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Que faire du cap space? Le cas Jeremy Lin

Jeremy Lin - Sixers

Daryl Morey et Sam Hinkie sont inséparables. En dépit du départ du second de Houtson pour prendre les commandes des Philadelphia 76ers, les deux figures de proue des statistiques avancées restent largement associées dans les colonnes des rumeurs.

Et pour cause. L’un cherche à dégager du cap space afin de poursuivre son assemblage de stars débuté avec le recrutement de James Harden via un trade puis complété par la signature de Dwight Howard, l’autre dispose d’une marge de manœuvre colossale sous le salary cap et s’est fait une réputation de collectionneur d’assets.

Par ailleurs, les deux larrons ont donné du grain à moudre aux insiders.

Depuis sa prise de fonction en Pennsylvanie, Sam Hinkie a largement puisé dans le réservoir de joueurs passés par la franchise texane.

Son premier mouvement fut de signer James Anderson et Tim Ohlbrecht tout juste coupés par Daryl Morey. Les deux joueurs ne se seront pas éternisés du côté du Wells Fargo Center puisque l’intérieur allemand n’aura pas survécu à la pré-saison, quand James Anderson vient d’être libéré avant que son contrat ne devienne garanti pour l’exercice à venir. Puis vint le trade impliquant Royce White au terme duquel les 76ers ont envoyé un second choix de draft suffisamment protégé pour que les Rockets n’en aient jamais l’usage en contrepartie de la prise en charge du contrat du point forward et de l’acquisition des droits sur le pivot turc, Furkan Aldemir. En débarrassant son ancien supérieur du contrat du 16ème choix de la draft 2012, Sam Hinkie avait mis la main sur un asset tout en permettant aux Rockets de libérer la place nécessaire sous le salary cap pour signer Dwight Howard.

Tant qu’ils seront à la tête de franchises dont les projets répondent à des temporalités différentes et que leur collaboration se traduira par des bénéfices mutuels, Sam Hinkie et Daryl Morey seront des cibles aisées pour les insiders.

Il en fut ainsi, une bonne partie de la saison dernière, avec les rumeurs persistantes d’une arrivée d’Omer Asik à Philadelphie. Les 76ers n’étaient alors pas un partenaire de trade idéal à ce stade de la saison des Rockets qui n’aspiraient alors pas à échanger leur pivot back-up contre du cap space mais contre un joueur au profil plus complémentaire du reste du roster et notamment un poste 4 fuyant. Le pivot turc avait finalement terminé la saison dans le Texas avant de rejoindre, quelques heures avant la draft, les Pelicans en échange d’un premier tour de draft 2015 protégé 1-4 et 20-30.

« Débarrassés » du contrat du pivot turc, les Rockets sont désormais à un contrat de Jeremy Lin près de pouvoir signer Carmelo Anthony (ou Chris Bosh) pour peu que ce dernier se laisse tenter par le projet de Daryl Morey.

Dans ce contexte, c’est presque naturellement que la liaison Sam Hinkie – Daryl Morey est réactivée, a minima par les insiders en manque d’audience. La rumeur Jeremy Lin à Philadelphie sera t-elle plus féconde que ses devancières impliquant Omer Asik ?

Si l’intérêt des Rockets de se séparer du contrat de Jeremy Lin est limpide, dégager la marge de manœuvre sous le salary cap nécessaire à la signature d’un Free Agent du standing de Carmelo Anthony, celui des 76ers est davantage conditionné au contenu effectif des négociations.

Jeremy Lin n’est pas un joueur inintéressant mais il serait précipité de le considérer comme la cible principale d’un éventuel nouveau trade entre les Rockets et les 76ers. L’intérêt des 76ers est à rechercher du côté des assets que la franchise pourrait retirer en contrepartie de la prise en charge du contrat de Jeremy Lin. Ce dernier comptera pour 8, 365 millions de dollars pour la saison 2014-2015 dans le salary cap. Une somme largement absorbable par les Sixers.

