Chroniques

Débat sur le tanking – Les 76ers devraient-ils perdre ?

Alors que Doug Collins a affirmé que « perdre n’était pas une option », ce qui n’a pas empêché les Sixers de s’incliner sur le parquet des Bobcats, Alexis C nous a traduit le complet article de Derek Bodner sur le débat autour du tanking qui divise la sixers nation.

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De Derek Bodner (@derekbodner), publié le 29 mars 2013 sur Liberty Ballers, blog membre du groupe SB Nation.

http://www.libertyballers.com/2013/3/29/4158570/the-great-tanking-debate-76ers-doug-collins-kevin-durant

Traduit par Alexis C. (@achryssou)

Toutes les notes ont été rajoutées par le traducteur

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Souhaitez-vous que les 76ers perdent ? La draft les aidera-t-ils à devenir des prétendants au titre ? Voici quelques éléments de réponse.

C’est le débat qui fait rage au pays des 76ers ces dernières semaines et qui gagne en intensité ces derniers jours. Est-ce que les Sixers devraient tanker ? Qu’est le tanking ? Construire via la draft vaut-il le coup ?

Ici à Liberty Ballers, nous souhaitons à peu près tous voir le plus de balles de ping-pong possible au nom des 76ers le soir de la lottery. Mais ce n’est pas du tout l’avis partagé par les médias globaux qui considèrent que gagner jusqu’à la fin de la saison doit rester leur objectif. J’ai moi-même débattu du sujet sur Twitter avec quelques-uns des reporters des 76ers, des personnes que je respecte, autant sur le plan personnel que professionnel. La notion de vaincre et les difficultés de construire via la draft reste malgré tout un sujet controversé dans le monde du basketball.

Donc, frustré de devoir me limiter à 140 caractères, j’ai choisi de m’étaler plus longuement sur le sujet.

Le tanking c’est quoi ?

Toute discussion de ce type doit d’abord commencer par une discussion sur ce que nous voulons.

« Sommes-nous éliminés ? Vous me connaissez non ? Je ne laisse jamais tomber avant d’avoir passé la ligne d’arrivée. Et ce n’est pas maintenant que l’on va commencer. Ce n’est pas dans la mentalité de notre équipe. On ne va pas faire ça. » Doug Collins, après la victoire contre les Bucks mercredi dernier, victoire qui a lancé le débat sur le tanking.

Comprenez-moi bien, je ne veux pas que Doug Collins perde exprès des matchs pour améliorer la position des 76ers dans la draft. Ni que les joueurs manquent des tirs intentionnellement. Je ne veux pas les voir jouer sans se donner à 100% et laisser tomber le reste de la saison. En aucun cas les joueurs ne doivent penser à comment rendre le job de Tony Di Leo plus facile, et toute mauvaise prestation dans les semaines à venir sera très mal accueillie de ma part.

L’équipe devrait toujours jouer afin d’atteindre les playoffs, point.

De plus, nous sommes après la limite dans la saison où de sérieuses transactions sont encore possibles. Est-ce que trader des joueurs surpayés et plutôt sur leur fin – mais toujours productifs – est considéré comme du tanking ? Le faire serait très similaire à ce qu’a entrepris Seattle lorsqu’ils ont recrutés Russel Westbrook, Kevin Durant et James Harden. Leur coach n’essayait pas de perdre et les joueurs jouaient à fond mais en se débarrassant de joueurs tels que Luke Ridnour, Rashard Lewis et Ray Allen, ils ont affecté les drafts picks qu’ils ont obtenus pendant que Durant puis Westbrook gagnaient en maturité.

Les gens oublient que les Seattle Supersonics/Oklahoma City Thunder n’ont gagné que 20 puis 22 matchs pendant les deux premières saisons de Durant, ce qui leur a permis de sélectionner Russel Westbrook et James Harden dans les drafts qui ont suivies. Est-ce que cela serait arrivé s’ils s’étaient accrochés à Ridnour, Allen et Lewis ? C’est peu probable.

Néanmoins, les 76ers sont après la trade deadline, donc cet aspect du tanking n’a pas sa place dans notre débat.

