Rumeurs

Que faire de Thaddeus Young? Le cas Anthony Bennett.

Des spéculations de Brian Windhorst aux « révélations » de Bob Conney en passant par l’annonce d’Adrian Wojnarowski, les contours du trade de Kevin Love aux Cleveland Cavaliers se dessinent avec autant de précisions que la participation des 76ers reste floue. Une fois, n’est pas coutume, et en raison de rumeurs persistantes et concordantes, nous accorderons du crédit aux allégations d’un insider de Philadelphie et considérerons que l’échange Thaddeus Young – Anthony Bennett est aussi fondé que l’accord de principe entre les Cavs et les Wolves autour du package Andrew Wiggins, Anthony Bennett et le premier tour de draft 2015 du Miami Heat protégé top 10 contre Kevin Love.

Bennett, déjà ciblé lors de la draft 2013 ?

Peu après la première draft de Sam Hinkie dans ses habits de GM des Philadelphia 76ers, nous apprenions sous la plume de Dei Lynam (nous vous laissons libres d’en tirer les conclusions adéquates, en conservant à l’esprit que même une montre défectueuse parvient à donner l’heure juste deux fois par jour) que le trade de Jrue Holiday et du 42ème choix à NOLA contre le 6ème choix et un choix du premier tour 2014 était acté à condition qu’un des trois joueurs suivants tombe jusqu’à l’appel des Pelicans par David Stern : Nerlens Noel, Victor Oladipo et Anthony Bennett.

La présente situation rappelle deux extraits d’interviews données par Sam Hinkie, la première accordée au The News Journal of Wilmington expose le cadre et la temporalité de l’utilité de ses évaluations exhaustives d’une pléiade de prospects.

« Lors du processus de la draft, il y a une série de joueurs que vous sélectionnez et un groupe bien plus large de joueurs pour lesquels vous avez de l’intérêt mais que vous ne pouvez prendre. Cet intérêt ne s’estompe pas. Les raisons pour lesquelles, ces joueurs vous intéressaient sont toujours valides. Même si cela ne se concrétise pas dans les 24, 48 ou 60 mois, il demeure des éléments justifiant cet intérêt ».

La seconde, où questionné par des représentants de Libertyballers sur la rumeur pré-citée, il avait daigné répondre arguant que révéler un big board serait une bêtise éhontée dans la mesure où si les joueurs étaient partis ailleurs lors de la draft, ils deviendraient assurément disponibles plus tard dans leurs carrières respectives, justifie la politique du silence radio du GM qui irrite tant les « insiders ».

Voir Anthony Bennett, de nouveau, lié aux 76ers, a minima dans les colonnes des rumeurs de transferts donne une acuité particulière à ces déclarations, tout en offrant un nouveau cadre d’analyse pour deux de nos hypothèses : la « valeur » de Thaddeus Young et l’utilisation du cap space disponible.

Qui es-tu Anthony Bennett ?

Numéro 1 de la draft 2013, Anthony Bennett a vécu une saison calamiteuse. Gêné par une opération à l’épaule, puis des problèmes à la hanche, il n’a pu prendre part à la Summer League de Las Vegas et est arrivé à court de forme et avec un embonpoint manifeste dans la Grande Ligue. Dans ces conditions, il n’a pas pu tirer profit de ses qualités athlétiques et son explosivité qui constitue la valeur étalon de son jeu en était amoindrie. Sans compter, qu’il a souffert de problèmes d’asthme et d’apnée du sommeil. Pour ne rien arranger, sa passivité en défense, pourtant loin d’être méconnue lui a été reprochée par un coach qui cherchait davantage à glaner des victoires (sans grand succès) qu’à développer son rookie.

Drafté à la suprise générale en première position par un GM qui a été évincé à la mi-saison, Anthony Bennett a traîné comme un boulet un statut qu’il n’était pas prêt à assumer. Au terme d’une année de calvaire, il clôt sa saison rookie avec celui non-usurpé de pire rookie numéro 1 de draft avec une ligne de stats de 4,2 points et 3 rebonds en 12,8 minutes de jeu.

Pour autant, si cette saison catastrophique a considérablement affaibli sa cote sur le marché, elle n’a pas estompé les qualités du prospect.

Profil du prospect

Issu d’UNLV, Anthony Bennett propose une combinaison de qualités athlétiques et d’un raffinement de sa palette offensive qui justifiait, si ce n’est son statut de numéro 1 de la draft, celui de prospect particulièrement en vue à l’approche de la draft 2013.

