Draft

Draft 2014 : Acte 2 de la reconstruction.

La soirée débutait avec la multiplication de rumeurs faisant état de négociations soutenues entre les Cleveland Cavaliers et les Philadelphia 76ers, présumés, être en quête d’Andrew Wiggins. Les « insiders » de Philadelphie, qui s’étaient offusqués de ne pas avoir pu assister au workout privé du canadien au PCOM tout en oubliant de mentionner la présence de Dante Exum, s’en donnent alors à coeur joie et indiquent que les 76ers ont mis sur la table leurs picks 3, 10 et 32 à la demande de leurs interlocuteurs. Puis plus rien. L’ailier issu de Kansas University est drafté par les Cavaliers qui conservent leur premier choix de draft à l’instar de l’an passé et l’utilisent pour sélectionner un canadien.

Une fois, la soirée terminée, Adrian Wojnarowski qui ne s’était que peu risqué tout au long de la soirée à anticiper les choix des 76ers, décida de saluer les derniers survivants par une Wojbomb dont il a le secret.

Assurément mieux informés que le journaliste de Yahoo Sports, les « insiders » de Philadelphie titraient le vendredi matin sur l’échec de Sam Hinkie de mettre le grappin sur Andrew Wiggins. Ce dernier confirmera lors de sa conférence de presse que les négociations avec les Cavaliers n’ont jamais atteint un stade avancé.

Andrew Wiggins et Jabari Parker partis aux deux premiers choix, Sam Hinkie utilise son choix n°3 pour sélectionner le meilleur prospect disponible en la personne de Joel Embiid. Pour la seconde année consécutive, le GM des 76ers s’est emparé d’un pivot blessé qui était annoncé comme le premier choix de la draft avant que son physique ne le trahisse.

With the 3rd pick, the Philadelphia 76ers select Joel Embiid

Le pivot camerounais s’est imposé au cours de la saison comme le meilleur prospect de la cuvée en présentant une combinaison de science du jeu et de prédispositions physiques excessivement rares pour un joueur aussi jeune, qui plus est, avec une expérience aussi courte du basketball. Le potentiel du prospect est sans limite, si ce n’est celle d’être un (le) pivot dominant dans Ligue.

Nous nous contenterons ici de juger de la pertinence de ce choix au regard du processus de reconstruction entrepris par les 76ers et nous vous renvoyons vers le rapport de scouting réalisé par Guillaume Taxi pour Basket-Infos.

Joel Embiid est un prospect sur lequel il était difficile de passer avec le troisième choix tant il a le profil pour devenir à terme la « star » que Sam Hinkie convoite.

Pour autant, le choix d’un pivot blessé, après l’avoir déjà fait l’an dernier, peut être questionné. Pouvant être largement récompensé, ce choix reste un pari sur l’avenir qui peut s’avérer risqué à au moins trois égards.

  • Un prospect injury prone? Pratiquant le basketball depuis un peu moins de 4 ans, Joel Embiid n’a pas été épargné par les pépins physiques cette saison. Après ses problèmes de dos qui lui ont fait manquer la fin de saison et la March Madness, c’est une fracture de fatigue au pied qui l’a contraint à se faire opérer quelques jours avant la draft. Après Andrew Bynum et Nerlens Noel, les 76ers ont acquis un pivot qui ne participera probablement pas à la moindre partie au cours de la prochaine saison. La franchise a obtenu l’accès complet à son dossier médical et a considéré que le risque valait la peine d’être pris. On notera qu’après la draft, Danny Ainge a indiqué que lui non plus n’avait rien détecté d’alarmant quant à la santé du pivot. Si Joel Embiid doit être le joueur dominant autour duquel construire les ambitions de la franchise (et il peut clairement l’être), son historique de blessures restera assurément un motif d’inquiétudes.

 

  • Un potentiel sans limite?  Joel Embiid est fréquemment comparé à un Hakeem Olajuwon avec qui il a déjà prévu de travailler. La filiation n’est pas saugrenue pour peu qu’elle soit formulée quant au seuil maximum du développement du prospect. Si le potentiel du camerounais semble sans limite et si sa progression et sa lecture du jeu sont exceptionnelles pour un joueur avec si peu d’expérience, rien ne garantit qu’il parviendra à atteindre ce seuil maximum dans la Grande Ligue. En NCAA, il a montré l’étendue de ses talents et des signes annonciateurs d’une capacité à progresser sur ses quelques points faibles. Il ne ressort toutefois pas de sa carrière universitaire avec le statut de prospect abouti, loin s’en faut. Il se prépare à débuter une carrière professionnelle après une seule saison en NCCA pour un temps de jeu moyen de 23 minutes. Sa courte expérience du jeu lui a permis de présenter une courbe de progression pour l’heure fulgurante mais où se situe son plafond de verre ? Ses blessures lui imposeront-elles des ajustements dans son jeu ? Ses progrès ultra rapides sont-ils dus à son apprentissage progressif du basketball ou bien à un potentiel exceptionnel? Plus que tout autre prospect, Joel Embiid sera l’étalon de l’efficience du programme de développement des joueurs de la franchise.