Et qu’en est-il de nos jeunes joueurs ? Evidemment, si Doug Collins décidait subitement d’utiliser une rotation composée de Charles Jenkins, Royal Ivey et Jeremy Pargo en laissant Jrue Holiday et Evan Turner sur le banc, il serait assez facile de deviner qu’il essaye de perdre des matchs. Mais s’il se mettait à faire jouer Arnett Moultrie un peu plus souvent afin d’en apprendre plus sur ses qualités ? Est-ce qu’ « essayer de perdre » et « ne pas vouloir gagner à tout prix » est la même chose ? Est-ce faire de sa priorité le développement de jeunes joueurs seraient automatiquement considéré comme du tanking ?

Encore une fois, c’est un point discutable. A l’exception de Moultrie, les jeunes des 76ers sont aussi leurs meilleurs joueurs. Leurs 4 joueurs jouant le plus ont tous 24 ans ou moins. Le seul joueur plus jeune que Jrue Holiday – guard de 22 ans moyennant 38 minutes par match – est le rookie Arnett Moultrie.

Bien sûr, ça serait sympa de voir Moultrie jouer un peu plus pour pouvoir mieux l’évaluer, mais il est le seul dans ce cas. La plupart des jeunes joueurs, ou plutôt des joueurs qu’on ne connait pas assez, ne bouleverseront sans doute pas le jeu des 76ers. On aimerait peut-être en apprendre un peu plus à propos de Charles Jenkins mais si on est honnête avec soi-même, on sait qu’il y a peu de chance qu’il ait un impact sur le long terme de la franchise.

Ce qui nous ramène à la définition du tanking. Je ne pense pas que ceux qui suivent les 76ers de près pensent qu’en ce moment, cette équipe tank. Je ne pense pas non plus que ceux qui souhaitent voir le nombre de défaites des 76ers augmenter veulent qu’ils y arrivent en faisant exprès de perdre des matchs. Bref, tanking n’est pas le bon mot pour qualifier nos souhaits – mais c’est celui le plus souvent utilisé parce c’est le plus simple.

En réalité, notre sujet c’est une partie des supporters qui estiment que la meilleure chose à faire pour les 76ers aujourd’hui c’est de perdre des matchs. On parle des fans qui veulent que leur équipe perde.

Mais attention. Plus encore qu’une discussion sur la notion de perdre, c’est une discussion sur la construction d’une équipe et ici nous pensons que le meilleur moyen pour poser les fondations d’une équipe c’est via la draft.

Est-ce que ça vaut le coup de construire via la draft ?

Maintenant que nous avons dépassé le stade de s’interroger si Collins devrait laisser tomber les matchs ou non, passons à présent à si ça vaut le coup de construire via la draft.

Les superstars sont les marchandises les plus recherchées en NBA.

Voici comment le système NBA fonctionne :

  1. Les superstars sont quasiment nécessaires pour de gagner un titre.
  2. Comme les salaires sont limités, les superstars – c’est à dire les vrais franchise players – sont sous-payés.
  3. Dans une très grande majorité des cas, les superstars restent dans l’équipe qui les a drafté, surtout pendant les 9 premières années de leur carrière.

En résumé, vous obtenez la pièce maitresse d’une équipe, dont le salaire est artificiellement limité et qui restera pendant ses 9 premières années chez vous – période qui en plus est celle où il sera au top physiquement.

Ce n’est pas de notre faute si la NBA a mis en place un système qui rend la construction via la draft si indispensable et bénéfique. Mais c’est le système dans lequel nous nous trouvons et l’ignorer serait idiot.

A présent, voici quelques-unes des arguments utilisés contre la draft ces derniers jours :

  • La draft de cette année est faible

Je ne suis pas en désaccord complet avec cet argument, mais je ne peux m’empêcher de prévenir ceux qui l’utilisent de certaines choses. C’est ce raisonnement qui – aidé par le désir de progression immédiate afin de convaincre Deron Williams de rester – a amené Billy King[1] à trader le choix de draft qui aurait pris le nom de Damien Lillard quelques mois avant la draft suivante.

En outre, personne ne pense à trader Thaddeus Young dans le but de rendre l’équipe tellement mauvaise qu’elle aurait l’opportunité de drafter Anthony Bennett. Il n’y a pas beaucoup de raisons qui justifie le souhait de voir l’équipe perdre cette année.