Blessé lors du draft combine de Chicago, Anthony Bennett n’a pu être mesuré avec toute la précision que propose l’évènement majeur dans le processus pré-draft. Estimé à 6’7 sans chaussure, il est légèrement sous-dimensionné pour le poste 4 dans la Grande Ligue. Sa longueur de bras, lui permet toutefois de compenser ce léger manque de centimètres sous la toise pour présenter une envergure de 7’1.

Capable de scorer inside/outside, Anthony Bennett présente le profil idoine du stretch 4 en NBA. Efficace sur spot up, il peut proposer des solutions appréciables sur pick and pop pour un Michael Carter-Williams qui avait développé une belle complémentarité avec Spencer Hawes dans l’exercice. Son jeu dos au panier n’est pas pleinement abouti et il préfère toujours évoluer face au panier y compris lorsqu’il a pris position au poste bas.

Très bon dribbleur pour sa taille, il peut conduire des drives depuis le périmètre et se montre plus que capable de se créer son propre shoot.

Son manque d’efforts manifeste en défense sera confronté aux exigences de Brett Brown en la matière à l’instar de sa condition physique. Il n’en demeure pas moins que le joueur dispose des outils adéquats pour devenir un défenseur correct (envergure, puissance, mobilité) pour peu qu’il daigne dépenser de l’énergie des deux côtés du parquet.

Le profil vidéo d’Anthony Bennett

On notera par ailleurs que lors des deux seuls matchs où il a disposé d’un temps de jeu de 30 minutes ou plus, il a su se mettre en exergue. Face aux Pelicans, le 28 janvier, il signe 15 points (5/10) et 8 rebonds avant de produire 19 points à 6/9 dont un sans faute (3/3) derrière l’arc face aux Kings, le 11 février.

Outre ses mauvaises habitudes en défense, le joueur ne se distingue pas par la qualité de sa sélection de tirs. Déjà, loin d’être parfaite à l’université, elle fut déplorable eu égard aux standards souhaités par le tandem Hinkie-Brown lors de sa saison rookie.

Shot chart - Anthony Bennett - Saison 2013-2014

Shot chart – Anthony Bennett – Saison 2013-2014 – Cleveland Cavaliers

A Cleveland, le prospect a été en délicatesse avec son jump shot. Il n’a rentré que 24,5% de ses tentatives derrière la ligne à trois points et tout juste 27,7% des tirs pris dans la zone des « longs deux » (de 16 pieds à 7,23 mètres). Pire la sélection de shoots du canadien s’est considérablement détériorée si on la compare à celle constatée lors de sa saison à UNLV.

28,9% de ses tentatives sur jump shot furent prises dans la zone des « longs deux », la moins rentable en terme de points/tirs. Prisonnier d’une zone de tirs peu reluisante, le prospect s’y montrait par ailleurs excessivement maladroit.

Répartition des tirs tentés par Anthony Bennett lors de sa saison rookie.

Répartition des tirs tentés par Anthony Bennett lors de sa saison rookie.

Opéré des amygdales en mai dernier, arrivé avec 8 kilos en moins lors de la Summer League de Las Vegas, Anthony Bennett semble enfin prêt, a minima physiquement, à jouer le basket qui était le sien lors de sa saison freshman en NCAA. Son match face aux Spurs et sa première mi-temps face aux 76ers ont confirmé qu’il était en bien meilleure condition que celle affichée tout au long de la saison écoulée.

De la richesse d’un roster. Que vaut Thaddeus Young?

Les plus réfractaires à la vulgate marxiste trouveront une succincte présentation de notre appréhension du concept de valeur dans un précédent texte. On propose dès lors d’abandonner la terminologie générique de valeur pour lui préférer l’usage de deux types de valeur, la valeur d’usage et la valeur d’échange. Au delà de l’originalité sémantique, la distinction entre ces deux types de valeur offre le cadre réflexif permettant d’évaluer ou non la pertinence d’un mouvement sur le marché.

La valeur d’usage de Thaddeus Young est on ne peut plus haute à ce stade du processus de reconstruction. Joueur le plus abouti du roster, il assume le rôle de leader vocal sur le parquet et de tuteur en dehors. Irréprochable quant à son implication au sein d’un effectif où la défaite est devenue le pain quotidien, toujours tenace en défense face à des adversaires plus grands et souvent plus puissants que lui quand certains de ses partenaires, depuis contraints à l’exil, se sont avérés pour le moins passifs en la matière.

