contrat… garanti sur les deux premières années et de deux années supplémentaires en team option.

Ce qu’il a perdu en garantie contractuelle et rétribution pécuniaire, KJ McDaniels l’a gagné en marge de négociation. Garantis, les contrats rookies des prospects sélectionnés au premier tour n’autorisent qu’une négociation de +/- 20% par rapport à l’échelle des salaires rookies fixée par la Ligue. Privé de ce contrat, McDaniels et son agent ont pu négocier l’offre soumise par Sam Hinkie non seulement quant à son montant mais aussi et surtout quant à sa structuration.

Dans une Ligue qui drafte chaque année 60 nouveaux joueurs et qui n’autorise que 15 spots dans chaque roster, la marge de négociation des joueurs sélectionnés dans le second tour est des plus restreinte. Par ailleurs, là où les franchises excédant le salary cap disposent d’une exception dédiée pour signer leurs rookies du premier tour, les choix du second tour ne bénéficient pas d’une telle dérogation. Dès lors les franchises au-dessus du cap mobilisent régulièrement l’exception du salaire minimum pour les signer, ce qui explique la remarquable similitude des contrats offerts aux joueurs issus du second tour quand bien même ils ne sont pas régentés par une échelle salariale des rookies.

Grâce à son cap space disponible, Sam Hinkie a pu soumettre une offre bien plus favorable à Jerami Grant que le contrat minimum. Ainsi, selon Eric Pincus, l’ancien étudiant de Syracuse aurait signé un contrat de quatre ans avec les deux premières années à 885 000$, puis deux années en team option. Soit 1,7 millions de dollars garantis pour un joueur sélectionné en 39ème position et dont la place dans la Ligue est loin d’être entérinée, là où un contrat minimum (sur deux ans) lui aurait rapporté 1,03 millions de dollars.

Le sacrifice financier des Sixers à l’avantage du joueur a comme contrepartie l’extension de la durée au cours de laquelle le prospect reste sous le contrôle total de l’organisation à un prix dérisoire. Les deux dernières années du contrat en team options privent le joueur de toute marge de manœuvre pendant ses quatre premières années dans la Ligue. Au cas où il produirait un niveau de jeu satisfaisant, il se trouve dépourvu de leviers afin de négocier une revalorisation. En somme, les contrats proposés par Sam Hinkie concèdent davantage de salaire garanti que de droit en échange d’une extension de la durée pendant laquelle, la franchise garde le contrôle complet sur ses prospects.

C’est bien cette absence de marge de négociation qui a poussé KJ McDaniels et son agent à choisir une autre option. En signant un contrat d’une seule année au minimum salarial, KJ McDaniels parie sur sa propre capacité à faire croître sa valeur sur le marché tout en redistribuant les risques d’une manière plus équitable entre la franchise et le joueur.

Une distribution plus équitable des risques

Le refus de KJ McDaniels de signer un contrat typiquement hinkien[1] rappelle à quel point les contrats offerts aux jeunes prospects qui composent le roster des Sixers sont favorables à la franchise. En signant ses joueurs pour des contrats pluriannuels partiellement garantis, Sam Hinkie parvient à allier la possibilité de conserver ceux qui excèdent les attentes à un prix dérisoire pendant 4 années, tout en transformant les contrats de ceux qui ne parviendront pas à s’imposer en monnaie d’échange appréciable. No risk, high reward.

Confiant quant à sa capacité à prouver sur le parquet qu’il mérite un salaire bien plus élevé que le minimum salarial, KJ McDaniels a donc préféré opter pour un contrat d’un an et laisser le marché fixer son prix. A l’issue d’une première saison où il ne percevra que 507 000$ quand Jerami Grant engrangera 885 000$ sur son compte bancaire, le prospect issu de Clemson deviendra Restricted Free Agent. Les 29 autres franchises de la Ligue pourront alors proposer un contrat au joueur, les Sixers conservant toutefois la possibilité de matcher cette offre.

Si une grave blessure pourrait venir sanctionner cette stratégie, le joueur devrait s’y retrouver très rapidement financièrement puisque les Sixers seront contraints de lui offrir une qualifying offer de 1,2 millions de dollars pour la saison prochaine avant le 30 juin afin d’éviter qu’il ne devienne agent libre non protégé.

Soucieux de développer ses joueurs, les Sixers ne réguleront pas le temps de jeu du rookie sur le fondement de cette décision. L’hypothèse d’une stratégie machiavélique qui verrait les Sixers limiter le temps de jeu McDaniels afin de restreindre l’explosion de sa valeur sur le marché est à exclure. Celle de voir le joueur convaincre sur le parquet que ses exigences financières ne sont pas infondées, non.

KJ McDaniels a parfaitement manœuvré en coulisses. Lui reste, plus qu’à exceller au basketball pour en récolter les dividendes.

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Notes.

[1] Outre Jerami Grant signé la veille, Sam Hinkie avait déjà proposé des contrats identiques à plusieurs joueurs draftés au second tour par les Rockets lorsqu’il officiait dans le Texas : Chandler Parsons, Jermaine Taylor, Chase Budinger.

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