Deux lectures de la position de Sam Hinkie à la table des négociations peuvent être formulées. La première consisterait à analyser le deal à travers son propre prisme. Les 76ers accepteraient alors de prendre en charge le contrat surévalué d’un joueur produisant 12,5 points et 4,1 passes en moyenne la saison dernière en 28,9 minutes de temps de jeu. La capacité de Sam Hinkie à extirper des assets de choix en serait alors des plus limitées.

En revanche, si on lit le transfert potentiel au prisme de la stratégie globale de Daryl Morey, la prise en charge du contrat de Jeremy Lin devient la condition de réalisation de la signature de Melo à Houston. Dès lors, la marge de manœuvre de Sam Hinkie est colossale puisque rares sont les franchises susceptibles d’absorber le contrat de Lin à ce stade de la free agency.

Outre l’entente cordiale entre les deux GM, l’hypothèse d’une mobilisation du cap disponible dans un échange avec les Rockets trouve de solides fondements dans la pléthore d’assets dont dispose la franchise Texane.

Qu’il s’agisse de jeunes prospects, de droits sur des joueurs internationaux ou de tours de draft, les Rockets présentent une collection d’assets susceptibles de convaincre Sam Hinkie de contribuer à sa manière au recrutement d’une troisième star à Houston.

Les assets des Rockets susceptibles d’intéresser Sam Hinkie.

Jeunes prospects :

  • Clint Capela, 25ème choix de la draft 2014
  • Nick Johnson, 42ème choix de la draft 2014
  • Isaiah Canaan, 34ème choix de la draft 2013
  • Robert Covington, rookie de l’année en NBA D-League 2014
  • Donatas Motiejunas, 20ème choix de la draft 2011

Les droits sur des joueurs internationaux :

  • Alessandro Gentille
  • Kostas Papanikolaou
  • Marko Todorovic
  • Sergio Llull entre autres

Des tours de draft :

  • Choix du premier tour : Houtson Rockets 2015 / 2016 / 2017 / 2018, etc…, NOLA Pelicans 2015 protégé 1-4 et 20-30.
  • Choix du second tour : 2015 : Houston Rockets, New York Knicks, le moins favorable entre celui des Nuggets et celui des Wolves.

Pour peu que le contexte s’y prête (urgence à se séparer de Jeremy Lin pour les Rockets, peu d’interlocuteurs disposés à l’accueillir), Sam Hinkie peut trouver un débouché hautement rentable pour son cap space. Dans de telles circonstances, il n’est pas illusoire d’envisager un package Lin, D-Mo + choix de draft, si ce dernier est la condition sine qua non de la signature de Melo. Pour autant, le contenu du trade de Royce White, qui a facilité la signature de Dwight Howard, est de nature à tempérer cet enthousiasme.

En revanche, là où Royce White s’est avéré être inutile pour les 76ers, Jeremy Lin présente un profil intéressant pour un joueur impliqué dans un « dump salary trade ».

Jeremy Lin, un fardeau ?

La cible principale de Sam Hinkie est assurément à rechercher du côté des assets qu’il pourrait soutirer dans l’opération dégraissage des Rockets, pour autant Jeremy Lin n’apparaît pas comme le joueur le moins approprié eu égard aux objectifs, à l’état du roster et à la situation de la franchise.

Linsanity est désormais une histoire ancienne mais le meneur reste un excellent joueur de pick and roll que ce soit pour terminer au cercle ou trouver un partenaire démarqué dans le périmètre. Son savoir faire en la matière serait appréciable pour un Michael Carter-Williams dont le potentiel dans ce secteur est loin d’être accompli.

Par ailleurs, s’il venait à rejoindre la Pennsylvanie, Jeremy Lin deviendrait aussitôt le meilleur sixer en isolation et la seconde menace la plus fiable derrière l’arc. Loin d’être irréprochable en défense, Lin est capable de défendre le porteur de balle sur pick and roll notamment quand il peut compter sur un pivot défensif de poids. Au sein d’un effectif, où l’essentiel des joueurs sont connus pour leurs qualités athlétiques et leur potentiel défensif, les faiblesses en la matière de Lin seront aisément compensées par son apport offensif.