 

  • Un profil qui vient faire doublon avec Nerlens Noel ? Outre son indisponibilité, Joel Embiid pourrait présenter le désavantage de venir empiéter sur le terrain de jeu de Nerlens Noel et la présence de l’un ou de l’autre serait in fine surnuméraire à moyen terme. En l’espèce, il est clair que la franchise s’est attachée à appliquer la ligne de conduite du « Best Player Available ». L’association des deux larrons dans la raquette est un chantier qui ne sera lancé que dans un an, repoussant un peu plus encore la constitution définitive du « building block » si elle venait à ne pas être opérante. A ce stade du processus, la question de la complémentarité des prospects est accessoire et sur le plan théorique, elle ne semble pas illusoire mais nécessitera des ajustements de la part de Brett Brown. Les deux joueurs présentent une mobilité exceptionnelle pour des postes 5, Nerlens Noel a une vitesse de réaction et d’exécution en défense qui lui permettra de défendre la majeure partie des postes 4. Cela étant dit, à 20 ans, les deux prospects manquent encore de masse musculaire et de puissance dans le bas du corps pour contenir les pivots les plus physiques au poste bas. Par ailleurs, éloigner Nerlens Noel du cercle en défense le priverait de son domaine d’excellence mais Joel Embiid est également un « rim protector » d’exception. En attaque, l’association des deux privera le coach d’un poste 4 moderne capable d’étirer le jeu. L’efficience d’une raquette Noel-Embiid sera conditionnée à la capacité de l’un ou l’autre de développer un shoot à mi-distance. Nerlens Noel a travaillé toute l’année avec Brett Brown dans ce secteur quand Joel Embiid a démontré des signaux encourageants en la matière, bien que sur un échantillon, très restreint. Joel Embiid est celui qui présente le plus de garanties dans le jeu dos au panier. La qualité de passe au-dessus des standards pour un intérieur de Nerlens Noel et ses aptitudes sur pick and roll viennent apporter quelques garanties pour un positionnement au poste 4 aux côtés de Joel Embiid. En attendant, dans une Ligue où le poste de pivot est certainement le moins dense en talents, les 76ers se sont offerts un problème de riche.

Le pick 3 était la voie la plus sure afin de recruter la star que recherche Sam Hinkie depuis sa prise de fonction. Andrew Wiggins et Jabari Parker partis aux deux premiers choix, Joel Embiid était assurément le plus gros potentiel de cette draft. Il est certainement celui qui présente le plus de risques avec Dante Exum. « High risk, high reward ». Cela étant dit, s’il était une franchise dans la Ligue qui pouvait s’offrir le luxe de prendre ce risque et de sélectionner Joel Embiid puis de le laisser se soigner autant de temps que nécessaire sans lui astreindre une pression trop élevée quant à sa production immédiate, c’était bien les 76ers.

La vidéothèque de Joel Embiid

Pour les esprits les moins clairvoyants, le choix de Joel Embiid confirme la stratégie des 76ers de poursuivre leur reconstruction par la draft et leur volonté de ne pas sauter les étapes en anticipant un regain de compétitivité à l’issue d’une draft où ils disposaient de deux choix dans le top 10 dans une cuvée particulièrement dense en talents en son sommet. Choix risqué, la sélection de Joel Embiid, limitera de fait la compétitivité des 76ers la saison prochaine, renforçant ainsi la possibilité des 76ers de drafter de nouveau très haut en juin prochain.

Dans cette optique, la sélection de Joel Embiid en troisième position ouvrait la voie à la sélection d’un autre prospect qui ne serait pas opérationnel dès l’ouverture de la saison avec le pick 10.

With the 10th pick, the Philadelphia 76ers select…Elfrid Payton.

Stupeur dans le clan des fans des 76ers. Sous l’effet de la surprise de voir la chevelure de Payton se dissimuler sous une snapback des Sixers, certains s’empressent de déloger Sam Hinkie de son piédestal et se préparent à l’accompagner à l’échafaud. Pour ne rien arranger, ESPN a la bonne idée d’aller interviewer Michael Carter-Williams à ce moment précis où un nouveau meneur de jeu débarque en Pennsylvanie. Le rookie de l’année semble sceptique et doit sentir les fourches caudines s’approcher. La crédulité du ROY qui avait affirmé sans ambages qu’il ne serait pas transféré au prétexte qu’il n’avait pas été informé de ce scenario était confrontée à la réalité du business de la NBA et au comportement de Sam Hinkie comme un trader de talents.