Mais quand bien même il n’y ait pas de franchise changer dans une draft, l’argument qu’il vaut mieux drafter en 11ème position plutôt qu’en 7ème me semble compliqué à soutenir. Même en 2010, année où la draft semblait assez faible, avec le 7ème choix et en prenant une bonne décision, tu avais l’opportunité de drafter Greg Monroe ou Paul George. Si tu draftes en 11ème position, aucun de ces joueurs n’est disponible. C’est quand même pas mal Greg Monroe et Paul George.

Si afin de perdre des matchs, tu dois te séparer de tes bons éléments, je peux comprendre l’argument précédent. Je suis conscient que les 76ers ne ressortiront pas de cette draft avec un franchise player, même s’ils perdent tous les matchs qu’il leur reste à jouer.

Mais il n’y a aucun mal à espérer que quelques matchs serrés ne penchent pas à la faveur des 76ers et qu’ils finissent avec le 6ème pire record de la ligue plutôt que le 10ème.

  • Les champions ne se construisent pas via la draft (cf. recrutements de LeBron, Garnett, Chris Paul)

Ce qu’on oublie quand des stars passent d’une équipe à l’autre via un trade ou la free agency c’est que ces stars ne vont jamais dans des équipes médiocres sans qu’une autre star n’y soit déjà présente.

Kevin Garnett ne serait pas allé chez les Celtics et ils ne seraient pas devenus des prétendants au titre si Paul Pierce (drafté par les Celtics) et Ray Allen (acquis par les Celtics en échange de leur 5ème choix de draft[2]) n’étaient pas déjà de la partie. En réalité, Kevin Garnett avait refusé auparavant un trade vers Boston avant que les Celtics n’échange leur top-5 pick pour Ray Allen. Si les Celtics avaient été 10ème à la draft et que Seattle n’avait pas voulu échanger Ray Allen contre un 10ème choix, Kevin Garnett ne serait jamais allé à Boston et Boston n’aurait pas gagné de titre.

Est-ce que LeBron serait allé à Miami si Dwyane Wade (choisi par le Heat avec leur 5ème choix) n’était pas déjà présent ? Même question pour Chris Paul chez les Clippers si Blake Griffin (drafté avec leur 1er choix) n’avait pas ressuscité l’intérêt autour de cette franchise ?

Le raisonnement n’a jamais été de construire toute une équipe grâce à la lottery. Mais en acquérant des stars via la draft, les équipes gagnent en intérêt ce qui augmente leurs chances d’attirer d’autres stars en dehors de la draft. Après certains sont arrivés à construire entièrement grâce à la draft (Thunder) mais ça reste très rare.

L’argument souvent utilisé par les défenseurs de la draft c’est qu’acquérir sa première star, celle qui donne de l’intérêt à ton équipe, celle qui la transforme en destination potentielle, est plus facile à faire via la draft. Ce n’est surement pas la seule façon, mais c’est, d’après nous, celle avec le plus de chances de succès.

Les 76ers n’ont pas encore ce joueur, et tant qu’ils ne l’auront pas, les LeBron James, Chris Paul, Chris Bosh et Kevin Garnett de la NBA n’amèneront pas leurs talents à south Philly. Les 76ers ne peuvent attirer de franchise player légitime avec seulement de l’argent et sans prendre de risques. Un franchise player ne quitte pas son équipe seulement pour des raisons économiques puisque grâce aux bird rights[3], leur équipe peut leur offrir de plus gros salaires, pour plus de temps et avec des augmentations plus importantes.

LeBron, Paul, Bosh, Garnett et autres partent parce qu’ils estiment qu’ils ont plus de chances de gagner un championnat ailleurs. Les 76ers ont d’abord besoin d’avoir leur star à eux et après ils pourront devenir une destination potentielle pour ces joueurs. Jusque-là, tant qu’ils choisissent un autre chemin que celui de la draft, ils devront s’accommoder avec des quasi-stars à haut risques : des gars comme Elton Brand ou Andrew Bynum par exemple.

  • Les vainqueurs ne tankent pas

Encore une fois, tout dépend de quelle définition on choisit pour le tanking. Mais quoi qu’il en soit, ça ne semble pas être vrai. Il y a des équipes qui pendant certaines périodes n’ont pas fait de gagner des matchs leur première priorité, et qui par la suite ont engrangé les bénéfices de telles décisions.