Sa valeur d’échange, quant à elle, est relativement faible en raison de deux séries de facteurs. Mis sur le marché, lors de la trade deadline, Thaddeus Young n’a pas trouvé preneur. Son profil de stretch 4 sous dimensionné à l’adresse extérieure inconstante et la densité à ce poste dans la Ligue le destine au rôle de joueur de complément dans un roster disputant le titre. Sa valeur d’usage pour un contender semble moins appréciable que celle qui est la sienne au sein des 76ers. Dès lors, il est intelligible qu’aucun contender n’ait soumis à Sam Hinkie une contrepartie excédant les bénéfices qu’il pouvait escompter de la présence de Thaddeus Young dans son effectif.

La situation contractuelle du joueur et ses velléités de départ ont considérablement affaibli sa valeur marchande. Disposant d’une ETO à l’issue de la prochaine saison, Thaddeus Young quittera les 76ers libre s’il n’est pas échangé d’ici la trade deadline. Dès lors, la pertinence d’un transfert du joueur doit être appréhendée au regard du rapport entre sa valeur d’usage sur 12 mois et celle du prospect obtenu en contrepartie. En l’espèce, il n’y a pas peu de contextes où une année de Thaddeus Young soit plus valeureuse que l’acquisition d’un prospect comme Anthony Bennett disposant d’un contrat rookie.

Comment Sam Hinkie peut-il négocier ?

En signant Andrew Wiggins, les Cavaliers se sont donnés les moyens de ne pas avoir à recourir à une tierce partie pour s’assurer le recrutement de Kevin Love. Se situant en dessous du seuil de la luxury tax, les Cavaliers doivent limiter l’excédent de masse salariale qu’ils reçoivent eu égard à ce qu’ils cèdent à 5 millions de dollars (pour un deal mettant en jeu entre 9,8 et 19,6 millions de dollars). Avec le contrat d’Andrew Wiggins et celui d’Anthony Bennett, ils entrent parfaitement dans les clous et l’accord de principe relayé par Adrian Wojnarowski (Andrew Wiggins, Anthony Bennett, le choix du premier tour 2014 du Miami Heat, protégé top 10 contre Kevin Love) pourra être entériné dès le 23 août.

Dès lors, en n’étant plus la condition de réalisation matérielle du trade, comment Sam Hinkie parvient-il à se positionner dans les discussions?

Les Cavaliers n’ont, tout simplement, pas d’intérêt immédiat à négocier avec Sam Hinkie. La volonté des Timberwolves de se séparer de certains contrats encombrants, quand bien même celle de mettre un terme à leur collaboration avec Kevin Martin (contrat de 21 millions de dollars sur trois ans) semble de moins en moins fondée, ouvre la voie à la perspective d’un salary dump trade dans le cadre duquel, les 76ers mettraient à disposition des Wolves leur montagne de cap space en échange de quelques assets.

Mais c’est bien l’intérêt des Timberwolves pour Thaddeus Young qui offre au décisionnaire, la plus grande marge de manoeuvre. Si on en croit les rumeurs, Flip Saunders voit dans le plus ancien joueur des 76ers, le remplaçant idoine de Kevin Love au poste 4. Ce dernier permettrait davantage qu’un Anthony Bennnett de maintenir un certain niveau de compétitivité dans une conférence peu avare en talents et puissances collectives. Dans un effectif qui comprend notamment Shabazz Muhammad et Zach Lavine, Thaddeus Young et ses sept années passées dans la Ligue à tout juste 26 ans apparaît comme un pari bien plus sûr pour le court et moyen terme. Au détail près, que le joueur reste maître de son destin.

En effet, rappelons que si cela ne s’est jamais traduit par une baisse d’intensité sur le parquet, Thaddeus Young a sollicité un transfert à la trade deadline auprès de Sam Hinkie. A 26 ans, le joueur ne goûterait peu l’idée de passer ses meilleures années au sein d’une équipe en totale reconstruction. Or, sa situation contractuelle réduit drastiquement sa valeur d’échange puisque, titulaire d’une Early Termination Option pour la dernière année de son contrat, il peut, s’il le décide, se retrouver agent libre non restrictif dès la fin du présent exercice.