Fort heureusement pour l’ancien meneur de Syracuse et pour la tête de Sam Hinkie, l’incongruité du choix de Payton est très rapidement dissipée. Le meneur du petit programme de Louisiana-Lafayette est destiné à former le backcourt du Magic aux côtés de Victor Oladipo. Sam Hinkie a accepté de sélectionner Payton afin de le transférer dans la foulée à la franchise floridienne en échange de Dario Saric drafté avec le pick 12 du Magic.

Le GM des 76ers profite de l’opération pour récupérer le premier choix de draft 2017 qui avait été envoyé en Floride dans le cadre du trade pour Andrew Bynum, ainsi qu’un choix du second tour 2015 tout en conservant les droits sur le prospect ciblé.

En acceptant de descendre dans la draft de deux positions, sans aucune conséquence sur le joueur sélectionné, Sam Hinkie a définitivement liquidé l’héritage de Doug Collins. Il récupère le premier tour de draft 2017, ce qui en soit est un coup de maître pour un trade-down de deux positions. Mieux, en récupérant ce pick, les 76ers qui ne pouvaient pas transférer un premier tour jusqu’en 2019 retrouvent une marge de manoeuvre nouvelle et toujours plus de flexibilité.

Le second tour de 2015 du Magic vient quant à lui compenser la perte du choix des 76ers promis aux Boston Celtics (dans le cadre du trade pour Arnett Moultrie, les 76ers avaient envoyé leur premier tour de draft 2013 au Heat, protégé top 14 en 2014 et 2015. Si en 2015, les 76ers n’ont pas envoyé un premier tour, ils devront alors envoyer leurs choix du second tour 2015 et 2016. Les Celtics ont acquis ce pick lors de la trade deadline).

We have a trade ton announce, the 76ers send the rights to Elfryd Payton to Orlando for Dario Saric, a 2017 first round pick and a 2015 second round pick.

Après le choix de Joel Embiid en troisième position et l’absence de trade des picks du top 8, chaque franchise ayant conservé son tour de draft, les 76ers n’étaient plus en mesure de récupérer un joueur du second chapeau de la classe de draft. Pour autant, ils sont parvenus à sélectionner un top 5 talent dans cette classe en récupérant Dario Saric qui avait vu sa cote chuter après sa décision de reporter son arrivée en NBA dans a minima deux ans.

Une nouvelle fois, après Nerlens Noel et Joel Embiid, les 76ers acquièrent un incroyable talent au moment où sa cote est au plus bas.

« Dario est un joueur extrêmement polyvalent et remarquablement expérimenté à différents niveaux internationaux. Ses instincts de basketteurs, ses habilités à la passe et sa volonté de devenir un des meilleurs joueurs au monde nous ont conduit à le sélectionner. Notre staff l’a suivi partout dans le monde depuis plusieurs années, et nous sommes ravis d’avoir été en mesure de l’acquérir ». Sam Hinkie

Une nouvelle fois, après Nerlens Noel et Joel Embiid, les 76ers acquièrent un incroyable talent qui ne jouera pas pour eux la saison prochaine. En s’en tenant à leur stratégie de sélectionner les meilleurs talents en dépit de leur indisponibilité, Sam Hinkie s’est donné les moyens d’accumuler la masse de talent critique pour remplir son seul et unique objectif à terme : un Larry O’Brien Trophy.

Le choix de l’ailier croate n’est toutefois pas exempt de risques et de questionnements afférents.

L’entourage du jeune joueur n’est pas des plus stables. Les déclarations dissonantes de ses agents et de son géniteur font peser sur le prospect une pression effarante et assombrissent la lisibilité de ses velléités réelles. Le joueur, lui-même, participe de ce flou généralisé en maitrisant assez mal sa communication comme en atteste sa sortie quelques heures après la draft sur la possibilité de rediscuter de son avenir dès l’issue de cette saison, propos invalidés par Sam Hinkie et le prospect lui-même lors de la conférence de presse de présentation des néo-sixers.

Par ailleurs, dans le cadre d’un processus de reconstruction où la focale est posée sur le développement des joueurs, déléguer ce travail de développement à une tierce franchise interpelle d’autant plus que Dario Saric a essentiellement besoin de travailler des secteurs de son jeu qui ne seront pas nécessairement mis en tension en Europe.

Toutefois, c’est bien la décision du croate de rester en Europe, dont les 76ers ont été très rapidement informés en raison des liens étroits qu’ils entretiennent avec Jeff Schwartz, (l’agent américain de Saric qui est également celui de Michael Carter-Williams), qui a permis à la franchise d’acquérir un prospect aussi talentueux, aussi bas. Sans ces « risques », Sam Hinkie n’aurait été en capacité de sélectionner ni Joel Embiid, ni Dario Saric.

Utiliser les picks 3 et 10 pour sélectionner Dante Exum et James Young / Gary Harris / Jusuf Nurkic / Adreian Payne aurait été une stratégie intelligible mais alors Sam Hinkie n’aurait pas maximisé la « valeur » de ses picks.

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