« Probablement (que j’aurais joué), mais comme on était à la chasse d’un choix de draft élevé, la situation était donc différente » Ryan Gomes à propos des Celtics 06-07

L’exemple des Supersonics/Thunder a déjà été cité auparavant, mais les Sonics ont à l’époque réalisé que continuer à payer cher des stars plus très jeunes dans le but de se maintenir à 35-40 victoires n’était pas la bonne solution. Quand l’association Ray Allen / Rashard Lewis a échoué, ils ont recommencé à zéro alors même qu’une solution rapide du nom de Kevin Durant les attendait. Mais ils avaient besoin de plus. Ils avaient besoin de flexibilité, ils avaient besoin de plus de talent et ils avaient besoin d’être au-dessus de la moyenne.

Ils auraient pu garder leurs joueurs, avec peu de flexibilité, et y ajouter Kevin Durant. Sauf que l’entrée de ce dernier dans la fleur de l’âge (24 ans) aurait coïncidé avec le début de la fin pour Ray Allen et de Rashard Lewis (37 et 33 ans respectivement). Mais si leur but était de revenir à un niveau acceptable dans l’immédiat et qu’ils avaient gardé Ray Allen et Rashard Lewis, ils auraient été trop bons – et trop chers – pour réussir à accumuler des talents comme ils l’ont fait.

Ils savaient que l’objectif de leurs managers n’était pas de gagner 40 matchs en 2007-2008 mais de construire un prétendant au titre. De temps en temps, les deux ne sont pas compatibles.

Certains appelleront cette méthode de construction du tanking. Les Sonics n’ont surement pas tout fait pour gagner en 2007-2008. Mais peu diront que ça n’a pas tourné en leur faveur.

Rich Cho[4], un assistant general manager chez les Sonics à cette époque, a quasiment admis que perdre n’était pas vraiment quelque chose qui les préoccupait.

A en croire que leurs destins sont liés, les Boston Celtics de 2006-2007 sont restés dans l’histoire pour leur souhait de tanker dans le but d’obtenir Greg Oden ou Kevin Durant au sommet de la draft 2007. Mais malgré le fait qu’ils n’ont réussi à obtenir ni l’un ni l’autre, ils ont quand même été capables d’utiliser leur choix élevé afin d’acquérir Ray Allen, ce qui par la suite a fait changer d’avis Kevin Garnett qui finalement est aussi venu aux Celtics. Ces Celtics qui perdent exprès ont été oubliés rapidement : ils ont gagné le titre l’année suivante.

« Ils ont tradé tous nos gars et beaucoup rajeuni l’équipe, et le but était de sélectionner LeBron et de vendre l’équipe. » John Lucas, ancien coach des Cavaliers

John Lucas s’est récemment plaint à propos des échanges des Cavaliers d’il y a 3-4 ans qui consistaient à trader leur trois meilleurs marqueurs de l’année précédente[5] dans le but de, selon lui, drafter LeBron James, chose qu’ils ont accompli avec succès. LeBron les a menés en finales NBA et à une autre finale de Conférence, en gagnant plus de 60 matchs pendant deux ans d’affilé.

Le talent fait gagner en NBA. Point.

  • La draft est risquée

Celle-ci fait partie de mes préférées. Les gens soutiennent que la draft est risquée en citant Evan Turner comme exemple. Ils soutiennent qu’il faut avoir de la chance avec les balles de ping-pong, puis être chanceux dans son choix et être mauvais, le tout pendant la bonne année.

Ils pointeront du doigt les ratés d’anciennes drafts et aussi les équipes qui sont aux premières loges de la lottery depuis des années, comme-ci cela prouvait que chercher à acquérir sa superstar via la draft se solde toujours par un échec.

Bien évidemment, quand les gens citent Evan Turner comme la preuve que construire pas la draft est une bêtise, ils oublient les risques inhérents au recrutement d’une superstar via la free agency ou les échanges. Ce qui est très intéressant car on a assisté assez fréquemment aux deux cas chez les 76ers.

Lorsque tu n’as pas d’équipe prétendante au titre et que toutes les superstars peuvent bénéficier des bird rights avec leur équipe actuelle – ce qui permet à ces équipes de leur offrir plus d’argent que toi – il ne te reste plus qu’à surpayer des stars comportant des risques élevés.