Capable d’évoluer au côté de Michael Carter-Williams, Jeremy Lin pourrait décharger, par séquences, le rookie de l’année du port de la gonfle tout en offrant une solution de remplacement idoine sur le poste de meneur.  Son association avec Tony Wroten dans la seconde unit semble prometteuse, bien qu’elle limitera mathématiquement le temps de jeu d’autres jeunes prospects de l’effectif tout en occupant un des derniers spots disponibles.

Joueur remarquablement intelligent, Jeremy Lin a su s’offrir une carrière NBA en saisissant les opportunités qui se présentaient à lui notamment en NBDL. Titulaire d’un contrat expirant, il devra, si le deal se concrétise, passer outre un ce retour en arrière dans sa carrière. S’il y parvient, son expérience de joueur de fond de rotation et d’universitaire non drafté ayant fourbi ses armes dans la Ligue de développement devrait en faire un coéquipier exemplaire lors des séances de développement des prospects qui jalonneront la saison des jeunes sixers.

Enfin, le joueur issu d’Harvard est un authentique phénomène marketing en Asie. Dans une Ligue dont les perspectives de développement passent par l’internationalisation, la présence de Jeremy Lin pourrait s’avérer salvatrice pour le merchandising des 76ers en manque de compétitivité. Reste à déterminer qu’elle sera la perception de cet engouement médiatique pour un joueur de rotation au sein d’un roster où les têtes d’affiche se nomment Michael Carter-Williams et Nerlens Noel. Dans un scenario idéal, la présence de Jeremy Lin leur ôterait un peu de pression, mais le risque de voir des tensions se cristalliser autour de la popularité de l’ancien Knick n’est pas à exclure.

La situation de Jeremy Lin offre un champ d’étude paradigmatique de la gestion du cap space disponible par Sam Hinkie à ce stade du processus de reconstruction.

L’an passé, il avait mobilisé ce dernier afin de capturer des assets. D’abord en réalisant le trade avec les Rockets suscité, puis en récupérant Tony Wroten contre un choix du second tour que les Grizzlies n’ont jamais reçu. Lors de la trade deadline, il avait également décidé de récupérer le contrat de BJ Mullens en échange d’un second tour de draft 2018.

Enfin, à une occurrence, il a mobilisé son cap space pour s’ingérer dans des négociations et faciliter des transactions entre tierces franchises, tout en prenant soin de récupérer des assets. Il en fut ainsi, lors du trade d’Andre Miller contre Jan Vesely des Nuggets aux Wizards, au terme duquel, le décisionnaire avait mis la main sur deux choix du second tour en contrepartie de la prise en charge du contrat d’Eric Maynor qui n’aura pris part qu’à 8 matches avec les 76ers.

Chacun de ces mouvements ne portait que sur une somme marginale, à 2,1 millions de dollars, le contrat de Maynor fut le plus lourd fardeau que les 76ers ont accepté de porter. Le contrat de Jeremy Lin est autrement plus conséquent tout comme ses qualités de joueur. L’équilibre cap space vs assets apparaît alors hautement plus rentable pour les 76ers.

Interrogé par 94 WIP sur les rumeurs concernant Jeremy Lin, Sam Hinkie s’est naturellement refusé à tout commentaire sur ce cas particulier, se contentant de réflexions d’ordre général sur les destinées de son cap space disponible.

Nous avons de nombreuses discussions. Quand vous disposez du plus large cap space, tout le monde vous regarde comme un partenaire potentiel, que cela soit fondé ou non. Nous avons plus de cap space que qui que ce soit dans la Ligue, et si un mouvement nous permet de faire avancer notre programme, nous serons enchantés de le faire.

En finalisant un deal pour Carmelo Anthony ou Chris Bosh, Daryl Morey rendrait un fier service aux observateurs avides d’informations quant à la valeur que confère Sam Hinkie au cap space, ainsi qu’aux « insiders » qui jusqu’alors ne sont jamais parvenus à anticiper les mouvements du décisionnaire.

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