De ce fait, il semble délicat pour Sam Hinkie d’exiger une contrepartie substantielle pour un joueur qui pourra devenir libre dès la fin de saison, et particulièrement risqué pour les Timberwolves de céder aux exigences du décisionnaire de Philadelphie pour l’obtenir. Dès lors, obtenir un prospect de la trempe d’Anthony Bennett dont la valeur marchande est au plus bas, semble être une contrepartie tout à fait appréciable pour une saison de Thaddeus Young. Sans prise en charge d’un contrat dont les Wolves souhaiteraient se séparer, ajouter un choix de draft à ce package s’avérera périlleux. Si le Magic n’est pas parvenu à retirer davantage du contrat d’Aaron Afflalo que celui d’Evan Fournier et le 56ème choix de la draft 2014, ambitionner d’obtenir Anthony Bennett et un premier tour de draft pour une année de Thaddeus Young, aussi profitable soit-elle pour le développement des jeunes prospects qui composent le roster des Sixers, semble audacieux, d’autant que Sam Hinkie ne dispose que de peu de leviers pour accroître sa marge de manoeuvre à la table des négociations.

Vers un secteur intérieur : Saric – Bennett – Noel – Embiid ?

Si ce transfert se concrétise (redorant par la même le blazon peu reluisant des insiders de Philadelphie), en 16 mois sous l’égide de Sam Hinkie, le secteur intérieur des 76ers sera passé de Thaddeus Young – Lavoy Allen – Arnett Moultrie – Spencer Hawes – la carcasse d’Andrew Bynum et Kwame Brown à Anthony Bennett – Nerlens Noel – Joel Embiid et les droits sur Dario Saric.

L’ajout d’Anthony Bennett offre une complémentarité nouvelle au secteur intérieur, les paires Bennett-Noel, Bennett-Embiid apportant chacune une combinaison de scoring intérieur/extérieur, attaque/défense appréciable. Reste que si chacun parvient à accomplir son plein potentiel dans la Grande Ligue, la présence d’un des trois larrons deviendra surnuméraire, offrant ainsi une pièce de choix à mettre sur le marché.

En ajoutant Anthony Bennett dans un secteur intérieur déjà bien garni de jeunes prospects, Sam Hinkie s’offre une assurance contre le risque réel de voir certains ne pas être en mesure d’accomplir leur plein potentiel. Joel Embiid présente le profil pour être un des pivots les plus dominants de la Ligue, Nerlens Noel pour s’imposer comme un défenseur d’élite, Dario Saric propose une combinaison de raffinement, d’intelligence de jeu et de jeunesse on ne peut plus rare, Anthony Bennett dispose d’une palette offensive à faire pâlir bien des vétérans mais aucun n’a l’assurance d’être capable de transposer ces qualités dans la Grande Ligue ou d’échapper aux blessures qui ont jusqu’à présent émaillé leurs jeunes carrières.

En distribuant le risque sur 4 prospects, Sam Hinkie s’offre le luxe de maintenir la viabilité de son plan en dépit d’une ou deux défections.

Nerlens Noel - Anthony Bennett, future raquette des 76ers en attendant Joel Embiid?

Nerlens Noel – Anthony Bennett, future raquette des 76ers en attendant Joel Embiid?

Si Thaddeus Young, de son propre chef, ne s’inscrit pas dans le projet à long terme des 76ers, son départ ne sera pas sans conséquence sur le dispositif mis en place par la franchise pour développer les jeunes prospects. Véritable leader par l’exemple, la valeur d’usage de Thaddeus Young ne s’apprécie pas à l’unique regard de ses prestations sur le parquet mais également au prisme de ce que sa présence apporte au processus de développement des jeunes joueurs. Couplé à l’exil de Greg Foster dans le Wisconsin, le départ du dernier « vétéran » valide affaiblit sensiblement le dispositif d’encadrement des jeunes joueurs.

Déjà, l’an passé, Sam Hinkie avait fait le choix de garantir le développement de Michael Carter-Williams en le soumettant à la concurrence de Tony Wroten. Sans meneur de jeu jouissant d’une réputation dans la Ligue ou simplement d’une expérience à partager, le développement des prospects s’assurerait via la saine concurrence entre des joueurs au statut équivalent. La reproduction de ce schéma a un prix, la densification du coaching staff et du personnel dédié au développement des prospects.

Par ailleurs, en se « sacrifiant » Thaddeus Young pour obtenir Anthony Bennett, Sam Hinkie se déleste de sa dernière carte à jouer sur le marché. Une fois le numéro 21 des Sixers transféré, il ne restera que le seul Arnett Moultrie comme héritage de l’ancien régime. Dès lors, Sam Hinkie devra assumer son propre héritage et sera jugé sur ses seuls actes.

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