LeBron James n’allait pas tester le marché pour finir par signer (ou forcer un sign and trade) chez les 76ers. Dwight Howard n’allait pas accepter un trade l’alignant aux côtés de Jrue Holiday. Donc les 76ers, conscient qu’ils avaient quand même besoin d’un joueur capable de faire la différence, ont tradé de jeunes joueurs afin de dégager du champ dans la masse salariale, puis pris un risque en signant un Elton Brand plus tout jeune et propice aux blessures. Le trade pour Bynum est un exemple similaire.

Ils devaient prendre ses risques parce qu’ils  n’avaient pas une base de joueurs capables de faire d’eux des prétendants et qu’ils n’avaient pas de quoi offrir en échange d’un franchise player.

Tout le monde cite les risques de construire via la draft, mais peu parle des risques aussi importants en construisant via la free agency et les trades.

Pas que recruter une superstar via la draft soit un pari infaillible. Loin de là et il y a même des chances de se retrouver dans les bas-fonds du classement pendant des années avant d’avoir l’opportunité de drafter une superstar, et des fois ça prend encore plus de temps pour que les équipes réalisent l’opportunité qu’ils ont. C’est juste que recruter sa première superstar par d’autres moyens est quasiment impossible.

Je propose un exercice à ceux qui sont contre la draft : trouver moi dans les 15 dernières années une équipe qui a acquis sa première superstar grâce à un trade ou la free agency et qui est devenu un prétendant sérieux au titre. Maintenant, revenez me de dire que cette méthode – avec des trades et la FA – a plus de chance d’avoir de bon résultats que la draft.

  • La draft est aléatoire / sélectionner au sommet ne procure aucune garantie

Ce cas peut être rattaché au précèdent, mais il y a trop de chose à dire à propos que ça vaut le coup de les séparer.

Les gens citent très rapidement les Hasheem Thabeet (ou en l’occurrence Evan Turner) du monde, afin de prouver qu’il y a peu d’avantages à drafter en haut de la NBA draft. Les choses sont naturellement plus compliquées que ça. Drafter en 2ème position reste plus dans les mémoires que drafter Joe Alexander (sauf pour les fans de Milwaukee) en 8ème position, joueur qui ne joue plus depuis 2 ans.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de différence significative en matière de qualité plus on drafte haut dans une draft.

J’ai jeté un coup d’œil aux 10 premiers choix des drafts entre 2002 et 2011 pour disposer de 10 drafts récentes composées de joueurs ayant joué au minimum un an. Puis, afin de comparer chaque pick de draft, j’ai utilisé les win shares[6]. En fait, j’ai additionné les win shares des 1ers picks, puis des 2èmes etc.

Cette méthode n’est pas la meilleures et les win shares ne peuvent être considérées comme résumant tous les aspects de la production d’un joueur en un nombre mais ça nous permet quand même de se faire une assez bonne idée sur la valeur ajoutée de chaque draft pick.

Bien sûr, il y a eu quelques accidents affreux au cours de ses années (ex : Jay Williams[7]) ou des pépins médicaux sans rapport avec le basket (Dajuan Wagner[8]) qui affaiblissent la valeur de certains picks mais sur le long terme, ça devrait s’équilibrer.

Donc, de 2002 à 2011, les 1er choix ont généré 442.9 win shares pendant ces dix années. Le 8ème, 119.9.

Les positions 1 à 5 comptent, en moyenne, 310 win shares. De 6 à 10 ? 186.

Les chances de drafter une superstar sont exponentiellement plus élevées en draftant dans les 3 premières positions qu’en draftant en 10ème. Est-ce que c’est un coup sûr ? Non. Mais la probabilité est bien plus élevée qu’en draftant en position inferieure.

  • Mais les 76ers n’obtiendront pas de draft pick très élevé !

Dans le passé, les équipes finissant avec le 5-6ème pire record ont plutôt réussi à grimper dans la draft. Demander au Thunder qui avait le 5ème pire record en 2007 mais on eut de la chance et sélectionné Kevin Durant, si c’était mieux d’avoir le 5ème pire record plutôt que le 8ème.

L’équipe avec le 5ème pire record a un peu moins d’une chance sur trois d’obtenir un choix dans les 3 premières places de la draft tandis que l’équipe au 8ème pire record seulement une chance sur dix – trois fois moins que l’équipe au 5ème pire record. L’écart est significatif, sans oublier que l’équipe avec le 5ème choix aura 3 joueurs disponibles ne plus que celle avec le 8ème.

  • Perdre créera une mentalité de looser

Je ne sous-estime pas de telles mentalités, et je pense même que certains joueurs n’ont pas une mentalité de vainqueurs. Ce n’est pas quelque chose de complètement abstrait et un tel état d’esprit peut influencer le souci du détail d’un joueur et la volonté qu’il doit mettre au service de sa progression. Avec le temps, cet état d’esprit se concrétise et affecte la production d’un joueur ou son impact sur l’équipe.

Mais je pense aussi que l’on surestime l’impact que perdre beaucoup de matchs peut avoir sur une franchise. Kevin Durant a gagné 20 et 22 matchs dans ses saisons rookie et sophomore. Après avoir muri et que Russel Westbrook et James Harden furent rajoutés à ses côtés, son souci du détail et son désir de vaincre sont apparus.

Si Jrue Holiday a la volonté d’apprendre et le désir de s’améliorer, il va devoir s’armer de patience pendant que les 76ers gagnent 33 matchs ou pendant qu’ils gagnent 29 matchs, et nous verrons tous ses aspects positifs fleurirent lorsqu’un Batman le décalera en Robin, son rôle naturel.

Je pense que recruter des joueurs avec une mentalité de vainqueurs est un point crucial dans la construction d’une équipe. C’est juste que nous ne sommes pas encore à ce point de la (off)season.

  • Les dirigeants ont fait des erreurs pendant l’offseason précédente.

Un autre point qui a était évoqué est que les 76ers ont fait des erreurs lors de la dernière offseason, erreurs qui les ont mis dans la position actuelle, ce qui apparemment rend ce qui se passera la draft sans importance.

Evidemment, toute stratégie repose sur des bonnes décisions et je ne connais pas beaucoup de méthode de construction d’une équipe qui peut supporter tant d’erreurs. J’ai détesté les moves concernant Spencer Hawes, Kwame Brown et Nick Young au moment même où ils se sont produits. Combinez ces décisions peu judicieuses avec le nombre de matchs manqués par Bynum et Richardson pour cause de blessure et vous obtenez une très mauvaise saison.

Mais je ne vois pas quel rapport ont ces mauvaises décisions avec l’argument que vouloir voir son équipe perdre aurait un effet bénéfique sur le futur de la franchise. Est-ce que pour que l’équipe s’améliore il faut un changement de dirigeants ? N’est-il pas mieux de gagner 29 matchs et finir avec le 5ème pick qu’en gagner 33 et finir avec le 9ème pick ? Je ne vois pas vraiment comment l’un est lié à l’autre.

  • Je voulais que l’équipe perde pendant toute l’année

Certains ont aussi dit que je voulais que l’équipe perde durant toute l’année, ce qui n’est pas le cas. Je n’ai pas voulu que l’équipe se mette à perdre jusqu’à que deux choses deviennent évidentes : 1) que Andrew Bynum ne jouerait pas un match cette saison et 2) que les playoffs étaient inatteignables.

Perdre n’est venu à mon attention que très tard dans la saison. Même après que Bynum ait raté pas mal de matchs, et même après que les quelques éclats du début de saison commencèrent à se dissiper, je voulais qu’ils trouvent un moyen pour se glisser dans les playoffs, même en tant que 8ème. Je voulais voir ce que Jrue Holiday et Andrew Bynum pouvaient accomplir contre un prétendant au titre, et je voulais voir ce dont avait besoin cette équipe à part ces deux-là.

J’ai changé de position simplement parce que c’est devenu impossible.

Pourquoi avoir horreur de la défaite ?

Alors pourquoi perdre provoque une telle réaction négative de la part de certains médias et certains fans ? Je pense qu’il y a un certain nombre de raisons à ça.

D’abord, sport rime avec compétition. Les médias sont souvent composés de personnes qui soit ont joué au basket dans le passé ou soit qui – au pire – adore ce sport depuis longtemps. Gagner est incrusté dans leur état d’esprit. C’est pourquoi on pratique un sport après tout. L’idée que perdre quelques matchs ne serait pas une si mauvaise chose sonne bizarrement aux oreilles de ceux qui s’y connaissent bien en sport.

Ensuite, la draft est une inconnue. J’ai soutenu que la draft ne présentait pas un risque aussi important que les trades ou la free agency mais c’est quelque chose auquel les joueurs ne sont pas habitués. C’est facile de négliger une chose qui n’a pas encore eu d’impact en NBA.

Enfin, perdre est frustrant. Jetez un coup d’œil aux réactions sur Twitter pendant cette saison et comparez-les à celles pendant la saison dernière. De notre point de vue, aucune des deux équipes n’avait une chance d’atteindre le vrai objectif : remporter un championnat. Mais la saison dernière était plus divertissante, et pour beaucoup le divertissement suffit. Il faut être absolument convaincu que construire au travers de la draft a du mérite et être très concentré sur la conquête du titre pour espérer que les 76ers gagnent 29 matchs plutôt que 33 cette saison.

Conclusion

Quelques points pour résumer ma position :

Ce que je dis :

  • Tanking n’est pas le bon mot à utiliser ici. On parle principalement de quelles sont nos meilleures options.
  • Afin d’être un vrai prétendant au titre, il faut une superstar.
  • Il est plus probable d’obtenir cette superstar via la draft que par d’autres moyens.
  • Que recruter une superstar grâce à un trade ou la free agency comporte plus de risques que de la recruter par la draft.
  • Il faut un peu de chance pour que la stratégie choisie fonctionne.
  • Il nous faudra prendre des bonnes décisions pour que la stratégie choisie fonctionne.
  • On n’aime pas perdre. Mais on déteste encore plus la médiocrité. La médiocrité en NBA c’est du sable mouvant. Je me répète mais rien n’est pire qu’une équipe aux 40 victoires, dépassant le salary cup et qui n’obtiendra pas de bon draft pick.
  • Quand la saison a commencé, je voulais que les 76ers gagnent. Je voulais qu’ils se qualifient pour les playoffs et j’étais d’accord pour compléter le roster avec des vétérans autour de Jrue Holiday et Andrew Bynum.
  • Je souhaite voir les 76ers trouver des façons pour perdre des matchs pendant le restant de la saison parce que j’estime que des balles de ping-pong et un choix de draft plus élevé apporteront plus de bonnes choses sur le long terme que 4 victoires de plus qui ne nous emmèneront pas en playoffs.

Ce que je ne dis pas :

  • Que Doug Collins doit trouver un moyen pour perdre des matchs exprès.
  • Que les joueurs devraient se donner à moins de 100%.
  • Que la draft est une garantie.
  • Qu’il y a un futur franchise player dans cette draft.
  • Que les dirigeants n’ont pas fait des erreurs pendant la offseason précédente, spécialement concernant Brown, Hawes et Young.
  • Que les 76ers deviendront instantanément des prétendants en perdant quelques matchs de plus cette saison.
  • Que les 76ers ont tanké pendant toute cette saison.

[1] GM des Brooklyn Nets et ancien président et GM des 76ers.

[2] 5ème choix de draft qui fut utilisé par les Seattle Supersonics pour drafter Jeff Green

[3] Afin d’obtenir le statut de Bird free agent, il faut que le joueur ai joué 3 saisons consécutives sans changer d’équipe

[4] Rich Cho est aujourd’hui le GM de Bobcats (depuis 2011) après des passages chez les Sonics/Tunder puis Trailblazers

[5] Lamond Murray, Andre Miller et Wesley Person

[6] Les win shares sont une estimation du nombre de victoires qu’un joueur apporte à son équipe. Par exemple, sur les 30 victoires des 76ers cette année, Thaddeus Young en a apporté 6.7, Spencer Hawes et Dorell Wright 3.9 et Jrue Holiday 3.7. Pour en savoir plus, http://www.basketball-reference.com/about/ws.html

[7] Drafté en 2nde position par les Bulls en 2002, il n’a jamais réussi à retrouver son niveau après un grave accident de moto en 2003.

[8] Drafté en 2002 en 6ème position par les Cavaliers, il quitta la NBA en 2006 suite à de nombreuses blessures et maladies.

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